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Black-out

Connie WILLIS

Titre original : Blackout, 2010
Première parution : Spectra, 2010
Cycle : Blitz  vol. 1 

Traduction de Joëlle WINTREBERT
Illustration de Grégoire HÉNON

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (2007 - ) n° 10664
Achevé d'imprimer : 28 août 2014
Réédition
Roman, 800 pages, catégorie / prix : 9,90 €
ISBN : 978-2-290-07102-1
Format : 11,1 x 17,8 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture

En 2060, l'histoire n’a plus rien d’une discipline poussiéreuse. Grâce à la maîtrise du voyage dans le temps, les chercheurs de l’université d’Oxford se rendent fréquemment dans le passé, au plus près des événements qu’ils étudient - la guerre de Sécession, l’attaque de Pearl Harbour, les attentats du World Trade Center... - pour collecter des données toujours plus précises. Mais à trop vouloir s’approcher du feu de l’action, on finit par s’y brûler. C’est ce qu’apprendront à leurs dépens les jeunes historiens envoyés au cœur de l’horreur de la Seconde Guerre mondiale. Car à Londres, en 1940, les bombes nazies n’ont plus rien d’une abstraction...

CONNIE WILLIS
Née en 1945, cette Américaine du Colorado fait partie des auteurs de science-fiction les plus primés au monde. Black-Out et sa suite All Clear s’inscrivent dans la veine de Sans parler du chien, Le Grand Livre et Les veilleurs du feu où elle explorait déjà les infinies possibilités de l'histoire.

Prix Hugo 2011, meilleur roman
Prix Nebula 2010, meilleur roman
Prix Locus 2011, meilleur roman

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition BRAGELONNE, (2012)

     Ce nouveau roman de Connie Willis, « Black-out », qui vient de sortir aux Editions Bragelonne, arrive en France précédé d’une réputation flatteuse : en effet, il forme avec sa suite « All Clear » un diptyque qui a été couronné par le Nebula et le prix Locus en 2010 puis par le Hugo en 2011 ! Difficile de faire mieux. Et, je vous le dis tout de suite, après avoir lu le livre, je trouve cela tout à fait mérité.
     Connie Willis nous fait retrouver son univers de l’Université d’Oxford en 2060, où le voyage temporel permet d’envoyer des historiens sur place assister à tous les évènements de l’histoire, y compris les plus obscurs, sauf lorsqu’il s’agit de « points de divergence » où le danger de modifier l’histoire serait trop grand. Mais comme la théorie veut qu’en principe l’univers et le système mis en place s’auto-régulent — le « filet » refuserait l’envoi de l’historien ou en modifierait le point et/ou la date d’arrivée — , il n’y a donc aucun risque d’intervention intempestive et de changement du cours de l’Histoire n’est-ce pas ?...
     Les seuls changements imprévus sont ceux auxquels procède M. Dunworthy, le responsable du département, en matière de planning de voyages temporels ! Ce qui n’arrange guère Michael Davis qui se retrouve propulsé à Douvres en 1940 pour y assister à l’arrivée des soldats britanniques évacués de la poche de Dunkerque alors qu’il devait partir pour Pearl Harbor en 1941, surtout avec Garde-Robe (le département des costumes) qui ne réussit pas à suivre... comme va le constater Polly Churchill qui, elle, doit partir dans le Londres du Blitz, toujours en 1940, afin d’étudier le comportement des gens dans les abris en travaillant comme vendeuse dans un grand magasin mais impossible d’obtenir une jupe noire, seulement du bleu marine, « terribly shocking » comme tenue à l’époque. Quant à Merope Ward, elle partira sous le nom d’Eileen O’Reilly, comme domestique dans un château campagnard qui héberge des enfants évacués de Londres pendant les bombardements. Bien évidemment, nos trois personnages vont se retrouver non seulement en butte aux imprévus de leurs situations (Michael arrive dans un patelin perdu de la côte au lieu de Douvres, Merope est affligée de garnements au comportement odieux, Polly d’une propriétaire sortie d’un roman de Dickens) mais aussi, et c’est plus grave, à des modifications insidieuses de la trame temporelle : par exemple les bombes tombent un peu en retard par rapport à l’heure historique, pas exactement au même endroit, etc. et les points de récupération ne fonctionnent plus donc impossible de repartir. Chacun va essayer de retrouver les deux autres, pensant ainsi pouvoir s’en sortir, dans un chassé-croisé rendu encore plus périlleux par l’absence de connaissances précises de ce que faisait chacun et par le climat d’une Angleterre en guerre où tout manque et où l’on voit des espion nazis partout. Ils se retrouvent finalement à Londres, se demandant ce qui est arrivé à Oxford... Nous le saurons dans le deuxième volume.
     En attendant celui-ci, nous avons droit à un roman magistral où Connie Willis révèle tout son talent d’écrivain : la description historique de l’Angleterre et de son climat psychologique en 1940 — le but des études de nos différents personnages — est fort précise et pleine d’humour, montrant à la fois la mesquinerie et la grandeur, la lâcheté et le courage de tous les John Bull qui forment la nation anglaise de l’époque — les passages avec Sir Godfrey, le grand acteur shakespearien, qui déclame des tirades soigneusement choisies afin de donner du courage à ses compagnons d’abri, sont magnifiques — ; tous les caractères sont fort drôles et bien étudiés — on se croirait parfois dans une comédie de moeurs, avec une mention spéciale pour les deux « monstres » Alf et Binnie, les deux gamins plus qu’odieux dont doit s’occuper Merope — et une autre mention pour la bureaucratie anglaise, aussi tatillonne et peu réactive en 1940 qu’en 2060, du moins si l’on en croit Connie Willis pour laquelle certaines choses ne changeront jamais. Le roman a été fort bien traduit par Joëlle Wintrebert qui a su rendre avec finesse tout l’humour et l’esprit très britanniques de ces pages, ce qui n’est pas un mince exploit, plus un glossaire de certains acronymes et termes divers avec lesquels le lecteur français n’est pas forcément familier (bravo pour les entrées « gelée de veau » et « Horlicks » qui ne nous réconcilieront pas avec la gastronomie britannique...). Un beau volume de grande science-fiction à lire donc en attendant de savoir ce qui s’est passé à Oxford et comment M. Dunworthy rectifiera la situation afin qu’elle soit « All Clear ».

Jean-Luc RIVERA
Première parution : 1/10/2012
dans ActuSF
Mise en ligne le : 27/1/2013


Edition BRAGELONNE, (2013)

 
     2060, Oxford. Trois étudiants en Histoire s'apprêtent à effectuer leur première mission d'observation durant la Seconde Guerre mondiale. Accaparés par les ultimes préparatifs, ils vont et viennent entre chaque bâtiment du collège, agacés par les modifications de planning, se croisant au hasard des circonstances.
     Polly Churchill doit plonger dans le Londres du Blitz pour observer le comportement de ses habitants. Merope Ward se réjouit de rejoindre la domesticité d'une riche aristocrate du Warwickshire afin d'étudier les évacuations d'enfants. Michaël Davies peaufine son passage éclair à Douvres durant la débâcle de Dunkerque, part non négligeable de sa thèse sur l'héroïsme ordinaire. Et tous s'inquiètent des retards, complétant leur garde-robe pour ne pas déparer dans le paysage de l'époque et révisant les ultimes détails de leur mission. Pourtant, l'imprévu s'invite au programme sous la forme d'un décalage dans le temps et dans l'espace. Nos trois amis n'arrivent pas exactement au lieu et à la date prévus. Un léger écart dont ils ne s'inquiètent pas outre mesure puisqu'il est habituel que le continuum résiste un peu. Une sorte de réflexe mécanique censé empêcher les perturbations fâcheuses et autres incongruités, en particulier si l'irruption du voyageur risque d'introduire une divergence historique. Mais, lorsque les points de transfert permettant au filet de ramener nos étudiants à bon port refusent de s'ouvrir, ceux-ci craignent un dysfonctionnement. Et lorsque l'équipe de récupération n'est pas au rendez-vous, notre trio s'effraie d'un possible changement du cours de l'Histoire dont il serait l'instigateur involontaire.
     A la lecture de Black-Out, une question se pose d'emblée : SF ou pas SF ? L'interrogation ne paraît pas si anodine que cela au regard du débat ayant déjà agité le microcosme de la SF française (trois pelés, deux tondus). Une controverse dont on peut prendre connaissance sur le forum ActuSF. En dépit des aspects absurdes auquel a abouti l'échange, le chroniqueur reconnaît ici ne pas être en mesure de trancher définitivement. Tout au plus relève-t-il que si le voyage temporel constitue l'un des ressorts principaux de l'intrigue, il n'apparaît cependant pas au cœur du propos de Connie Willis. L'éventuel paradoxe et sa résolution ne sont pas davantage des sujets qui taraudent l'auteur américain. C'était d'ailleurs déjà le cas avec ses précédents titres, Le Grand Livre (The Great Plague comme si vous y mourriez) et Sans parler du chien (spéciale dédicace à Jerome K. Jerome). Et même si le diptyque formé par Black-Out et All Clear (à paraître en avril 2013) a reçu les prix Hugo, Nebula et Locus, l'amateur hardcore de spéculation n'y trouvera sans doute pas son compte, jugeant ces récompenses comme de parfaits faux amis.
     Connie Willis nous a habitué à du lourd, genre briseur d'étagère. Pas de surprise, Black-Out pèse ses plus de six cent pages. Des chapitres entiers de dialogues incessants, abordant par le menu une liste impressionnante de détails prosaïques dont la somme des parties constitue le quotidien du commun des mortels pendant les années de guerre en Angleterre. Des paragraphes complets où les personnages s'échinent en vain à rétablir une situation qui leur échappe complètement. Le tout rédigé d'une plume alerte, pour ne pas dire bavarde, ne ménageant guère de répit pour le lecteur.
     Aux marges du roman historique, Black-Out nous immerge au cœur du Blitz. On vit littéralement cette période périlleuse, source de nouvelles routines, le métro servant temporairement au dodo, d'angoisse permanente, d'anecdotes étonnantes ou effrayantes, mesurant les torrents de sang, de sueur et de larmes que les Londoniens ont dû verser. Au travers des multiples faits et détails, on sent tout le sérieux de la documentation de l'auteur sans ressentir l'accablement d'une longue leçon d'Histoire. Black-Out se montre aussi très british et fort drôle, malgré le contexte dramatique. De cet humour empreint de distanciation et de nonsense nous faisant envier la perfide Albion. Sans atteindre les sommets de Sans parler du chien, le nouvel opus de Willis ne démérite pas sur ce point.
     Evoluant aux marges de la SF, on l'a dit, l'auteur américain ne paraît pas vouloir réinvestir l'une des vieilles lunes du genre : le voyage temporel et ses paradoxes. L'argument de départ ressemble plutôt à un prétexte pour introduire un décalage entre l'Histoire et la réalité vécue par les voyageurs temporels. Elle nous confirme que l'Histoire est surtout une grande muette, rétive lorsqu'il s'agit de dévoiler ses zones d'ombre et source de multiples imprévus. Avec leurs connaissances parcellaires, tributaires des sources et de grilles de lecture méthodologiques, les historiens n'apparaissent pas comme les mieux armés pour affronter le sautillement désordonné du passé, l'Histoire n'étant jamais, après tout, qu'un ordre créé a posteriori.
     Sur ce point, Connie Willis se montre convaincante. Pour autant, le jeu vaut-il la peine d'écrire deux volumes ? Réservons notre réponse en attendant la parution d'All Clear. En espérant que la conclusion de ce diptyque ne fasse pas beaucoup de bruit pour rien...

Laurent LELEU
Première parution : 1/1/2013
Bifrost 69
Mise en ligne le : 12/12/2017

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