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La Végétarienne

KANG Han

Titre original : 채식주의자, 2007
Première parution : Séoul, Corée : Changbi, 30 octobre 2007
Traduction de Jacques BATILLIOT & Eung-Jin JEONG

Le SERPENT À PLUMES (Paris, France)
Date de parution : 21 mai 2015

Première édition
Roman, 200 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 979-10-94680-03-2
Format : 14,0 x 20,0 cm
Genre : Imaginaire

Lauréat du man booker prize international 2016.


Quatrième de couverture

Une nuit, elle se réveille et va au réfrigérateur, qu'elle vide de tout ce qu'il contenait de viande. Guidée par son rêve, Yonghye a désormais un but, devenir végétale, se perdre dans l'existence lente et inaccessible des arbres et des plantes. Ce dépouillement qui devient le sens de sa vie, le pouvoir érotique, floral, de sa nudité, vont faire voler en éclats les règles de la société, dans une lente descente vers la folie et l'absolu.

Han Kang est née en 1970 à Gwangju, en Corée du Sud. Ses oeuvres sont traduites dans le monde entier (USA, Angleterre, Japon, Espagne...) et deux de ses romans, dont La Végétarienne, ont déjà été adaptés au cinéma.

Critiques

Au lendemain d'un rêve, Yonghye devient végétarienne.

Elle ne s'arrête pas là, malgré l'incompréhension de son entourage. Au fur et à mesure de son dépouillement des conventions sociales, elle s'éloigne de son corps. De son corps ? Pas vraiment. Elle ne mange plus, ne dort plus, ne parle plus. Mais elle s'alanguit au soleil, s'échappe la nuit pour sentir l'orage couler sur sa peau. Nulle ascèse. Elle accepte les avances sexuelles d'un homme qui peint des fleurs sur la peau. Pour les fleurs. Cet homme est le mari de sa sœur, mais ces liens ne veulent plus rien dire. Non, ce n'est pas du corps qu’elle cherche à s’enfuir ; c'est de l'animal.

L'animal, la viande, le sang, la mort.

Passé simple, passé composé, présent : les trois parties sont rédigées à un temps différent, qui se rapproche. Elles ont un narrateur différent, qui se rapproche de Yonghye : son mari, qui la connaît à peine, son beau-frère, obsédé par elle, sa sœur enfin, compagne de son enfance, témoin, complice et victime à la fois. Nous n'avons pas la quatrième partie. Celle où Yonghye serait narratrice. Celle qui serait rédigée en un temps hors du temps. Elle n'est plus dans le monde des mots. Les mots : des charges explosives, qui s'arment soudain bouillonnants dans l'entourage de la végétarienne au feuillage de silence.

« Yonghye a toujours sa tâche mongolique »

«  Ce ne sera pas long »

La sœur prononce la première phrase et entend la deuxième. La première met en branle l'obsession qui fait éclater sa famille ; la deuxième déclenche dans son esprit le souvenir d'abus répétés, enfouis sous sa chair. Elle les vomit à son tour, comme le frigo de Yonghye vidé de sa viande, de ses anguilles et de ses raviolis.

Enfant, Yonghye a été mordue par le chien de son père. Celui-ci décide de le tuer et de le manger, en le traînant derrière sa mobylette. Ils font le tour du pâté de maisons. Yonghye est sur le seuil : au premier tour, le chien court, puis il s'essouffle, le cou en sang, la langue pendante, jusqu'à ne plus être que de la viande. Elle en mange un grand bol.

Adulte, un rêve la visite. Un abattoir dans une forêt, des cadavres sans assassin. L'animal, la viande, le sang, la mort.

Pour échapper à la mort, échapper à l'animal. Devenir végétale.

Car les femmes, portant à bout de bras leurs familles, sont pourtant niées chaque jour, servantes invisibles, canevas à peindre, corps soumis et esprits méprisés, vaisseaux traversés de sangs ayant pour seule défense le silence. Viande qu'on bat, comme le chien, pour l'attendrir et la consommer. Femmes tuées chaque jour dans leur humanité, dans leur animalité, utilités domestiques à modeler et courber, à peindre et filmer, à abandonner sans remords abîmées, éventrées.

La Végétarienne nous parle du contrôle des corps, et surtout des corps féminins : en société, en famille, dans l'art, dans l'institution psychiatrique : partout on brise son intégrité, on le blâme, le pénètre, le cache et le fixe à la fois, l'utilise et le défend de s'utiliser lui-même. Inceste choquant de cette viande qui consomme de la viande : tabou impensé qui donne naissance à la haine et au mépris.

Seule porte de sortie : quitter le royaume animal, synonyme de violence. Cette décision individuelle est traitée comme une folie suicidaire et tout est fait pour que Yonghye reste dans le monde de la société humaine. Par : tout ; s'entend : davantage de violence.

C'est l'histoire d'un reflux et d'un refus.

Vomir, sortir l'animal de soi, celui qui attaque et qui mord ; celui qui saigne et qui meurt. La société ne le tolère pas.

La nature est-elle le salut ? Derrière la vitre de l'ambulance, les flammes vertes des arbres ondulent sans répondre. Han Kang ne nous présente pas la nature comme le destin, le réconfort ni le lieu féminin. Son récit ne se conclue pas sur une note d'espoir. Il semble qu'on ne puisse échapper à notre nature de viande.

Comment nous traitons la viande, c'est aussi comment nous nous traitons nous-mêmes.

 

Rafaelle GANDINI MILETTO (site web)
Première parution : 12/3/2021 nooSFere

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