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Zoo : clinique

Patrice BLOUIN


Illustration de Frank R. PAUL

GALLIMARD (Paris, France), coll. L'Arbalète
Dépôt légal : janvier 2014
Première édition
Roman, 128 pages, catégorie / prix : 14,90 €
ISBN : 978-2-07-014427-3
Format : 14,0 x 19,0 cm



Quatrième de couverture
     Dans mon souvenir, les années 2000 forment un long blockbuster traversé çà et là par des superhéros.
P.B.

     Zoo : clinique est le troisième livre de Patrice Blouin dans la collection « L'Arbalète » après Tino et Tina (2009) et Baltern (2011).
Critiques

         Tout commence aux États-Unis lors du printemps 1999. D’étranges témoignages rapportent l’existence d’un homme crocodile. Des enfants disparaissent, la peur s’empare des Américains et une chasse à l’Homo-gator est lancée qui se terminera par un bain de sang entre lynchage et dévoration. Il reste peu de ce mutant qui s’avèrera être le fils de Jed Bush, le gouverneur de Floride… et le premier cas d’une série sans fin de mutations atteignant l’humanité entière.

         En 2001, alors qu’Al Gore accède au pouvoir, le monde s’organise doucement et bientôt sont créés des « zoos : cliniques » à même de recueillir ces mutants, officiellement pour les aider, mais officieusement pour les éloigner de la population. Les cas de transformations spontanées (et non contagieuses) se multiplient. Quel impact tout cela pourra-t-il avoir sur l’économie mondiale, sur la diplomatie ou, tout simplement, sur les relations humaines ?

         Zoo : clinique est un tout petit livre de 122 pages très aérées qui se lit en un rien de temps. Ce qui ne l’empêche pas d’être plus dense que certains gros romans étirant au possible un même sujet plutôt creux. Ici, les idées fusent dans tous les sens, et ce qui aurait bien pu être une simple uchronie paresseuse tournant autour d’une mystérieuse épidémie de mutations devient vite une réflexion bien sentie sur le fragile équilibre de notre société contemporaine. Certes, Patrice Blouin aurait pu exploiter plus en profondeur les nombreuses pistes qu’il ouvre pour nous. Il a cependant choisi de laisser faire notre imagination et nous livre à la place les clés d’un monde nouveau, différent et pourtant toujours semblable à lui-même. À nous de donner du sens à tout cela.

         Maintenant, n’exagérons rien. Si l’auteur a su lancer diverses idées et constamment remuer un récit qui aurait pu vite devenir monotone, il oublie d’exploiter (volontairement ?) différentes problématiques de base juste effleurées – la panique, la manipulation par les médias, ou encore les réactions des proches des mutants. Mais c’est peut-être justement ce refus d’aller dans les sentiers déjà battus pour partir ailleurs qui rend Zoo : clinique si intéressant. Et si ce court roman n’est pas exempt de quelques facilités et autres raccourcis, il n’en reste pas moins diablement pertinent et parfois même surprenant.

         C’est pourquoi nous ne pouvons que vous conseiller de découvrir cet étrange ovni littéraire qui semble toujours à la limite du familier mais qui s’amuse à ne pas aller là où on l’attend. Une très bonne surprise que ce Zoo : clinique, donc.

Sophie CORRADINI
Première parution : 1/7/2014 dans Bifrost 75
Mise en ligne le : 12/11/2022


     Que diable ? Un livre publié aux éditions Gallimard et arborant fièrement en couverture une illustration bariolée de Frank R. Paul, tout droit sortie des pulps ? Assurément un OVNI littéraire, ce que vient confirmer un titre (Zoo : clinique) et un texte de quatrième de couverture ( »Dans mon souvenir, les années 2000 forment un long blockbuster traversé ça et là par des superhéros. ») pour le moins énigmatiques. Bref, je devais le lire.
     Au printemps 1999, des êtres humains commencent soudainement à muter, spontanément, et se transforment en animaux, le premier d'entre eux devenant ainsi un alligator aux États-Unis (ce qui, au passage, chamboulera quelque peu l'histoire telle que nous la connaissons et nous fera basculer également sur le versant uchronique, mais chut !). Le phénomène prend une ampleur mondiale, et l'on crée ainsi des zoo : cliniques, endroits de quarantaine où les mutants sont regroupés, et interrogés sur les sensations inédites procurées par leur nouveau corps. Carlo Ginsburg travaille dans l'un de ces centres, il est rédacteur : infirmier chargé de recueillir ces témoignages tout en soignant les patients.
     Ce court roman mélange des chapitres de la vie de Carlo, de ses rencontres, notamment avec le Juge des Personnes, le responsable du zoo : clinique, et extraits d'interviews des mutants, vraisemblablement interrogés par Carlo. Peu à peu se dessine ainsi l'histoire de cette irruption soudaine, de ce retournement de la conception même d'humanité. Cette notion est en effet au centre de ce livre. Les personnes mutées étant visiblement tirées au hasard, l'on ne peut alors que constater l’impermanence de la condition humaine, qui tient finalement à peu de choses. Tel mutant se pose la question : «  pourquoi ai-je été choisi ? » et, tel un miroir, Ginsburg s'interroge : «  comment se fait-il que je n'ai pas muté ? Deviendrai-je mutant, moi aussi ? ». Bref, un questionnement sans fin, auquel Blouin n'apporte aucune réponse – car il n'y en a pas – tout en donnant malicieusement, in extremis, un complément d'information sur cette fameuse mutation, qui réoriente le livre vers une autre thématique qu'on se gardera bien de dévoiler. Difficile à déchiffrer, Zoo : clinique soulève ainsi plus d'interrogations qu'il ne délivre de certitudes. Tour à tour sombre et sarcastique, kafkaïen également, il délivre néanmoins une clé par le biais de son personnage principal, Carlo Ginsburg, quasi-homonyme de Carlo Ginzburg, historien italien contemporain, qui a notamment développé la discipline de la microhistoire qui préfère s'intéresser aux individus qu'aux masses, à l'opposé donc de la psychohistoire chère à Asimov. On décrypte ainsi la société aux travers d'une personne ou à l'échelle d'une société très restreinte. Le Carlo du roman est ainsi le point central à partir duquel on va observer la société résultant de la créations des hommes : animaux ; mais Blouin va plus loin en complétant cette vision par celle des mutants lors des interviews, et de cet ensemble d'individualités se dégage un schéma plus global, même si la brièveté du livre lui interdit de réellement développer celui-ci. C'est sur ce dernier point que Zoo : clinique se révèle un livre frustrant, car il ne semble guère préoccupé d'exploiter son réel potentiel : le parti-pris microhistorique combiné aux 120 petites pages (et à la maquette aérée...) du livre nous mettent davantage face à une nouvelle qu'à un roman, alors qu'il y avait pourtant matière à développer plus en profondeur.
     Au final, un roman qui se lit avec plaisir, mais laisse clairement sur sa faim.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 22/2/2014 nooSFere

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