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Dark Eden

Chris BECKETT

Titre original : Dark Eden, 2012
Première parution : Atlantic Books, 12 janvier 2012

Cycle : Dark Eden vol. 1 

Traduction de Laurent PHILIBERT-CAILLAT
Illustration de Clément CHASSAGNARD

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France)
Dépôt légal : mars 2015, Achevé d'imprimer : mars 2015
Roman, 416 pages, catégorie / prix : 22,00 €
ISBN : 978-2-258-10966-7
Format : 14,0 x 22,5 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Bienvenue sur Eden, la planète sans lumière.
 
     Au cours d'une expédition, des spationautes s'échouent sur une planète, qui ne doit sa chaleur et sa lumière qu'à son activité géothermique et à la bioluminescence de sa flore. Malgré les avaries subies par leur vaisseau spatial, tous décident de retourner sur Terre ; tous, sauf Tommy et Angela, qui préfèrent rester plutôt que de courir le risque d'un nouveau voyage.
     Près de deux siècles plus tard, leurs descendants espèrent toujours une expédition de sauvetage de la part des Terriens. Au sein de cette société stagnante et dégénérescente, John Lampionrouge fait tout pour rompre le statu quo. Il ne supporte plus de voir son peuple se cantonner dans la vallée étroite où l'homme a initialement posé le pied et souhaite explorer le reste de ce monde, quitte à se faire des ennemis...
 
     Chris Beckett signe un roman de science-fiction envoûtant, à la hauteur des plus grands du genre. Dark Eden a reçu le prestigieux prix Arthur C. Clarke en 2013.
 
     CHRIS BECKETT est l'auteur de trois romans et de plus d'une vingtaine de nouvelles de science-fiction, dont beaucoup ont été initialement publiées dans les revues Interzone et Asimov's.

    Prix obtenus    
Arthur C. Clarke, [sans catégorie], 2013
 
    Critiques    
     Suite à un problème dont on ne connaît pas les détails, un couple de voyageurs spatiaux s’est retrouvé coincé seul sur une planète sans soleil en attendant l’arrivée d’hypothétiques secours de la Terre. Quelques dizaines d’années plus tard, cette planète nocturne, chauffée par géothermie et (mal) éclairée par la phosphorescence d’une partie de la végétation et des animaux, est habitée par quelques centaines de descendants du couple initial. Acculturés, victimes de tares génétiques, ceux-ci retournent lentement à l’état sauvage, transformant leur histoire et leurs ancêtres en religion et en légendes. Mais John, un jeune téméraire, pense qu’ils doivent sortir de leur vallée tranquille et franchir la zone noire qui les entoure pour explorer le reste du monde.

     Partant d’une idée classique (les plus érudits auront reconnu une trame proche du monde aveugle de Daniel Galouye, paru en 1961), Chris Beckett étudie la dégénérescence, aussi bien physique que mentale, d’un groupe humain laissé à l’abandon. A l’aide de multiples narrateurs, l’auteur décrit finement la situation du communauté : ce qui a été édicté en règle de vie par le couple originel se transforme petit à petit en religion, empêchant toute évolution positive du groupe, refusant la nouveauté.

     En travaillant particulièrement la psychologie des personnages, l’auteur évite l’écueil du manichéisme. John, qui fait bouger la société, est aussi le premier coupable de la plus grave violation des règles de vie de la communauté. Tina, qui aurait pu faire la compagne de héros idéale, n’hésite pas à le mettre face à ses défauts. Les rapports de pouvoir au sein des groupes sont aussi réussis : face à une société civile qui s’effrite, la montée d’un groupe paramilitaire ne pourra que rappeler l’histoire récente.

     Sur une intrigue plutôt classique, Chris Beckett bâtit autour de ses personnages un roman particulièrement prenant et difficile à lâcher qui devrait plaire au-delà des amateurs de science-fiction. Un second tome, Mother of Eden, doit sortir au mois de mai 2015 en langue anglaise. On l’attend avec impatience !

     Signalons enfin l'excellente traduction de Laurent Philibert-Caillat qui rend parfaitement le langage dégénéré de la tribu sans géner la fluidité du récit.



René-Marc DOLHEN
Première parution : 8/4/2015 nooSFere


            « On était la cinquième génération d’Eden après Père Tommy et Mère Angela. Mais personne n’avait jamais tué un autre être humain. Personne. Jamais. »

            Dans Famille, l’histoire se transmet de génération en génération depuis cent soixante ans. L’histoire de la fondation de la colonie parée de sa tours du mythe : l’arrivée des premiers humains sur Eden. Ou comment, après un problème technique quelconque lors d’une expédition spatiale, deux terriens, Tommy et Angela, se sont retrouvés abandonnés sur ce monde étrange, cette planète au ciel sans soleil et où les seules sources de lumière et de chaleur proviennent des êtres vivants (animaux et végétaux) qui la peuplent. Dark Eden est l’histoire des descendants de ces deux fondateurs…

            Ils étaient donc deux. Plus d’un siècle en demi après, Famille compte cinq cents membres (tous descendants des deux premiers). Et la vie est dure pour Famille. Rongée par la consanguinité, portée par un espoir de sauvetage en provenance de la mythique Terre qu’elle devine vain sans réellement se l’avouer. Dépourvue de technologie, de savoir, de culture même. Jusqu’à la langue qui s’appauvrit au fil des générations, dont le sens des mots se perd, se pervertit. Mais il y a John, de la branche Lampion-rouge de Famille. Lui ne se satisfait pas des vieilles légendes. De l’attente perpétuelle. Du cadre de vie limité de Famille que la démographie croissante épuise. John veut aller au-delà de Noirneige. De l’autre côté. Il ne doute pas d’y trouver une nouvelle forêt. De nouveaux espaces à conquérir. De nouvelles ressources. John est un visionnaire. Il poursuit un idéal de conquête. Et comme tout visionnaire en tout temps et tous lieux, John va rompre l’équilibre social de Famille qu’il considère comme une impasse. Une rupture qui, bien évidemment, n’ira pas sans une remise en question fondamentale, de nombreux dégâts et le réapprentissage de quelques vieilles pratiques banalement humaines mais oubliées, à commencer par le meurtre et la guerre…

            Si la science-fiction est une littérature du vrai postulant que la science accroit les possibilités des connaissances, Chris Beckett met en scène une société où le vrai a tellement reculé que les connaissances de ceux qui animent ladite société sont réduites à rien ou presque. Une société obscurantiste dans un monde obscur, mais néanmoins harmonieuse et finalement paisible, libérée par la force des choses de nombre de tabous (sexuels, entre autres) et qui ne connaît pas la violence. Mais une société dans un cul-de-sac, et de fait condamnée. Jusqu’à la rupture portée par John, donc. On ne cherchera pas ici d’explication au fonctionnement du monde dans lequel Chris Beckett place ses protagonistes. Ni à trop gratter quant à la vraisemblance de tel ou tel postulat (l’aspect génétique, notamment, pourrait sembler douteux). Ce n’est pas le propos. Il n’est pas question de hard SF. Beckett place ses protagonistes dans un environnement radicalement différent. Les soumet à des contraintes extrêmes pendant près de deux siècles. Ouvre le couvercle et observe. Une manière de fable, en somme, du classique à valeur d’exemplarité, qui brasse large côté thématiques sociales et culturelles et évite l’écueil d’un manichéisme facile. Le tout, riche idée, raconté à la première personne du singulier, mais à travers des points de vue tournants (avec une récurrence plus marquée de John, évidemment).

            Dark Eden est le quatrième livre de Chris Beckett (après deux romans et un recueil). Le premier à nous parvenir traduit. Lauréat d’un prix Arthur C. Clarke (le pendant anglais de notre Grand Prix de l’Imaginaire, le chèque en plus…) mérité. Nous ne sommes pas là en présence d’un chef-d’œuvre, mais d’un vrai bon bouquin de SF doté d’une forme séduisante et d’un fond aux messages nombreux. Un rien poétique, peut-être un tantinet longuet, mais un bon bouquin. Dont l’auteur vient de proposer une suite en VO, Mother of Eden (ce qu’on pourrait regretter, tant la fin ouverte du présent livre est séduisante, mais que cette suite s’avère ou non dispensable, le premier opus se suffit à lui-même). Bref, une jolie découverte.


Olivier GIRARD
Première parution : 1/7/2015 dans Bifrost 79
Mise en ligne le : 1/6/2020


 
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