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L'Épée brisée

Poul ANDERSON

Titre original : The Broken Sword, 1954
Première parution : Abelard-Schumann, 1954

Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de Nicolas FRUCTUS
Illustrations intérieures de Nicolas FRUCTUS

BÉLIAL'
Dépôt légal : novembre 2014
Première édition
Roman, 320 pages, catégorie / prix : 21 €
ISBN : 978-2-84344-129-5
Format : 14,0 x 20,5 cm  
Genre : Fantasy

Existe aussi en numérique, aux formats ePub (ISBN 978-2-84344-641-2) et PDF (ISBN 978-2-84344-640-5).



    Quatrième de couverture    
     « Imric n’eut qu’un bref aperçu d’une massive silhouette encapée, chevauchant une monture plongeant vers la terre, plus rapide que le vent, un gigantesque cheval à huit pattes monté par un homme à la longue barbe grise et au chapeau à larges bords. L’éclat de la lune accrocha la pointe de sa lance et son œil unique... Il traversait les cieux à la tête de sa troupe de guerriers morts, et les chiens aux yeux de feu aboyaient comme le tonnerre. Sa corne hurla dans la tempête, les sabots de sa monture tambourinaient comme la grêle tombant sur un toit ; et [...] la pluie se déchaîna sur le monde. »

     Voici l’histoire d’une épée qu’on dit capable de trancher jusqu’aux racines mêmes d’Yggdrasil, l’Arbre du Monde. Une épée dont on dit qu’elle fut brisée par Thor en personne. Maléfique. Forgée dans le Jotunheim par le géant Bölverk, et appelée à l’être à nouveau. Une épée qui, une fois dégainée, ne peut regagner son fourreau sans avoir tué. Voici l’histoire d’une vengeance porteuse de guerre par-delà le territoire des hommes. Un récit d’amours incestueuses. De haine. De mort. Une histoire de destinées inscrites dans les runes sanglantes martelées par les dieux, chuchotées par les Nornes. Une histoire de passions. Une histoire de vie...

     « Lire L’Épée brisée, c’est comprendre en grande partie les origines d’une tradition parallèle de la fantasy représentée entre autres par M. John Harrison, Philip Pullman et China Miéville, des écrivains qui rejettent le confort d’un pub oxfordien et restent délibérément proches de résonances mythiques plus profondes », dit Michael Moorcock. Et le créateur d’Elric de rajouter qu’il s’agit là « d’un des plus influents livres de fantasy » qu’il ait jamais lus. Publié aux USA en 1954, à l’instar du premier volet du Seigneur des Anneaux, dont il s’avère une antithèse brutale. Un chef-d’œuvre jamais traduit en France. Jusqu’à ce jour.

    Sommaire    
1 - Michael MOORCOCK, Préface, pages 11 à 14, préface, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
2 - Avant-propos, pages 15 à 17, introduction, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
 
    Critiques    

            Pour se venger du Danois établi en Angleterre qui a massacré sa famille, une sorcière saxonne informe Imric, souverain des elfes de l’île, que cet homme vient d’avoir un fils qui n’est pas encore baptisé. Imric engendre un changelin, qu’il substitue au nourrisson : un féal humain, capable de manier le fer, sera pour lui un précieux auxiliaire. Mais lors de la cérémonie où il reçoit son nom, Skafloc se voit offrir un sinistre présent : une épée de fer, brisée en deux, qui ne peut manquer d’être reconstituée et qui, par la suite, commettra un mal terrible. Pendant que Skafloc devient un hybride d’elfe et d’humain, au cœur vaillant et à la force gracieuse, son double, Valgard, devient une brute, un berserker, qui finit par tomber sous la coupe de la sorcière saxonne toujours avide de vengeance.

            « Pour parler franchement, ce livre est une geste », écrit l’auteur dans un avant-propos. Et c’est une geste dont les racines sont évidentes : une épée magique, qu’il faut à tout prix reforger ; un frère et une sœur éloignés l’un de l’autre par les circonstances, qui finissent par se retrouver et s’aimer ; des êtres surnaturels brutaux et cruels, étrangers à tout sentiment humain… On est en plein dans les sagas islandaises, et en particulier dans la Volsungasaga, qui a inspiré Wagner.

            Passé inaperçu lors de sa sortie – on peut affirmer qu’il était en avance sur son temps –, ce roman se révélera fondateur pour ce qui est de l’œuvre andersonienne. On y trouve, traités sous l’angle du légendaire, nombre de ses thèmes les plus forts, à commencer par celui de la liberté individuelle : à mesure qu’avance l’intrigue, le personnage de Skafloc se voit de plus en plus captif d’un destin qui lui a été imposé. Grâce à Freda, il découvre le sentiment humain le plus fort qui soit, l’amour, et en même temps la frustration – car Freda est sa sœur et, en bonne chrétienne, elle ne peut s’unir à lui par la chair. Il se sent tenu d’affronter son double, tout en sachant que ce combat a été prévu de longue date par Odin, avide de guerriers pour peupler le Walhalla.

            Autre thème emblématique de notre auteur, celui de l’entropie, de la fin d’un monde qui s’annonce. Car les elfes savent que leur temps est compté, que l’homme sera bientôt le seul maître du monde – cet homme imparfait, mortel, mais capable de prouesses et de sentiments qui les dépassent.

            Enfin, et Anderson rejoint ici Tolkien – dont le premier tome du « Seigneur des anneaux » est contemporain de son roman –, on trouve dans ces pages une célébration de la réalité la plus prosaïque qui soit : face aux merveilles qui sont le lot des elfes, ce sont les joies simples du genre humain qui triomphent malgré les épreuves les plus terribles : un foyer, une famille, l’amour sous toutes ses facettes.

            Lorsqu’il réédita ce livre en 1971, Poul Anderson décida de le réécrire en gommant ce qu’il estimait être des maladresses de débutant. Mais quand le livre fut réédité après sa mort, ce fut la première version que l’on choisit, sans doute avec raison – sa force brute la rend inoubliable.


Jean-Daniel BRÈQUE
Première parution : 1/7/2014 dans Bifrost 75
Mise en ligne le : 5/4/2020


            Parmi les auteurs de l’âge d’or américain, Poul Anderson a longtemps souffert dans l’Hexagone d’un ostracisme tenace, au point d’être considéré par beaucoup comme un auteur mineur. On renverra les éventuels curieux à l’article de Philippe Boulier (in Bifrost n° 75) pour approfondir les raisons de ce malentendu. Une injustice désormais réparée grâce en particulier au travail de Jean-Daniel Brèque et à la constance des éditions du Bélial’.

            Avec L’Épée brisée, Poul Anderson fait sienne la matière des peuples du Nord, nous narrant une geste sauvage, pleine de bruit et de fureur, où les passions humaines teintées de magie se mêlent aux sombres desseins des dieux et des créatures de la féerie. À l’instar de la saga des Völsungar, le roman apparaît comme le récit d’un destin funeste, celui d’Orm le viking et de sa descendance. Pour venger sa maisonnée massacrée par le Danois, une sorcière anglo-saxonne conspire l’enlèvement de son premier-né. Remplacé par un changelin conçu à sa ressemblance par le duc des elfes Imric avec une princesse troll enfermée dans les geôles de son château, le nourrisson est élevé conformément aux coutumes d’Elfheim. Nommé Skafloc, il devient un guerrier redoutable, apte à manier le fer honni par les peuples de la féerie, pendant que son double, Valgard, tombe sous l’emprise de la sorcière saxonne et cause le malheur de sa famille adoptive.

            Dans une veine assez proche de La Saga de Hrolf Kraki (même éditeur), roman plus tardif, L’Épée brisée retranscrit avec lyrisme le légendaire des peuples du Nord, scandinaves et celtes y compris. Il lui donne corps, restituant l’atmosphère et le souffle archaïque prévalant dans les sagas. On serait bien en mal de trouver un héros dans ce roman violent où les hommes demeurent jusqu’au bout les jouets de puissances occultes dépourvues de pitié ou de compassion. On ne décèlera pas davantage une once de romantisme pompier dans cette tragédie aux accents crépusculaires, où nul ne ressort indemne. Que ce soit Skafloc et son épée maudite, Valgard, meurtrier de sa propre famille, ou Freda, tiraillée entre sa foi chrétienne et son amour impie pour son frère, tous demeurent prisonniers de leur fatum.

            Dans une préface dithyrambique, Michael Moorcock établit un parallèle entre ce roman et « Le Seigneur des Anneaux », paru la même année. Que l’on me permette de nuancer le jugement de l’auteur anglais. Certes, les deux œuvres puisent leur inspiration dans le même légendaire, mais le rapprochement avec Le Silmarillion me paraît plus judicieux, en particulier la geste consacrée aux enfants de Hurin. Sans doute Moorcock s’est-il laissé aveugler par son admiration pour les destins tragiques de Skafloc et de Valgard dont on retrouve un écho évident dans le cycle d’ « Elric ».

            Récit de vengeance et de malédiction, L’Épée brisée apparaît aussi comme celui de la fin d’un monde. Celui des elfes, des trolls et de toutes les créatures de la féerie. Celui des Ases, Jötuns et sidhes, amenés à renoncer à leur statut divin pour s’effacer devant la foi chrétienne et l’Histoire. Pas sûr qu’il faille le déplorer ou s’en réjouir. Sur ce point, l’auteur américain n’entretient guère le doute. Il préfère célébrer les plaisirs simples d’une existence humaine apaisée. Une philosophie de vie guère éloignée de celle des hobbits…

            À bien des égards, L’Épée brisée s’impose comme une œuvre puissante, sans concession, très éloignée des recettes et de la platitude de la big commercial fantasy. Un roman d’un archaïsme qui le rend encore plus précieux.


Laurent LELEU
Première parution : 1/1/2015 dans Bifrost 77
Mise en ligne le : 6/5/2020


 
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