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Dead Zone

Stephen KING

Titre original : The Dead Zone, 1979

Traduction de Richard MATAS
Illustration de Marc TARASKOFF

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. Thrillers n° 7488
Dépôt légal : novembre 2000
Roman, 360 pages, catégorie / prix : 9
ISBN : 2-253-03526-2   
Genre : Fantastique


Autres éditions

Sous le titre L'Accident   FRANCE LOISIRS, 1994
   Jean-Claude LATTÈS, 1993
Sous le titre Dead Zone
   LIVRE DE POCHE, 1984, 1987
   MAXI-LIVRES, 1992

    Quatrième de couverture    
     Greg Stillson, candidat à la Maison Blanche, est un fou criminel, grand admirateur d'Hitler et d'autres maniaques de l'extermination. Quand il sera élu, ce sera l'Apocalypse. Un seul homme le sait : John Smith, car il est doué d'un étrange pouvoir qui lui attire pas mal d'ennuis, il devine l'avenir. Il n'y a rien de réjouissant à cela. Il peut prévoir les accidents, les catastrophes, les hécatombes. On ne le croit pas, ou alors on le croit trop.
     John Smith n'a encore rien dit de ses prémonitions. Pourtant, le candidat à la présidence des Etats-Unis est un dément. Que fera John Smith pour son pays ?

     ...suspense, psychologie des personnages astucieusement mise en place, intrigue très éclatée, très cinématographique, pour finalement laisser son lecteur groggy et content !
Jean-Claude Perrier, Le Quotidien de Paris

     Grâces soient rendues à Stephen King de nous rappeler que suspense et sentiments commencent par la même lettre.
Michel Grisolia, L'Express

     Dead Zone a été porté à l'écran par David Cronenberg, avec Christopher Walken et Martin Sheen.

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Dead Zone , 1983, David Cronenberg
Dead Zone , 2002 (Série TV)
Dead Zone , 2002, Robert Lieberman
Simpson Horror Show XV ( Segment : Ned Zone ) , 2004, David Silverman (Série TV d'animation)
 
    Critiques    

            John Smith est à l’image de son nom : passe-partout. Un physique quelconque, d’une nature plutôt discrète, un prof sans éclat particulier. John Smith est John Smith : le parfait produit middle-class blanche américaine de la fin des années 70, un personnage raisonnablement éduqué, plutôt pacifique et tolérant, politiquement peu engagé mais pas dupe pour autant des petites et grandes turpitudes agitant le monde qui l’entoure. Monsieur tout le monde, en somme. À ceci près qu’il a un don. Le don. (Non, pas le « shining »… un autre.) John Smith peut voir l’avenir. En partie tout du moins. Ça se produit par crises, suite à un contact physique – avec quelqu’un ou quelque chose. Un don qui, bien sûr, se pare des atours de la malédiction et va conduire notre non-héros vers un choix drastique. L’Amérique s’apprête à élire un monstre qui pourrait bien provoquer une catastrophe à l’échelle du monde. Et John Smith est le seul à le savoir. « Supposons que vous puissiez utilisez une machine à remonter le temps et revenir en1932. En Allemagne. Et supposons que votre chemin croise celui d’Hitler. L’assassineriez-vous ? » (p. 283)

            Dead Zone est le septième roman publié par Stephen King. En 1979, quand le livre paraît, l’auteur n’est pas encore la rock star des lettres qu’on connaît, mais il est déjà très riche, traduit dans quantité de pays et adapté au cinéma (le Carrie de de Palma est sorti deux ans plus tôt, le Shining de Kubrick sera diffusé l’année suivante). King est au sommet de son art, ou quasi. Il a publié ce qui reste à ce jour un de ses incontournables, Le Fléau (quoique dans une version « tronquée »). Le premier de sa dizaine de recueils à venir (Danse macabre) est encore tout chaud sur l’étal des libraires US…

            En romancier naturaliste qu’il est, et en adepte d’une gestion toute psychologique de l’horreur, King pratique ici par petites touches, découpe son intrigue comme au scalpel. John Smith est un personnage brisé. Doublement. Les cinq ans de coma ayant suivi son terrible accident de voiture lui ont volé la vie qui lui était promise. Une vie que son « don » achève d’éparpiller aux quatre vents. À l’image du livre, construit autour de chapitres très courts (un procédé peu courant chez l’auteur) réunis en sous-ensembles qui tous racontent une cassure supplémentaire de notre non-héros, un chemin de croix, littéralement, jusqu’à l’ultime bascule qui poussera John au don de soi radical pour le faire changer de statut de façon extrême, conférant au personnage une dimension quasi messianique, presque christique. Dead Zone est l’un des romans les plus tristes jamais écrits par King, le récit d’un personnage à l’hypersensibilité hors normes, inapte par essence, brossé par un romancier surdoué de la caractérisation. Le tout sous-tendu par une figure du mal comme seul l’auteur de Ça sait en produire (à ce dire, l’apparition dudit « mal », pages 10 à 15 du livre, est une pure leçon d’écriture). Au final un excellent Stephen King, ayant bénéficié d’une adaptation cinématographique toute aussi excellente par un David Cronenberg en plein bourre (et qui clôt là une manière de trilogie hallucinée constituée par Scanners, Vidéodrome et donc Dead Zone – peut-être la meilleure période du réalisateur canadien) ; difficile, d’ailleurs, à la lecture du livre, de se débarrasser de la vision d’un Christopher Walken hanté incarnant John Smith… Bref, une très bonne pioche, un jalon important dans l’énorme corpus qui nous occupe, dans lequel King règle ses comptes avec la politique en général, et Nixon en particulier, et restitue à merveille l’époque dans laquelle le récit prend racine – la fin du Flower Power, le début des désillusions ; ce en quoi King est grand. N’était malheureusement une édition française dégueulasse (maquette repoussante, qualité d’impression fluctuante, et une traduction au mieux passable – bordel, c’est trop demander que de remplacer « Anges de l’enfer » par « Hell’s Angels » ?), une quasi constante concernant King en France pour le moins inadmissible…


Olivier GIRARD
Première parution : 1/10/2015 dans Bifrost 80
Mise en ligne le : 25/10/2020

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LIVRE DE POCHE, Thrillers (1983)


     (Critique de l'édition Lattès, titrée L'Accident)


     Deux phrases du roman 1 de King sont significatives de sa démarche : « Le tigre a des rayures qui se confondent avec la végétation, et il passe inaperçu. Ce qui fait que l'homme inquiet voit des tigres partout » (p. 304). L'auteur construit ses livres, mais celui-ci particulièrement, en semant des indices épars, qui introduisent le doute, font monter la tension ou bifurquer l'attention, sans notablement faire progresser la ligne principale de l'action. Ici un jeune homme, John Smith, au nom volontairement banalisé (ce pourrait être n'importe qui, nous souffle King), lequel, à la suite de deux accidents, l'un dans son enfance et l'autre, beaucoup plus grave, à l'âge adulte, qui l'a laissé plus de quatre ans dans le coma, « voit des choses », du passé ou du futur, quand il effleure un être ou un objet.
     Le roman, qui date de 1979 et n'est donc pas le plus récent de l'auteur, reprend peu ou prou la thématique de Carrie : la montée de dons exceptionnels chez un individu, dont la vie et celle de son entourage vont être bouleversées. Et c'est bien la première moitié du récit, « l'accident », la longue traversée du désert que subit John Smith (cette zone morte qui se trouve dans sa tête sous la forme d'une tumeur, mais aussi dans le cours de sa vie), et la prise de conscience du don, qui en forment sa meilleure partie, et de loin : on sait le talent de King pour brosser des portraits plus vrais que nature, organiser les rencontres, vous lancer sur des pistes qui ne sont pas forcément les bonnes (le tigre n'est pas toujours là où on croit qu'il est...).
 
     La découverte du tueur de femmes, puis la prédiction concernant un incendie, pour passionnants que soient ces épisodes, et nécessaires sans doute à la démonstration, ne sont pourtant que des incidentes, et par là ressenties comme étant quelque peu tirées à la ligne. Plus grave est le fait que ce qui devrait être au centre du roman (au moins si l'on en croit la prière d'insérer) est rejeté dans le dernier quart de l'ouvrage : Greg Stillson, un représentant de commerce à tendances fascistes, subit une ascension irrésistible vers sa nomination à la candidature suprême, la Maison Blanche ; Smith, qui a croisé Stillson, perçoit qu'il va « déclencher volontairement la troisième guerre mondiale ou la provoquer par son incompétence » ; Smith croit donc de son devoir de lui barrer le chemin.
     Le sujet eût été intéressant à condition d'être au centre d'un thriller politique que King n'a pas su ou tout simplement pas voulu traiter à fond. D'une part, le personnage de Stillson reste très en marge du récit, et l'auteur ne parvient pas à nous faire partager la sensation que l'homme est réellement dangereux, et moins encore pourquoi son ascension est tellement foudroyante ; ensuite, l'attentat lui-même reste très traditionnel. Le livre souffre donc d'un défaut de construction, l'auteur n'ayant pas su choisir entre l'intimisme d'un cas et son insertion dans le social. Mais, s'il n'est pas du meilleur King (qui se trouve à mon avis dans Carrie, Shining et certaines de ses nouvelles de Danse macabre), voilà tout de même un bouquin qui, selon l'expression consacrée, ne vous laisse pas souffler de la première à la dernière ligne.

Notes :

1. Au lieu de ce titre reprenant celui d'un film de Losey, une traduction littérale de l'original, Zone morte, eût été plus frappante et plus véridique. Par ailleurs, un film est en chantier d'après le roman, par David Cronenberg hélas.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/5/1983
dans Fiction 340
Mise en ligne le : 15/3/2002


 

Edition LIVRE DE POCHE, Thrillers (1983)


     (Critique de l'édition Lattès, titrée L'Accident)


     Stephen King serait-il un auteur maudit ?
     On peut se poser la question quand on voit le massacre que constitue la traduction de The dead zone chez Lattès. Commençons par le plus évident : la couverture. Elle est laide et n'a strictement rien à voir avec le roman. Même chose pour le titre français, L'accident (le mélange des deux pourrait d'ailleurs faire croire que King a écrit l'histoire d'un guide de haute montagne qui a glissé dans sa salle de bains...), qui est complètement absurde et réducteur par rapport au sujet central du livre. Le changement de titre (je suppose que La zone morte était trop bon pour Lattès...) donne d'ailleurs lieu à une monumentale erreur de traduction dans celui de la troisième partie du livre qui devient « Notes sur l'accident » au lieu de « Notes sur la zone morte » ! Puisqu'on parle de traduction, il faut bien dire que c'est là que réside le véritable scandale : premièrement, le livre est amputé d'environ 120 000 signes, sur ordre du charcutier Lattès. Mais n'allez pas croire que le sieur Richard Matas soit blanc comme neige dans l'affaire... On lui a demandé de tripatouiller le bouquin pour qu'il réduise à la cuisson, et il s'est fait un devoir d'enlever des centaines de petits bouts de phrase tout au long du roman. Du travail de professionnel du découpage, quoi. Seulement, quand on traduit avec une tronçonneuse et non avec un dictionnaire, on fait des bourdes, comme à la page 337 où un dialogue devient incompréhensible, suite à une coupe sombre. En tout cas, Stephen King devrait virer son agent français qui ose laisser passer des opérations de ce style alors qu'il nous a fait attendre plus de deux mois pour les droits de la nouvelle Le singe parue dans Thriller n° 7... Car, comme bien des agents parisiens, la seule chose qu'il sait faire est d'encaisser les chèques et pas de s'occuper de littérature, surtout pas ! Dernier point : le roman est vendu 92 F. Moralité, si vous l'avez acheté, vous vous êtes fait avoir
     Bien sûr, on se doute que ça me fait mal de déconseiller un livre d'un de mes auteurs préférés parce qu'il est tombé entre les mains d'un éditeur indélicat (pour les anglophones, The dead zone est sorti en poche chez Signet, aux USA, à $3,50) et je peux difficilement résister à la tentation de vous dire que c'est un bon roman, même s'il n'est pas le meilleur de King. Il présente un récit assez complexe sur le destin d'un homme qui, au prix d'une mutilation (les cinq ans de sa vie passés dans le coma — la fameuse zone morte), voit se développer en lui un pouvoir de deviner les catastrophes à l'avance. La période gommée de son existence a aussi effacé toute innocence en lui, et c'est avec une horreur grandissante qu'il va devoir affronter les forces noires qui se dissimulent derrière le masque quotidien des Etats-Unis des années 70. C'est une sorte d'initiation qui va lui faire lever certains voiles (que ce soit celui de la faiblesse humaine ou celui de la politique avec le personnage démoniaque de Greg Stillson) et le précipiter vers un ultime geste pour arrêter le chaos. The dead zone est de loin le livre de King qui fait le moins appel à l'angoisse pure pour laisser la vedette à un peur plus diffuse : celle née des zones d'ombres de la société, celle issue d'une imprécision grandissante et inquiétante de l'avenir. Dommage que le sinistre tandem Lattès/Matas ait supprimé mille et un petits détails (toujours importants chez King) pour satisfaire un inqualifiable goût pour les économies de bouts de chandelles et pour bien montrer, une fois de plus, que le lecteur n'est souvent rien de plus qu'une vache à lait.

Richard D. NOLANE
Première parution : 1/5/1983
dans Fiction 340
Mise en ligne le : 15/3/2002




 
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