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La Planète inquiète

Christian LÉOURIER



Illustration de Hannes BOK

LES MOUTONS ÉLECTRIQUES (Bordeaux, France), coll. Hélios n° 128
Dépôt légal : 2019, Achevé d'imprimer : mars 2019
336 pages, catégorie / prix : 8,90 €
ISBN : 978-2-36183-507-1
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction

Parution en mai 2019. Illustration d'après Hannes Bok.



    Quatrième de couverture    

Sur la planète Oeagre, paisible colonie de la Terre, d’étranges événements se produisent soudain : en plein été, les récoltes gèlent, la terre tremble, le sol s’entrouve. Sans raisons apparentes. La Terre croit à la guerre, mobilise et envoie ses légions.
Mais contre quel adversaire ? Et la plus terrible de ces agressions est sans doute la folie collective qui s’est emparée des habitants d’Oeagre. Sans explications, mus par une impulsion irrésistible, ils quittent leurs maisons et leur ville et se dirigent en un effrayant cortège vers un but imprévisible, comme des lemmings. Dans cette cohue mortelle, Lorbeer le logicien a deux raisons de percer le mystère : d’abord retrouver la femme qu’il aime, Laurelance. Ensuite accomplir la mission que lui a confiée Erms, dieu du hasard, auquel il ne croit pas.

Né en 1948, Christian Léourier a mené sa carrière en alternant des romans pour adultes et pour la jeunesse, et c’est une voix majeure. Son œuvre principale, le Cycle de Lanmeur, est disponible chez Folio-SF.

« Paradoxe ? L’ouvrage en possède l’acide beauté. » (Fiction)

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1979)


 
     L'ACIDE BEAUTE D'UN PARADOXE

     On parle peu de Leourier, on a tort. Ce roman le montre, il fait partie des auteurs français qui ont non seulement beaucoup à dire, mais qui le disent d'une manière originale, où la poésie est au service d'une vision du monde bien peu banale. Depuis 1971, où G. Klein le révéla dans cette même collection, il a publié quelques romans pour l'adolescence, et quelques rares — mais excellentes — nouvelles (comme celle parue dans Mouvance) et a signé quelques traductions. Un chemin parcouru sans tapage, mais avec efficacité. Cette Planète inquiète est un beau livre, agencé d'une manière très adroite, et qui guide le lecteur vers un mystère qui laisse rêveur. Imaginez la planète Oeagre, lointaine colonie terrienne, que les insectes ont peu à peu terraformée en quelques siècles. Planète qui ne conservait d'une population ( ?) antérieure qu'une sorte de ville/cimetière/monument incompréhensible — une sorte de Stonehenge, dans les montagnes, loin de la capitale : l'Archépole (la vieille ville ?). Et des restes (traces ?) d'anciennes religions, dont un temple du dieu Erms, géré ( ?) par un robot qui se prend pour le dieu du hasard ( ?). Le calme des planètes tranquilles, et soudain une sorte d'invasion. Effective (voir le lac, à la forme géométrique, apparu soudain) et mentale (les longues files qui quittent la capitale pour un lieu dont elles ignorent tout, comme si elles répondaient à un appel. Appel que le héros, le logicien Loreer, ne reçoit pas. Mais qu'il tente de comprendre, pour des raisons sentimentales). Logicien à la fois miraculé (exempt de manipulation) et condamné à ne saisir jamais que la surface du phénomène, à ne pas partager la communion offerte avec. Avec quoi ? Avec les Autres ? Avec l'Eternité ? Avec « la chose même » ? Seul dans son voyage solitaire vers le lieu dont il sera exclu par une sorte de damnation ( ?). Le récit n'est pas linéaire, les informations passent par Lorbeer, qui tente en maîtrisant ses souvenirs, de comprendre le présent, d'imaginer la suite, d'échapper aux divers pièges, de saisir le désir des autres de sa planète, et des Autres, dont on parle mais dont on ignore tout. Sauf que leur présence est sans doute liée à l'Archépole, dans un temps qui est différent. Tout le roman est composé de scènes étranges, très belles et comme « décalées », dans une langue à la fois quotidienne et poétique — aux images efficaces pour installer cette « différence ». Qui en dit plus que le héros n'en saisit, ce qui laisse au lecteur la possibilité de fabuler pour son compte. Ce mixte de quotidien et de poétique donne un ton spécial, parent mais non identique de celui de Le Guin et de V. Mac Intyre. Un roman passionnant, l'un des premiers en France sur le retour des formes du sacré, leur redoutable efficacité, la solitude des exclus — et leur grandeur, dont ils se passeraient, parfois. Paradoxe ? L'ouvrage en possède l'acide beauté. A lire sans attendre.
 

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/9/1979
dans Fiction 304
Mise en ligne le : 11/10/2009




 
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