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Dresseur de fantômes

Camille BRISSOT


Cycle : Dresseur de fantômes vol. 1 


Illustration de Philippe JOZELON

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (362)
Dépôt légal : avril 2014
Première édition
Roman, 192 pages, catégorie / prix : 3
ISBN : 978-2-84172-670-7
Format : 14,1 x 20,0 cm  



    Quatrième de couverture    
     Le monde avait été redessiné par une série de catastrophes climatiques, les courants marins et les vents modifiés. Les anciennes cartes devenues obsolètes, les aventuriers pouvaient renaître...

     Pendant des années, Théophras et Valentine ont parcouru le monde pour le compte de riches employeurs, à la recherche de trésors et de pièces rares. Jusqu’au jour où Valentine est empoisonnée par le mystérieux Collectionneur, son meilleur client. Réduite à l’état de fantôme, elle devient invisible aux yeux de tous... sauf de Théophras.
     Aidés par le capitaine Peck, propriétaire du plus grand bateau à aubes du monde, et par la troupe du célèbre AeroCircus, flottille hétéroclite de ballons et de dirigeables, les deux amants se lancent aux trousses de l’assassin de Valentine. D’une quête de vérité à la vengeance, il n’y a qu’un pas. Le franchiront-ils ?

     Camille Brissot aborde les sujets graves de la violence et de l’amour avec ferveur. La plume est fine, l’univers rétrofuturiste émerveille.
 
    Critiques    
     Nouvelle venue dans le catalogue de l'Atalante, Camille Brissot n'en est pas à son coup d'essai : son premier roman fut publié chez Rageot en 2005, alors qu'elle préparait son bac de français, et après que Pierre Bottero l'ait aidée à corriger son texte. Dresseur de fantômes est ainsi son quatrième livre publié, et même s'il est publié dans la Dentelle du Cygne, fleure davantage la littérature jeunesse qu'adulte (Brissot se définit d'ailleurs comme auteur jeunesse).
     Dresseur de fantômes, c'est le surnom de Théophras Werenfeld ; s'il n'est pas usurpé, Théophras est surtout l'homme d'un seul fantôme, celui de sa bien-aimée Valentine, empoisonnée par le Collectionneur, un criminel de la pire espèce. Le couple, qui ne peut plus se toucher du fait de la condition de Valentine, va se lancer à la poursuite du meurtrier, ce qui va les amener notamment en Amérique. Mais une Amérique un peu étonnante, aux chevaux mécaniques, puisque dans le monde inventé par Brissot, une série de phénomènes climatiques ont profondément bouleversé la surface de la planète et changé de façon irrémédiable l'industrie (l'électricité a disparu, ce qui renvoie explicitement au Ravage de René Barjavel, l'une des inspirations de l'auteur).
     Ce livre emprunte à pas mal de genres différents : le roman de pirates, les voyages extraordinaires à la Jules Verne (l'Aérocircus, théâtre volant, n'aurait pas déparé dans l’œuvre du romancier), le steampunk, et bien sûr le fantastique. Relativement court (180 pages à peine), il va à l'essentiel, et se concentre sur le rythme, parfaitement maîtrisé et qui culmine dans une bataille aérienne homérique. Brissot n'a que vingt-six ans, pourtant il se dégage de ces pages une maturité certaine – qu'il s'agisse de la plume, élégante, ou de la construction de l'intrigue – où parfois transparaissent quelques naïvetés (le capitaine d'un bateau s'appelle Grégory Peck, certains personnages sont caricaturaux, l'épilogue est dispensable...), qui ne gâchent toutefois nullement le plaisir de lecture. Le couple de protagonistes est bien campé, leurs aspirations finement analysées, notamment l'impact sur leurs relations de leur absence de contact physique. Ce roman est ainsi une très jolie surprise, et la promesse d'une nouvelle romancière à suivre.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 12/10/2014 nooSFere


            Valentine est une chasseuse de trésors. Des plus douées, même. Ce qui n’empêche pas le Collectionneur, un de ses employeurs fidèles, de l’empoisonner. Et ce, dès la fin du premier chapitre. Pourquoi ce meurtre ? Théophras l’ignore. Mais la puissance de l’amour qui le reliait à Valentine est grande, si grande qu’il peut encore la voir et dialoguer avec elle. Ou plutôt, avec son fantôme. Il continue donc à parcourir le monde, afin de rapporter des objets rares. Comme la femme qu’il aime (ou aimait – peut-on être amoureux d’une morte, d’un ectoplasme ?), car lui aussi chasse les trésors. Valentine et Théophras s’étaient d’ailleurs rencontrés ainsi, courant après le même objet. Sa réputation a grandi depuis les apparitions de son aimée. Il est devenu le « dresseur de fantômes ». Les gens le craignent, car ils le croient capable de dialoguer avec les morts. Mais une seule chose le préoccupe : retrouver le Collectionneur, cet assassin mystérieux au passé trouble. Et comprendre comment sa vie, leur vie, a basculé.

            Cette quête mène l’étrange couple à travers le monde. Un monde bien différent du nôtre suite à quantité de catastrophes climatiques fatales à l’équilibre des sociétés modernes. Les cités flottantes, vastes hymnes au progrès et à la science, se sont vidées de leurs habitants. Les moyens de transport ont connu un recul phénoménal : adieu les avions. On voyage désormais en trains, en bateaux, en dirigeables. Tout prend une tonalité XIXe siècle, légèrement mécanisé, un brin steampunk. L’univers dépeint par Camille Brissot est d’une grande richesse. Une des forces de ce roman, assurément, à l’ambiance mosaïque composée d’une multitude d’éléments piochés à droite à gauche : un peu du Robert Louis Stevenson de L’Île au trésor ; une troupe de cirques se déplaçant en dirigeables ; un séjour dans le Nouveau monde. Mis bout à bout, tout cela forme un patchwork très convaincant. Mais cet atout se révèle aussi, hélas, une des faiblesses de Dresseur de fantômes. Car tout cela n’est que survolé, ce qui ne surprend guère au regard de la taille (moins de deux cents pages) de ce roman. Est-ce parce que Camille Brissot a écrit jusqu’ici des romans pour la jeunesse, secteur où l’arrière-plan a tendance à être moins développé au profit de l’action ?

            Ce point noir n’entache toutefois que peu un récit vif, sans temps mort, dépaysant et en même temps familier. Valentine et Théophras croisent des personnages bien croqués, en particulier le jeune Tom, enfant battu par son père, dont le seul espoir est de s’embarquer sur un navire. Mais aussi le capitaine Grégory Peck (sic), qui veille sur le jeune couple, sans oublier le méchant de l’histoire, bien sûr, le Collectionneur aux sombres mobiles.

            Enfin, ce roman interroge, de façon parfois grave mais jamais pesante, sur la force de l’amour : peut-il survivre à la mort ? Eros peut-il vaincre Thanatos ? Un combat maintes fois narré, décrit une fois de plus, mais avec fraîcheur et conviction. Bien que publié dans la collection « La Dentelle du Cygne » plutôt que dans « Le Maedre », et ce sous une couverture proprement hideuse, Dresseur de fantômes se range plutôt dans la catégorie des romans destinés à un assez jeune public. Mais il n’en fait pas moins naître un souhait : que Camille Brissot franchisse le pas, qu’elle n’hésite pas à laisser ses idées s’épanouir et qu’elle continue à enchanter ses lecteurs avec un souffle plus affirmé au sein de récits où ses personnages pourront vivre plus longtemps – et nourrir notre âme d’enfant.


Raphaël GAUDIN
Première parution : 1/10/2014 dans Bifrost 76
Mise en ligne le : 19/4/2020


 
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