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Stardust

Nina ALLAN

Titre original : Stardust: The Ruby Castle Stories, 2013
Première parution : Hornsea, Royaume-Uni; PS Publishing, 1er avril 2013

Traduction de Bernard SIGAUD
Illustration de Thierry DUBREIL

TRISTRAM (Auch, France)
Date de parution : 10 janvier 2015
Dépôt légal : décembre 2014, Achevé d'imprimer : décembre 2014
Première édition
Roman, 384 pages, catégorie / prix : 21,50 €
ISBN : 978-2-36719-036-5
Format : 14,0 x 21,5 cm  
Genre : Science-Fiction

Sous-titré "Légendes de Ruby Castle".
Couverture : graphisme Thierry Dubreil, photo RetroAtelier/iStock.



    Quatrième de couverture    
Michael Gomez a treize ans, c'est un prodige du jeu d'échecs. Lorsqu'il connaît pour la première fois l'épreuve traumatisante de la défaite, il se réfugie dans la fascination qu'exerce sur lui Ruby Castle, beauté célèbre pour ses rôles dans des films d'épouvante... et pour le meurtre de son amant dans un accès de jalousie.
 
Mais le jeune joueur d'échecs n'est pas le seul à nourrir des pensées secrètes à l'endroit de Ruby Castle ou à être visité par son souvenir. C'est aussi le cas d'un marchand de livres anciens qui s'égare dans le palais des glaces d'une fête foraine, de l'admiratrice d'un poète qui fut jadis lié à Ruby, et d'une jeune Russe qui assiste avec sa famille au lancement d'une fusée. Rien ne semble relier ces différents personnages, hormis l'emprise qu'exerce sur eux l'image de Ruby Castle — dont on ignore d'abord s'il s'agit d'une personne réelle ou bien d'un fantasme collectif.
 
« J'aime les livres qui donnent à la fin l'impression que l'histoire continue quelque part, que nous ne saurons jamais tout et que les personnages ont leur propre vie au-delà du scénario qui a été écrit pour eux. J'espère que Stardust est un livre de cette sorte. J'espère que chaque lecteur y trouvera sa version personnelle de l'histoire de Ruby Castle. » (Nina Allan)
 
Dès la parution à l'automne 2013 de Complications (Grand Prix de l'Imaginaire 2014, réédité aujourd'hui dans la collection Souple), un cercle de lecteurs passionnés s'est créé autour de l'œuvre de Nina Allan. La puissance d'évocation de ses récits et l'impact émotionnel de son écriture atteignent dans Stardust de nouveaux sommets. En deux livres, Nina Allan impose une œuvre de haut vol, appelée à marquer durablement les esprits.

    Sommaire    
1 - Face B (B-Side), pages 11 à 43, nouvelle, trad. Bernard SIGAUD
2 - Le Ver du Lammas (The Lammas Worm), pages 45 à 90, nouvelle, trad. Bernard SIGAUD
3 - La Porte de l'avenir (The Gateway), pages 91 à 164, nouvelle, trad. Bernard SIGAUD
4 - Cytises (Laburnums), pages 165 à 189, nouvelle, trad. Bernard SIGAUD
5 - Poussière d'étoiles (Stardust), pages 191 à 256, nouvelle, trad. Bernard SIGAUD
6 - Le Naufrage du Julia (Wreck of the Julia), pages 257 à 343, nouvelle, trad. Bernard SIGAUD
7 - Reine rouge (Red Queen), pages 345 à 348, poésie, trad. Bernard SIGAUD
 
    Critiques    
     Un jeune prodige des échecs qui subit sa première défaite dans un tournoi local. Une jeune fille étrange qui embarque dans un cirque, se marie avec un nain et devient une écuyère incroyablement douée. Un anglais qui, peu avant la deuxième guerre mondiale, rend visite à des amis allemands et perd leur fille dans le labyrinthe d’une foire. En 2029, une jeune fille russe assiste à la TV au décollage et à l’explosion de la première fusée propulsée par la fusion nucléaire...

     Pour son deuxième livre édité en France, Nina Allan revient avec, toujours chez Tristram, un autre assemblage de textes qui, plus qu’un simple recueil de nouvelles, forme une mosaïque dont chaque pièce est liée aux autres. Alors que Complications, son premier livre, explorait en six récits le thème du voyage temporel, Stardust, sous-titré Légendes de Ruby Castle, fournit un lien beaucoup plus lâche entre ses six récits et son poème final : seule Ruby Castle, une actrice au destin tragique, apparaît de manière récurrente, soit comme personnage secondaire, soit comme un détail du décor à peine évoqué au détour d’une page.

     Situés dans le passé (autour de la dernière guerre mondiale), de nos jours ou dans le futur, en Allemagne Nazie, en Angleterre ou dans la Russie post-seconde guerre froide, chaque texte fonctionne indépendamment. Et pourtant, rapidement, un thème majeur commun se dégage : la disparition, voulue ou non, d’un conjoint ou d’un enfant, le manque et quelquefois la réapparition réelle ou fantomatique. Des échos apparaissent alors d’un texte à l’autre : aux quatre cosmonautes de Poussière d’étoiles répondent les quatre passagers du Naufrage du Julia. A l’enfant apparu dans le Ver du Lammas correspondent les enfants disparus de la Porte de l’avenir ou du Naufrage du Julia. Des thèmes secondaires parcourent les textes : le cirque et la fête foraine, le voyage... amenant une impression étrange de résonnance et d’unité floue entre les nouvelles. Tout cela emmené par le style très personnel et envoutant de Nina Allan : les ruptures brusques de ton ou de sujet d’un paragraphe à l’autre sont fréquentes, détournant le lecteur de l’intrigue principale, le frustrant d’une trame linéaire.

     Avec Stardust, Nina Allan montre une maîtrise absolue du récit, guidant le lecteur dans un labyrinthe sans le perdre. Après Complications, lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire, ce nouveau recueil est la confirmation d’un talent profondément original.



René-Marc DOLHEN
Première parution : 8/3/2015 nooSFere


            Révélée en 2013 avec son recueil Complications aux allures de roman, lauréat du Grand prix de l’Imaginaire en 2014, Nina Allan présente ici un bouquet de nouvelles basées sur le même principe.

            D’entrée, le recueil commence par un récit intitulé « Face B », comme une invitation à inverser l’ordre des choses. Il y est question d’un jeune joueur d’échecs, formé par un vieil homme qui avait vu en lui un futur champion, de son excès de confiance l’ayant conduit à sous-estimer son adversaire et de sa passion pour l’actrice de films d’épouvante Ruby Castle, également connue pour avoir assassiné par jalousie son partenaire dans American star et amant à la ville.

            Soudain, le réel dérape et se brouille, des éléments fictifs interfèrent avec les récents événements de la journée, alors qu’à l’inverse des bribes de vécu contaminent l’imaginaire : Michael croise en route les inquiétants sosies d’un film de Ruby Castle tandis que dans un coffret miniature tout juste offert, l’automate joueur d’échecs effectuant une ouverture contre un nain au visage séduisant devient le portrait d’un personnage croisé un peu plus tôt. Rien n’est explicitement dit, pas plus que le récit ne se conclut franchement : au lecteur de prolonger l’histoire et de tenter de rassembler les fils épars qui en font la trame.

            Le véritable fil rouge réside dans l’évocation de cette actrice par les protagonistes de ces récits très dissemblables. On apprend ainsi qu’elle débuta dans un cirque itinérant comme partenaire d’un lanceur de couteau, joua dans « Le Marionnettiste », où des parasites nécrosants se répandent dans une fête foraine, reçut la visite d’un poète dans sa prison après le meurtre. Les éléments épars de sa biographie deviennent des motifs déclinés dans chaque récit, de façon fortuite et aléatoire, sans incidence directe, du moins sans qu’il soit possible de déterminer en quoi ils modifient la perception qu’on en a. Il est d’autres thèmes sous-jacents, comme la sourde angoisse devant des menaces sexuelles, un nain au très beau visage qui cristallise en partie ces troubles émois, des légendes à caractère fantastique, des disparitions mystérieuses, de nombreuses références littéraires, en majorité de langue allemande, surtout viennoise, des correspondances temporelles, comme si, à des moments précis, les événements se synchronisaient sur une même fréquence. Nina Allan en tire des effets de moirage qui renforcent encore la dominante fantastique des récits.

            « Le Ver du Lammas » confirme cette impression : l’histoire, centrée sur la légende d’un esprit à la puissance sexuelle démoniaque, se déroule dans le cirque à l’époque où Ruby y travaillait. Le récit suit une mystérieuse jeune fille trouvée nue sur la route et adoptée par la troupe, qui attise les passions et suscite les jalousies par ses trop nombreux talents, et que le nain de l’équipe finit par épouser pour son malheur. Par petites touches s’organise le récit, ici une forme de vampirisme à forte valence érotique, que soulignent de discrètes références, comme celle à Schnitzler, dont « La Nouvelle rêvée » a inspiré Kubrick pour Eyes Wide shut.

            Ainsi, chaque récit contient les éléments d’un puzzle que le lecteur doit assembler, sans toujours être assuré que la pièce qu’il examine appartient à l’ensemble. Son parcours ressemble à celui effectué dans un labyrinthe se situant à cheval sur deux mondes parallèles.

            C’est ce qu’évoque l’excellent récit qu’est « La Porte de l’avenir », où il est question des Palasten, des galeries des glaces modulables que construisirent au XIXe siècle les frères Gelb, menuisiers dont les meubles sculptés représentaient d’effroyables scènes de sabbat. C’est le récit qui devient ici modulable tant il décline de motifs qui se reflètent à l’infini. Dans les années trente en Allemagne, alors qu’elle était sous la responsabilité d’un bibliophile, ami du père et amant de la mère, une fillette disparaît dans la galerie des glaces d’une fête foraine. Des années plus tard, le bibliophile croisera, fugitivement, l’adulte qu’elle est devenue sans obtenir de réponse à ce qui s’est passé ce jour-là, et dont il eut pourtant un aperçu, ayant entrebâillé une dimension donnant sur un autre temps, offrant une fugitive vision des camps de la mort à venir. Le récit discrètement science-fictif livre, sinon la clé du livre, la méthode d’écriture de Nina Allan.

            Elle la détaille dans un article final : elle explore des connexions invisibles pour mener une conversation entre divers personnages à travers les récits, à l’image de cette jeune femme qui, dans « Cytises », restée en relation avec un vieux poète, écrit un poème d’inspiration mythologique évoquant son malaise à retrouver partout autour d’elle une amie disparue, jusque dans un film comme La Comète, qui se déroule dans le milieu du cirque.

            « Poussière d’étoiles », une uchronie, met la méthode en application : la jeune Alina doit composer pour l’école une rédaction narrant les faits très ordinaires de sa vie le jour du lancement de la première fusée thermonucléaire. La petite et la grande histoire s’intriquent bien plus que prévu dans la mesure où un meurtre était commis dans son entourage pendant que la fusée se désintégrait en vol.

            Le même télescopage est à l’œuvre dans « Le Naufrage du Julia », un tableau qu’acquiert le narrateur lors d’une vente aux enchères, parce qu’il représente exactement le cauchemar qu’il fait depuis la disparition réelle et métaphorique de sa femme : son entourage la croit disparue dans un crash aérien, mais lui sait qu’elle n’était pas à bord et avait profité du drame pour le quitter.

            L’écriture de Nina Allan est assez proche de celle de Ballard, qui laisse le récit affleurer à la surface du texte sans le canaliser de façon volontaire. La parenté avec Christopher Priest, dont elle est par ailleurs la compagne, est aussi évidente. La mise en place assez lente de l’histoire qui bifurque ensuite dans une autre direction lui est typique. Ici aussi, les intrigues finissent par précipiter et se cristalliser autour d’un élément en apparence mineur mais commun aux deux. Une manière de dire que nous sommes tous liés les uns aux autres, que nous sommes tous, pour reprendre le commentaire de Robert Shearman dans sa postface, de la poussière d’étoiles.

            Avec ce recueil de très haut niveau, Nina Allan confirme ici l’ampleur de son talent.


Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/4/2015 dans Bifrost 78
Mise en ligne le : 17/5/2020


 
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