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Le Cercle

Dave EGGERS

Titre original : The circle, 2013
Première parution : New York, USA : Alfred A. Knopf, 8 octobre 2013
Traduction de Emmanuelle ARONSON & Philippe ARONSON

GALLIMARD (Paris, France), coll. Du monde entier
Dépôt légal : avril 2016
Première édition
Roman, 528 pages, catégorie / prix : 25 €
ISBN : 978-2-07-014742-7
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Quand Mae Holland est embauchée par le Cercle, elle n’en revient pas.
     Installé sur un campus californien, ce fournisseur d’accès Internet relie les mails personnels, les réseaux sociaux, les achats des consommateurs et les transactions bancaires à un système d'exploitation universel, à l’origine d’une nouvelle ère hyper-numérique, prônant la civilité et la transparence.
     Alors que la jeune femme parcourt les open-spaces, les immenses cafétérias en verre, les dortoirs confortables pour ceux qui restent travailler le soir, la modernité des lieux et l’intense activité la ravissent. On fait la fête toute la nuit, des musiciens célèbres jouent sur la pelouse, des activités sportives, des clubs et des brunchs sont proposés, et il y a même un aquarium contenant des poissons rares rapportés par le P.-D.G.
     Mae n’en croit pas sa chance de travailler pour l’entreprise la plus influente qui soit – même si le campus l’absorbe entièrement, l'éloignant de plus en plus de ses proches, même si elle s’expose aux yeux du monde en participant au dernier projet du Cercle, d’une avancée technologique aussi considérable qu’inquiétante.
     Ce qui ressemble d’abord au portrait d’une femme ambitieuse et idéaliste devient rapidement un roman au suspense haletant, qui étudie les liens troubles entre mémoire et histoire, vie privée et addiction aux réseaux sociaux, et interroge les limites de la connaissance humaine.
Critiques

     Dans un futur très proche, demain ou peu s’en faut, les actuels géants du Web – Google, Facebook, Twitter, Paypal – ont été remplacés par le Cercle. Plus simple, plus pratique, le Cercle est l’invention d’un geek génial aidé de deux fortes personnalités, un philanthrope avunculaire et un homme d’affaire impitoyable. À eux trois, ils ont rendu le Cercle indispensable, universel.

     Communication, compréhension et clarté sont au cœur du projet. Dans le monde actuel, Google a pour slogan « Do No Evil » : le credo du Cercle est similaire, mais à qui s’adresse l’injonction ? Au Cercle ou à ses utilisateurs ? Entreprise affichant ses visées bienveillantes, le Cercle veut simplifier votre vie, la protéger aussi ; le Cercle veut tout connaître – du nombre de grains de sable du Sahara jusqu’à votre arbre généalogique – et ne veut rien oublier. Potentiellement intrusif ? Mais voyons, c’est pour votre bien et celui des autres membres de la communauté…

     Sous l’impulsion d’une amie y travaillant, la jeune Mae Holland quitte son boulot pourri et part pour la Silicon Valley rejoindre le Cercle. Embauchée à l’Expérience Client, elle y fait montre de ses qualités. Ses collègues se hâtent de lui faire découvrir toutes les merveilles offertes par le Cercle, mais Mae n’y participe guère : la voilà vite incitée à faire davantage partie intégrante de la vie du campus, à afficher plus encore sa présence sur le réseau social du Cercle. Suite à un malheureux incident, Mae va se retrouver propulsée au premier plan du Cercle et à porter haut des valeurs qu’elle a contribué à définir. Valeurs qui, dans leur énoncé, rappellent en creux les slogans du monde totalitaire de 1984. Quoiqu’ici on pense plutôt au cauchemar de verre de Zamiatine, Nous autres, dont se dessinent les prémisses en mode 2.0, un tantinet infantilisantes, à mesure que le Cercle se clôt. Un mystérieux inconnu tente d’avertir Mae des dangers de la complétion du Cercle, mais n’est-il pas déjà trop tard ?

     Quatrième roman de Dave Eggers (deuxième traduit en français après une novélisation de Max et les maximonstres, le film de Spike Jonze adaptant le livre éponyme de Maurice Sendak), Le Cercle brasse bon nombre de thèmes dans l’air du temps : la surveillance, la bienveillance typiquement puritaine des géants du Web américain, le droit à l’oubli (ou pas), l’engagement qui se résume à liker/disliker quelque chose… Sur le papier, le roman de Dave Eggers a tout pour plaire, dans le genre anticipation immédiate, mais finit par décevoir sur le plan narratif, la faute à une longueur un brin excessive, une relative absence de tension durant la majeure partie du roman, une intrigue pas toujours bien ficelée, des protagonistes un tantinet caricaturaux – en particulier celui qui apporte le seul point de vue construit visant à brocarder le Cercle.

     Il n’empêche, Le Cercle fait réfléchir. À l’heure où la neutralité du Web est loin d’être tenue pour acquise, où Facebook et consorts acquièrent quantité de données sur leurs utilisateurs et collaborent avec les agences de renseignements étatsuniennes sans grand respect pour la notion de vie privée, où Google s’arroge le mot « alphabet », Le Cercle s’avère une lecture en pleine prise avec l’actualité, plus convaincante sur le fond que sur la forme. Smiley.

Erwann PERCHOC
Première parution : 1/10/2016 dans Bifrost 84
Mise en ligne le : 16/10/2022

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition GALLIMARD, Folio (2021)

Fonctionnaire dans une petite ville terne des environs de Fresno, Mae s’ennuie ferme quand son amie Annie la pistonne pour un poste au service client du Cercle, l’entreprise la plus innovante de la Silicon Valley. Le Cercle, c’est l’entreprise qui fait rêver : sorte de fusion de google et de facebook au carré, son produit phare est un réseau social où la quasi-totalité de la population américaine est inscrite. D’abord décontenancée par cette entreprise qui gère tous les aspects de la vie de ses employés, de la mutuelle santé à l’intégralité des loisirs ou des activités quotidiennes dans un souci de transparence totale via le réseau social, Mae s’intègre rapidement, devenant le cobaye du Cercle en diffusant en continu toute sa vie via une caméra miniature qu’elle porte sur elle en permanence.

Paru en 2013, alors que facebook n’avait pas 10 ans et twitter 7 ans, le Cercle est une anticipation de ce que pourrait devenir les réseaux sociaux à moyenne échéance, passant de simples entreprises de communication à un monopole empiétant sur la vie publique et privée. Le parcours de Mae est exemplaire : personnage fade dont la vie est bouleversée par son nouveau travail, elle subit d’abord la convivialité obligatoire de ses collègues (« le cercle n’est pas qu’un travail, c’est une communauté ! », « Tu as fait du kayak seule alors que tu aurais pu partager cette activité sur le réseau social interne ! », « ton père souffre de la sclérose en plaque ? Tu sais que nous avons quatre groupes pour en parler au Cercle ! »), elle tombe dans le jeu de ce qui ressemble autant à une secte qu’à une entreprise. Tombée sous le charme de dirigeants prônant la transparence absolue, on la voit perdre, petit à petit, tout contact avec le reste du monde, ses proches ou sa famille qui refusent de participer au Cercle. Toute cette descente au paradis est minutieusement décrite par Dave Eggers, et le lecteur ne pourra que noter les similarités entre la fiction et la vie réelle actuelle, entre les personnes qui sont sur facebook ou twitter et celles qui en sont absent. Au-delà de cette critique des réseaux sociaux, le Cercle est aussi une description effrayante de ces entreprises qui se sentent plus fortes que l’état et qui pensent pouvoir le remplacer dans ces fonctions régaliennes, en prônant l’innovation à tout crin et la transparence absolue.

Le Cercle n’est pas un roman parfait ; il souffre de longueurs et certains points techniques ne tiennent pas la route, ses personnages sont plus des archétypes qu’autre chose, mais il est suffisamment réaliste et crédible pour montrer que la transparence totale et la surveillance généralisée, sous couvert de bienveillance, peuvent mener à un nouveau totalitarisme, sous couvert de smileys et de likes.

Signalons enfin que le Cercle a été adapté au cinéma en 2017, adaptation ratée dont la fin fait de Mae une héroïne positive plongeant avec plaisir dans la surveillance généralisée.

 

René-Marc DOLHEN
Première parution : 18/6/2021
nooSFere

Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo...)
The Circle , 2017, James Ponsoldt

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