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C'est tous les jours pareil

Jean-Pierre ANDREVON



Illustration de Jean-Pierre ANDREVON

La CLEF D'ARGENT , coll. KholekTh n° 37
Dépôt légal : décembre 2018
276 pages, catégorie / prix : 13 €
ISBN : 979-10-90662-51-3
Format : 11,0 x 17,5 cm  
Genre : Imaginaire



    Quatrième de couverture    

En 1975, à la demande de Wolinski, Jean-Pierre Andrevon entreprend pour Charlie Hebdo la rédaction d'une série de nouvelles auxquelles Cavanna donnera le titre générique C'est tous les jours pareil... Deux ans plus tard, ces textes, chroniques caustiques et désabusées d'un quotidien souvent passablement inquiétant -- dont une bonne moitié d'inédits demeurés dans les tiroirs de l'écrivain grenoblois -- seront repris en volume aux éditions du Dernier Terrain Vague. Ils reparaissent enfin ici entièrement réécrits, accompagnés d'une douzaine d'autres textes rédigés au fil des ans, publiés ici et là, jamais réunis depuis, et profondément remaniés également. 330.000 signes d'un Andrevon très politiquement incorrect, mais cela le lecteur s'en serait douté.

Jean-Pierre Andrevon a publié plus de 170 ouvrages, romans, recueils, essais, dans des genres aussi divers que le fantastique, la SF, le polar, la littérature jeunesse, la poésie, l'érotisme. Il écrit (et chante) ses chansons, il peint et dessine, entouré de ses nombreux chats, dans une maison entre les arbres, à Grenoble où il a toujours vécu.


    Sommaire    
1 - Le Pet, pages 9
2 - La Passe, pages 15
3 - En attendant le client, pages 19
4 - La Plume à gauche, pages 27
5 - Un peu de douceur, pages 33
6 - Culture bio, pages 39
7 - À l'école, pages 45
8 - Youkaïdi Youkaïda!, pages 57
9 - Le Réalisme, pages 63
10 - La Galère, pages 69
11 - L'Ouverture, pages 81
12 - Au camp, pages 87
13 - Sur le périph', pages 95
14 - Sur le chantier, pages 105
15 - Maîtres de la Terre, pages 111
16 - La Mécanique, pages 117
17 - Bricolo, pages 123
18 - L'Éternité moins un jour, pages 129
19 - Entropie, pages 133
20 - Pas de malaise, pages 141
21 - Un week-end crevant, pages 147
22 - L'Affaire du combat dans les Garrigues, pages 155
23 - Décrets et signatures, pages 161
24 - La Corse: une situation confuse, pages 167
25 - Bilan présidentiel, pages 171
26 - Écrivez au journal, on vous répondra, pages 179
27 - Le Petit doigt, pages 187
28 - Le Procès, pages 193
29 - Quand faut s'y mettre, pages 201
30 - Simulation, pages 207
31 - Trois Ave et on n'en parle plus, pages 213
32 - Une grosse, pages 221
33 - Mal foutu, pages 227
34 - Ami des bêtes, pages 233
35 - La Débrouille, pages 237
36 - Sympas et tout, pages 245
37 - Je n'ai pas vu les lumières se rallumer, pages 257
38 - Précisions bibliographiques dont on peut très bien se passer, pages 265, Bibliographie
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LE DERNIER TERRAIN VAGUE, Changez de fiction (1977)


 
     SOUS LES PAVES, LE TERRAIN VAGUE

     Qui ne se souvient du Terrain Vague, maison d'édition originale qui avait pris le parti de naviguer à contre-courant du tout-venant éditionnel et n'avait pu, après une longue lutte, éviter l'échouage sur les brisants de la censure, il y a de cela quelques années ? Mais, de grandes surfaces en grands ensembles, on a beau construire, bétonner, « uburbaniser » (selon le mot d'Eizykman), il y aura toujours un terrain vague pour venir s'infiltrer entre les tours et rompre la monotonie programmée. Car en 1977 le Terrain Vague renait, sous la forme d'une société coopérative d'édition au sein de laquelle on retrouve les noms d'Eric Losfeld bien sûr, de Lionel Hoebeke, Hervé Desinge, Christian Vilà, Daniel Mallerain, etc... auteurs, éditeurs, maquettistes mêlés. Sous le nom de Dernier Terrain Vague (D.T.V. pour les intimes) la coopérative entend prolonger l'exemple de son prédécesseur : recherches éditoriales et avant-gardisme, éclectisme à l'écart de toute stérilisante spécialisation. On notera au catalogue, parus ou à paraître : « Silvalande » de Julio Cortazar (Contes fantastiques du maître argentin, illustrés par Silva), « M'hachisch » de Bowls (dix contes marocains sur les fumeurs de kif), « La légende du Terrain Vague » (le monde de l'édition vu à travers l'expérience Losfeld), le curieux « Détour » d'Hugo Verlomme, « interdit d'antenne », par l'équipe de France-Musique qui a démissionné en septembre 77 et, en ce qui nous concerne, plus particulièrement les deux premiers volumes de la collection « Changer de Fiction » dirigée par Lionel Hoebeke : le recueil d'Andrevon et le roman punk de Vilà.
     « Changer de Fiction » c'est de la politik-fiction. Avec le K de Punk, de Panik, d'Utopik, d'Ecologik... Ambitions avouées : des romans SF écrits par des auteurs français spécialistes du genre ou non ; des collectifs à thème basés sur l'actualité (en projet, un recueil anti-nucléaire réuni par René Durant), des livres-tracts... bref, une littérature en actes, une SF hors-ghetto.
     « C'est tous les jours pareils », réunit tes 27 histoires écrites entre juin et décembre 1975 par Jean-Pierre Andrevon pour Charlie Hebdo (mais 12 seulement ont paru dans l'hebdomadaire). 27 short-stories donc, groupées en 7 rubriques : le boulot, les loisirs, — les grandes vacances, l'armée, la science, le politique, la vie. C'est de la SF au vitriol, de la SF par l'absurde, de la SF dérisoire où, pour le 14 juillet, Bigeard fait sauter la planète à coups de missiles Pluton pour les beautés de la démonstration ; où les prostituées et les robots se syndiquent ; où les camps de vacances préparent aux camps de travail ; où les flics défouraillent comme au Far-West (mais c'est de la SF, ça ?) ; où J.-P. A. joue au ministre des Armées. Bien sûr, il ne faut pas lire ces 27 petits textes à la file. Outre l'Indigestion qui guette, apparaissent par trop en lumière les procédés employés : l'outrance, l'accumulation, la démesure et la systématisation du procédé narratif qui consiste à donner la parole à tous les pourris du Système en les présentant comme des personnages « positifs ». Bien sûr, il n'y a aucun chef-d'œuvre là-dedans (quoique « De A à Z » 1 soit un petit bijou). Bien sûr, ces textes appartiennent essentiellement au royaume de l'éphémère, ne serait-ce que par leur destination initiale. Mais l'éphémère a parfois des séductions que pourrait lui envier l'éternel... Et puis c'est Illustre par Andrevon soi-même, alors !
     Le premier roman punk français, annonce le prière d'insérer. Et pour les besoins de la cause, Christian Vilà est devenu Kriss Vilà « écrivain pourri-âge indéterminé-banlieue Est-ne touche plus les allocations chômage-pas d'avenir », à l'image de son pitoyable anti-héros El Coco Kid,. Avant toute chose, il convient de préciser que « Sang Futur » n'est pas un roman, mais un objet punk. Texte, photos (80 environ), graffiti, couverture signée Bazooka, surabondance du noir d'imprimerie, concourent à créer un micro-univers, dont le texte ne devient alors qu'un élément, mais l'élément prépondérant qui donne sa cohésion à ce curieux objet-livre, inquiétant et dérisoire tout à la fois.
     On a déjà beaucoup écrit sur le punk. A son sujet on a parlé de « nihilisme de l'épingle à nourrice », d'esprit suicidaire, de détresse profonde (la punkitude) face à la vacuité implacable de l'Ordre Bourgeois, détresse qui explose dans une totale agressivité et une profonde méchanceté. On a parlé aussi de mouvement esthétique fondé sur la surenchère dans la laideur et le fauché, d'une mode qui « met l'accent sur le dérisoire, le bon marché et l'artificiel », d'un « dandysme de fauchés » 2. On a aussi noté la filiation surréaliste (goût de la provocation), constaté la rupture violente d'avec le style « babacool » de la génération précédente et analysé son côté « révolte contre le père ».
     « Sang Futur » c'est tout cela, mais c'est aussi un rejeton de cette « Génération Electrocutée » chère à Romain Wlasikov 3, génération qui rejette toutes les idéologies « pour l'acceptation joyeuse du : il n'y a plus d'après » (NO FUTURE, crie El Coco Kid, « la survie c'est de la merde »), fascinée par l'ultra-violence et « la cruauté intimiste for spirit destroy » et dont « l'ambiguïté spectaculaire » n'a d'égale que le goût punk pour les emblèmes nazis.
     Un certain fascisme ?
     Laideur et Violence. Speed et Mort. Fascination et Perversion. Inquiétante étrangeté.
     « Sang Futur », c'est le mouvement punk dans les « Banlieues Rouges » 4 de la SF.
     No future !

Notes :

1. Déjà parue dans « Le Citron Hallucinogène » n° 6.
2. Beatnik hier, punk demain... » par Robert Louit (Magazine Littéraire n° 130).
3. Cf. « Notes pour l'ébauche d'une critique passionnante de la Science-Fiction » par Romain Wlasikov — Fiction 266.
4. Banlieues rouges », anthologie de Joël Houssin et Christian Vilà — Coll. Nebula, éditions Opta.

Denis GUIOT
Première parution : 1/12/1977
dans Fiction 286
Mise en ligne le : 22/5/2011




 
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