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Temps

Stephen BAXTER

Titre original : Time, 1999

Cycle : Les Univers multiples vol.

Traduction de Sylvie DENIS & Roland C. WAGNER
Illustration de Léonard DUPOND

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5958
Dépôt légal : juin 2019, Achevé d'imprimer : juin 2019
704 pages, catégorie / prix : 13
ISBN : 978-2-266-17718-4
Format : 10,7 x 17,7 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Reid Malenfant a été renvoyé de la NASA. Il est aujourd'hui un homme d'affaires très fortuné et bien décidé à convaincre le monde de l'intérêt économique et scientifique de l'exploration de notre système.
     Sa rencontre avec Cornelius Taine, mathématicien de génie, sera décisive. Selon Taine, l'humanité devrait s'éteindre précisément dans deux cents ans. Mais un espoir subsiste : un message a été capté sur un astéroïde proche. Il n'en faut pas plus à Reid pour monter une expédition dont les conséquences sur Terre sont immédiates, et pour le moins mystérieuses...
 
     « On sort grandi (et presque rajeuni) de ce premier tome des Univers multiples. L'inspiration de Baxter est géniale. Et si elle lui était venue du futur ? »
ActuSF

    Sommaire    
1 - Postface, pages 697 à 698, Postface, trad. Sylvie DENIS & Roland C. WAGNER

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, Rendez-vous ailleurs (2007)


     Persuadé que l'avenir de l'homme est dans l'espace, Reid Malenfant, exclu de la NASA, a convaincu des investisseurs de financer un programme concurrent de conquête spatiale à rentabilité immédiate avec l'exploitation d'astéroïdes. C'est un excentrique optimiste qui n'est jamais là où on l'attend. Son ancienne épouse, Emma Stoney, qui est restée sa secrétaire, le soupçonne de s'être inventé une maîtresse juste pour se consacrer davantage à ses projets. Ceux-ci changent notablement quand Cornelius Taine, un mathématicien, parvient à théoriser l'extinction de l'humanité dans les deux siècles à venir par un cataclysme quelconque, une conséquence de la surpopulation ou de l'épuisement des matières premières, théorie qui ne peut que flatter les idées d'un Reid pressé de voir l'homme quitter la planète. Taine le convainc cependant de tenter une expérience délirante, persuadé que si l'homme est parvenu à s'en sortir, il a envoyé un message dans le passé pour prévenir ses ancêtres. La détection de ce message, réalisée à partir du comptage de neutrinos issus de désintégrations de quarks et d'anti-quarks, est une preuve d'autant plus vertigineuse qu'elle désigne un astéroïde a priori insignifiant, Cruithne, mais dont l'orbite est si bien ajustée à celle de la Terre qu'elle constitue un mystère. Il n'en faut pas plus pour que Reid modifie ses plans, envoyant sa fusée sur un objectif moins facile à atteindre, avec, à son bord, un calmar génétiquement modifié dont l'intelligence, pour rudimentaire qu'elle nous apparaisse, est exceptionnelle par rapport à ses congénères. Sheena 5 sait que son voyage est sans retour et l'accepte plus facilement que bien des humains ayant appris sa présence à bord. Alors que se posent des questions éthiques sur l'emploi de calmars dans l'espace, l'humanité s'inquiète, dans le même temps, de l'apparition d'enfants surdoués à travers le monde, dans des quartiers défavorisés, qui tous dessinent des cercles bleus. La peur qu'ils suscitent amène la société à les confiner dans une école en Australie, où ils sont suivis...

     Autour de ces trois axes, les enfants surdoués, les céphalopodes amenés à l'intelligence et le message en provenance du futur, Stephen Baxter élabore une intrigue échevelée, où la découverte sur Cruithne d'un artefact permettant de passer d'un univers à l'autre emmène les héros dans une multitude de mondes parallèles. Tout au long de cette folle aventure se pose la question du sens de la vie et celle de l'immortalité de l'espèce. L'humain se refuse à croire qu'il s'éteindra un jour, au mieux avec la mort de son soleil, ni, s'il parvient à essaimer dans la galaxie et au-delà, à disparaître en même temps que l'univers, lui aussi mortel. La théorie des univers parallèles qu'il développe, si elle assure une pérennité, pose cependant d'autres questions.

     Stephen Baxter a le sens du cosmique. La première partie du roman, passionnante dans ses développements très hard science, comme l'usage de particules voyageant dans le temps, l'emploi de calmars pour l'exploration spatiale, la confiscation de l'espace par la NASA (un reproche qu'il a déjà utilisé ailleurs) rappelle que l'auteur fut lui-même un candidat aux étoiles refusé par la NASA. Si l'espace a perdu un astronaute, la science-fiction a gagné un écrivain d'envergure, qui possède un sens de l'intrigue et du rythme capables de transformer le plus assommant exposé scientifique en insoutenable suspense.

     Au terme de cette aventure absolue se pose la question de savoir ce que Baxter pourra bien encore raconter dans les prochains volumes de la trilogie (Espace et Origine), tant il semble être allé loin dans l'exploration de son univers. Il est surprenant que ce très grand roman ait dû attendre huit ans pour être traduit en France (mais il est tout aussi irritant de voir que nombre d'œuvres de Baxter, comme les séries « Xeelee », « Behemoth » et « Time's Tapestry », restent inédites chez nous).

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/4/2007
dans Bifrost 46
Mise en ligne le : 5/9/2008


 

Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (2013)


 
     Pierre d'achoppement de nombreuses conversations érudites, la définition de la SF agite périodiquement un genre à la recherche d'une identité, ou du moins essayant de comprendre les motifs de son désaveu parmi une intelligentsia prompte à exclure. Pourtant, il suffit de lire la série des « Univers multiples » (« Manifold » chez nos cousins de la perfide Albion) pour expérimenter l'intuition de Norman Spinrad. Pour l'auteur américain, la SF semble être en effet la seule forme de littérature vraiment en prise avec son époque, explorant la réalité multiple dans laquelle nous vivons.
     Un message parfaitement reçu par Stephen Baxter, puisque l'on retrouve bien chez l'auteur britannique cette volonté de dévoiler la multitude des possibles. Une détermination conjuguée à un désir quasi-prométhéen de pousser l'humanité hors de son berceau terrestre pour l'amener à accomplir son destin d'espèce intelligente, pour la forcer à s'affranchir du carcan bureaucratique, économique, idéologique et religieux l'empêchant de coloniser l'espace.
     De fait, Baxter n'a de cesse dans ses romans, astucieux cocktails de sense of wonder et de hard science, de vilipender la frilosité des institutionnels, refaisant au passage l'histoire de la conquête spatiale avec Voyage. Il déplore également la perte de l'esprit pionnier rappelant la fragilité de l'humanité et son caractère éphémère au regard de l'histoire de l'univers.
     Paru dans l'Hexagone entre 2007 et 2008, la série des « Univers multiples » gravite autour du paradoxe énoncé en 1950 par le célèbre physicien Enrico Fermi. Au cours d'un repas avec des collègues, le scientifique s'interroge sur la possibilité d'une vie, et d'une visite extraterrestre. Constatant que notre soleil est une étoile jeune à l'échelle de la galaxie, il formule la question suivante : « S'il y a des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient déjà être chez nous. Où sont-ils ? »
     A ce paradoxe, Baxter répond en plusieurs points, déclinant ses propositions en trois épais romans. A l'instar du David Bowman de L'Odyssée de l'espace de Kubrick et Clarke, Reid Malenfant y apparaît comme le moteur d'une variation thématique riche en trouvailles sidérantes. Un personnage fort, certes quelque peu monolithique, animé par son obstination à rallier l'espace et les étoiles. Autour de lui, diverses réalités se déploient, se faisant et se défaisant au gré des extrapolations scientifiques et science-fictives de l'auteur britannique.
     En guise d'ouverture, Temps propose au lecteur un véritable feu d'artifice d'idées, de théories et de notions scientifiques, toutes plus vertigineuses les unes que les autres. Le propos n'est pas sans rappeler les perspectives cosmiques, pour ne pas dire métaphysiques, d'Olaf Stapledon, ou encore celles d'H. G. Wells dans La Machine à explorer le temps, roman pour lequel — ce n'est sans doute pas un hasard — Baxter a imaginé une suite.
     Temps explore l'hypothèse d'un univers dépourvu de toute autre forme de vie intelligente. A la question de Fermi : « Où sont-ils ? », il répond : « Nulle part ». Et ce n'est pas la vision du futur offerte par un artefact venu de l'avenir, la perspective d'une fin du monde probable ou l'apparition de mutants aux desseins mystérieux qui rassure l'humanité. Bien au contraire, ces faits l'accablent et l'affolent, ressuscitant les pires réflexes de préservation de l'espèce.
     Par le biais de la physique quantique, Stephen Baxter nous projette à la fois dans l'avenir, au terme de l'univers, et dans l'arborescence des possibles. Deux interrogations lancinantes traversent le roman. Que deviendra l'intelligence une fois l'humanité disparue ? Comment parvenir à vaincre l'entropie ? A ces questions, l'auteur britannique apporte des réponses époustouflantes, sans omettre d'user d'un des points forts de la SF : adopter le point de vue de l'autre, l'étranger, l'inhumain, ici incarné par des calmars génétiquement modifiés. On en redemande.
     Situé en un même temps et un même lieu, mais sur une ligne parallèle, Espace joue la carte du foisonnement, l'intrigue linéaire cédant la place à une succession de récits entrecoupés d'ellipses temporelles. Cette fois-ci, Stephen Baxter use et abuse de la profondeur de champ de l'univers, déroulant son histoire sur quelques milliers d'années. Le procédé a de quoi réjouir l'amateur avide de spéculation science-fictive, cependant il faut reconnaître que le récit se montre beaucoup plus décousu, accusant de sérieux coups de mou, même si le final reste toujours aussi vertigineux.
     Au paradoxe de Fermi, l'auteur britannique répond ici par une autre question : « Pourquoi les extraterrestres n'arrivent-ils que maintenant ? » Baxter imagine en effet que la vie est présente partout dans l'univers. Sous diverses formes, elle grouille littéralement, affichant ses manifestations passées et présentes aux yeux d'une humanité désormais ravalée au rang d'espèce superflue. Toutefois, si la vie intelligente abonde et prolifère, affrontant avec succès ou non ses démons intérieurs, pourquoi aucune civilisation extraterrestre n'est-elle parvenue à conquérir et dominer la galaxie ? Guère pressé d'apporter une réponse, l'auteur britannique nous ballade d'un lieu à un autre. Des déplacements dans l'espace et le futur — conformément au principe de la physique d'Einstein — accomplis via des portails convertissant la matière en lumière. Ces voyages permettent à Stephen Baxter de mettre en scène des formes de vie étranges et de balayer quelques millénaires d'évolution de l'humanité dans une perspective fort peu réjouissante, il faut le reconnaître. Ces diverses spéculations ne tempèrent malheureusement pas complètement la déception. Après Temps, Espace fait un peu l'effet d'un brouillon un tantinet indigeste.
     Avec Origine, troisième volet de la série, exit la Terre, l'univers et le reste... Baxter plante le décor sur une Lune rouge dont les vagabondages dans l'infinité des réalités l'amènent à moissonner de façon aléatoire la vie à la surface de la Terre. Malenfant et ses compagnons découvrent ainsi un monde où coexistent plusieurs espèces d'hominidés, dont l'une d'entre elles semble avoir atteint un stade d'évolution supérieur à celui de l'Homo sapiens. Ils rencontrent également quelques contemporains issus d'une réalité alternative, notamment des Anglais provenant d'une Terre où les Etats-Unis n'existent pas et où l'Homme de Néanderthal n'a pas disparu.
     Si les prémisses du roman paraissent stimulantes, on déchante assez vite. Origine s'apparente à une purge longue et douloureuse. Une sorte de Au cœur des ténèbres chez les pithécanthropes écrit par un Homo guère habilis. A vrai dire, Baxter tire à la ligne, ne nous épargnant rien des soucis digestifs de ses personnages et de leurs tracas quotidiens. Le récit se cantonne à une interminable litanie de scènes de viol, de cannibalisme, de torture et d'actes de barbarie, sans que l'on ne ressente une quelconque progression dramatique. C'est juste gore et vain. A sa décharge, l'auteur britannique ne choisit pas la facilité, adoptant avec maladresse le point de vue de quelques hominidés. Ceci n'excuse toutefois pas les nombreuses pistes qu'il laisse en friche, préférant donner libre cours à son penchant pour la Préhistoire et l'évolution. Quant au paradoxe de Fermi, il se réduit à la portion congrue, se résumant à une nouvelle question à laquelle Baxter apporte une réponse bâclée dans les cent dernières pages.
     Au final, si Temps paraît incontournable, on ne peut manifester autant d'enthousiasme pour Espace. Quant à Origine, mieux vaut passer outre pour sauter directement à la case du recueil Phase Space évoqué plus haut, histoire d'achever la série des « Univers multiples » sous de bons augures.

Laurent LELEU
Première parution : 1/4/2013
Bifrost 70
Mise en ligne le : 1/3/2018




 
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