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L'Héritier de Clamoria

Benedict TAFFIN



ÉDITIONS DU 38 , coll. Collection du Fou
Dépôt légal : septembre 2016
Première édition
Roman, 244 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 978-2-37453-142-7
Format : 15,0 x 21,0 cm



Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org
Ressources externes sur cette édition de l'œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture
     L'intrépide capitaine Akatz Ielena est appelée sur la planète Clamoria. La reine se meurt et le prince héritier a disparu. Dans ce royaume matriarcal, monter sur le trône exige d’être une femme. Le prince doit changer de sexe. Mais la colère gronde chez les hommes, ces citoyens de seconde classe. Ont-ils enlevé le prince pour le soustraire à son terrible destin ? C'est ce qu'Akatz est chargée de découvrir.
     Dans cette première enquête intersidérale grand format, nous retrouvons la capitaine Akatz, agent mi-humaine mi-féline, que nous avions déjà rencontrée dans les Collectifs du Fou. Fidèle à elle-même, Akatz martyrise avec bonheur son jeune compagnon, le doux Isidore Laime, et peut toujours compter sur sa fidèle IA, Polaris, aussi efficace que jalouse. Un roman SF qui joue avec les codes d'un genre longtemps réservé aux héros masculins pour mieux les renverser.

     Ingénieure en instrumentation devenue développeur informatique, Benedict Taffin a finalement tout laissé tomber pour se consacrer à sa passion : l’écriture. Avec succès, puisque son premier roman Les yeux d’opale a été publié chez Gallimard Jeunesse ! Fan de SF depuis toujours, rôliste, elle se consacre tout naturellement aux littératures de l’imaginaire. Son deuxième roman La pucelle et le démon, chez Mythologica, la propulse vers un lectorat plus adulte. Elle participe également à de nombreuses anthologies.
     Enfin, elle qui déteste faire la cuisine mais adore déguster (tout particulièrement les bières), était prédestinée pour créer le personnage d'Akatz, qui prend les stéréotypes de genre à rebrousse-poil.
Critiques

     À première vue, L’Héritier de Clamoria, troisième roman de Benedict Taffin, relève d’une science-fiction on ne peut plus old school : aventuriers de l’espace, courses-poursuites d’un monde à l’autre, sauts dans l’hyperespace et combats à grands coups de laser : nous nous trouvons en territoire connu de longue date. Mais si l’auteur embrasse avec une certaine délectation la plupart des stéréotypes du genre, il en est un, au contraire, qu’elle choisit de prendre à rebours : celui de la répartition des rôles entre hommes et femmes. C’est ainsi qu’échoit à Akatz Ielena, créature mi-humaine, mi-féline, le rôle de la baroudeuse intrépide, tandis que son assistant, Isidore Laime, endosse celui de l’ingénu de service, nunuche aux pires moments et cible de la concupiscence de la plupart des dames qu’il lui est donné de croiser.

     Certes, il est permis de s’interroger sur la pertinence d’un tel choix dans le cadre d’un récit de science-fiction, tant il y a belle lurette que ces demoiselles ont cessé de jouer les victimes effarouchées face aux pseudopodes libidineux de quelque monstre aux yeux pédonculés et repris les choses en main (Coucou Ripley ! Hello Sarah Connor !). Mais L’Héritier de Clamoria assumant pleinement son côté résolument pulp, l’inversion des rôles fonctionne bien et donne souvent lieu à des échanges savoureux, plus encore lorsque Polaris, IA de sexe masculin aux commandes du vaisseau d’Akatz et on ne peut plus jaloux d’Isidore, vient mettre son grain de sel.

     Benedict Taffin creuse le même sillon en situant l’action de son roman sur la planète Clamoria, gynocratie aux méthodes proches de l’Apartheid, où les hommes sont parqués dans des quartiers en périphérie des grandes villes. Une telle organisation de la société soulève nombre de questions que le récit élude trop souvent (le sujet de la sexualité par exemple est à peine abordé, si ce n’est du point de vue de la procréation), mais elle fournit néanmoins le moteur principal de l’intrigue : l’enlèvement du fils unique de la souveraine de Clamoria, centre d’intérêt de toutes les factions en présence, qu’elles l’envisagent comme une menace pour les fondements de cette société ou au contraire comme la promesse de nouvelles perspectives.

     Sur la forme, L’Héritier de Clamoria se présente comme une enquête policière linéaire et classique, entrecoupée de quelques scènes d’action bien menées. Selon ses attentes, on sera amené à considérer le roman comme un space-opera distrayant et enlevé, sachant tirer de son contexte une bonne part de sa singularité, ou regretter que l’auteure n’ait pas suffisamment développé les éléments sociaux et politiques qui parsèment son récit. Dans tous les cas, il confirme que Benedict Taffin a le souffle et le talent pour tenir son histoire de bout en bout, ce qui, pour ceux qui ont lu ses précédents romans, n’a rien d’un scoop (on se souvient de ses Yeux d’opale, chez Gallimard Jeunesse, chronique dans notre 62e livraison).

     On trouvera en bonus dans ce volume la réédition de deux nouvelles dont l’action est antérieure à celle du roman. « Werlacht » met en scène la première rencontre entre Akatz et Isidore, aux prises avec une IA devenue folle, tandis que « Bulle de bonheur » voit sa traque à la criminelle galactique s’achever dans un monde où tout n’est que bonheur et sérénité. Pas de la grande science-fiction, certes, mais un plaisir de lecture à ne pas bouder.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/1/2017 dans Bifrost 85
Mise en ligne le : 18/11/2022

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