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La Maison du Cygne

Ada RÉMY & Yves RÉMY



Illustration de Corinne BILLON

DYSTOPIA (association) , coll. Workshop
Dépôt légal : mai 2018
256 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 979-10-91146-33-3
Format : 15 x 20 cm  
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
Pas de texte sur la quatrième de couverture.

    Prix obtenus    

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Association Infini : Infini (3 - liste francophone) (liste parue en 1998)

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1988)


     A El Golem, dans les replis du désert mauritanien, se blottit la Citadelle de le Maison du Cygne, Castel au style mauresque et aux murailles épaisses dont l'ombre bienveillante abrite vingt-cinq enfants de toutes races, leur Maître et plusieurs serviteurs muets — femmes Houassas, tontons Mozabites et deux guerriers Ming. Vingt-cinq enfants aux jeux bizarres et aux facultés paranormales.
     Dans le Creuset d'El Golem, l'alchimie de l'enseignement du Maître tente de transmuter en cygnes majestueux ces vingt-cinq petits canards, sous l'œil attentif des invisibles et mystérieux Ordonnateurs au Plan. Mais l'Aigle cruel, symbole d'orgueil et d'oppression, plane haut dans le ciel, ses serres sont acérées et il fond en un éclair sur sa proie. Malheur au petit cygne imprudent enlevé par l'aigle, victime de la lutte immémoriale que se livrent, sur la Terre, les deux puissantes Guildes stellaires : celle de Deneb de la Croix du Cygne et celle d'Altaïr de la Constellation de l'Aigle.
     Cependant, découvre Pessy, l'un des enfants, la vérité est autre, toute en trompe-l'œil. Le Castel n'est qu'une bulle de rêve dans le désert et les petits cygnes des simulacres. L'univers bascule autour des charnières de l'illusion. Le roman se fracture, et dans cette rupture de la narration l'écriture se fêle, abandonnant volontairement aux dunes du désert sa délicate musique et sa subtile sophistication : El Golem a disparu et avec lui cette écriture magique, initiatique, ciselée et envoûtante, au rythme incantatoire, pour céder la place à la sordide et vulgaire cité de Quéribus, triste Disneyland médiéval de pacotille érigée par de vils promoteurs à coups de béton et de bitume dans des Corbières vaincues et violées. Courageusement la prose des Rémy fait face au réel de Quéribus, « l'endroit le plus insensé de la terre, le seul endroit où la régression faisait figure de culte officiel, où la cruauté, l'immoralité et la bestialité s'étalaient à la face du monde comme un chancre qu'on entretient avec dérision et orgueil ».
     Dans sa quête intérieure, quête d'identité qui le mène d'EI Golem à Quéribus, le jeune cygne révolté se trouve confronté à la boue originelle, celle d'où est issu l'homme. Cruelle épreuve initiatique qui lui fait découvrir que Quéribus et El Golem, Aigle et Cygne, ne sont que des reflets différents d'une même image car, tout comme le cygne est un symbole hermaphrodite, nous sommes tout à la fois Aigle et Cygne, docteur Jeckyll et Mr. Hyde.
     Dans la prise de conscience de la dualité de l'être humain se dessine dès lors la fêlure angoissante du clivage du moi et apparaît le spectre insidieux et séduisant de la schizophrénie : ah, se perdre dans les sables d'El Golem, matrice tiède qui se modèle sur votre corps, s'engloutir dans la pénombre utérine des patios du Castel, se réfugier dans le cocon avec les autres petits cygnes, protégés par te Maître ! Vertige du regressus ad uterum, sirènes de l'enfance, tentation de l'autisme. Peur de l'avenir et refus de s'intégrer dans cette collectivité, qui est le but ultime de la Fondation du Cygne, celle-ci ayant choisi le (discutable) triomphe de la communauté contre la liberté de l'individu ; « la communauté enrichie par le sacrifice des individus et perpétuée par de toujours nouvelles générations peut hisser l'espèce au sommet de la création et l'amener au contrôle du temps et de l'immortalité. »
     Tel est le sens de la lutte millénaire entre l'Aigle et le Cygne, lutte toute intérieure qui se déploie dans le remarquable livre d'Yves et Ada Rémy — fête de l'écriture et jaillissement continu d'images, cliquetis incessant des idées, originale science-fiction qui s'irise de fantastique — lutte qui existe depuis la socialisation de l'espèce humaine, c'est-à-dire depuis la création de la Maison du Cygne, la Terre. Un très grand roman.

Denis GUIOT
Première parution : 1/11/1988
Futurs (1ère série) 5
Mise en ligne le : 17/7/2003


 

Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1979)


 
     LEGENDE D'UN PRESENT ?

     Il s'agit d'un ouvrage ambitieux : une série de destins individuels dont l'entrecroisement permet de dessiner la trame d'un enjeu cosmique, dont l'explicitation n'aura lieu qu'à la fin. Une lutte qui relève à la fois de la stratégie galactique et de la métaphysique. Sans être neuf, le thème n'a pas été traité récemment, et il garde l'aura de ses références judéo-chrétiennes (Tentations de Job, du Christ, etc.), que le traitement habile des auteurs renouvelle. Le livre se compose de deux parties, la première, sur le ton du conte, dans un style proche du Saint-Exupéry de La Citadelle met en scène le lieu et les phases d'une initiation : le Castel, dans une base reculée du Sahara. Là, sous la houlette du Maître, des enfants à l'origine inconnue sont entraînés à développer leurs pouvoirs (très différent de la première nouvelle — matérialiste — de Au seuil du Futur de H. Fast, Marabout). Le tout dans le cadre d'un plan dont on et ils ignorent tout Cette partie abonde en trouvailles dont l'aspect merveilleux est accentué du fait que l'explication nous est refusée. Cet effet de retardement (l'explication est promise pour après), joint à la fascination des décors (peut-être illusoires) crée un ton singulier où se mêle la légende à l'allégorie et qui vise au symbole. Cela n'exclut pas l'ancrage dans un quotidien exotique, surtout lors de l'arrivée de l'« archéologue ». Au fil des échecs et des réussites, le plan prend corps, l'image de l'Ordonnateur, des Veilleurs se précise. Et les enfants de refuser d'être ces pions qu'on manipule. D'où la crise. La seconde partie nous présente l'itinéraire de l'un de ces enfants, qui a réintégré son « double », acquiert la plénitude de son être et entame sa mission. Le plan se révèle, les explications affleurent, il reste à affronter le destin. Cette composition est habile, en son principe, d'autant que les longs discours sont rares, remplacés par des scènes informatives, à la beauté souvent énigmatique. Reste, malgré tout, la présence allégorique : Uriel, Raphaël, Gabriel qui sont les messagers, les représentants de la « Maison du Cygne » (qui, en plus de Sully-Prudhomme, renvoie à une constellation et à un empire du « Bien »), l'Aigle étant l'Adversaire, dont on sait peu de choses, ce qui exclut le manichéisme. Et explique que le choix final ne puisse être qu'un acte de foi, dans l'amour. Prose habile, composition solide, thématique connue et bien orchestrée, décors fascinants : le tandem A. et Y. Remy fait une entrée remarquée dans le roman de SF française.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/1/1979
dans Fiction 297
Mise en ligne le : 1/3/2010


 

Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (1986)


     Ce roman a reçu le Grand Prix de la Science-Fiction en 1980 ; prix amplement mérité, il faut le signaler.
     Yves et Ada Remy ont peu œuvré en Science-Fiction. La Maison du Cygne — coup d'essai, peut-être ? — se révèle être un coup de maîtres...
     Deux parties fort différentes composent ce livre. La première décrit en détail la vie des Enfants du Castel. Ceux-ci appartiennent à la Maison du Cygne qui les élève, les aime et les forme/transforme dans un but ignoré des principaux intéressés. En substance, on leur dit : « vous devez lutter contre la Constellation de l'Aigle » ; c'est tout ce qu'ils savent.
     La seconde partie, moins attachante et moins forte que la précédente, mais néanmoins assez réussie, dissipe peu à peu le voile qui dissimulait la vérité aux yeux des Enfants du Castel et aux nôtres. L'énigme s'efface, les révélations éclatent : la lutte illusoire qui oppose la Maison du Cygne et La Constellation de l'Aigle a pour enjeu la Terre. C'est elle, planète encore libre et autonome, qu'il faut rallier ou piéger...
     La Maison du Cygne est une œuvre passionnante. Dure, au début, sous l'apparence de la tendresse et du mystère. Tendre, à la fin, sous les airs durs et froids de l'échec.
     La Science-Fiction Française gagnerait à être illustrée par davantage de romans de ce style.

Éric SANVOISIN
Première parution : 1/7/1986
dans Fiction 376
Mise en ligne le : 3/11/2003




 

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