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Sculpteurs de ciel - 1

Alexander JABLOKOV

Titre original : Carve the sky, 1991

Cycle : Sculpteurs de ciel  vol.

Traduction de Bernard SIGAUD
Illustration de Philippe GAUCKLER

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 554
Dépôt légal : novembre 1994
208 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-207-30559-7
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Découverte d'une magnifique statuette du Christ dans son suaire incrustée de ngnomite, un minéral rarissime synthétisé par une race disparue ayant maîtrisé le voyage interstellaire, chassé-croisé d'agents secrets cherchant à s'en emparer, raids mystérieux sur les musées et les collections d'objets d'art : sommes — nous à l'aube d'une guerre entre les communautés humaines du système solaire ? Pour lord Monboddo, actuel propriétaire de la statuette, et son sénéchal Anton Lindgren, c'est en tout cas l'ouverture de la chasse... au trésor : la masse de ngnomite sur laquelle Karl Ozaki, génial sculpteur disparu depuis vingt ans, a prélevé les fragments ornant son Christ. Une chasse qui, de Boston à la Ceinture des Astéroïdes, en passant par la France et la Lune, les mènera peut-être finalement dans les étoiles...

L'auteur
Alexander Jablokov fait partie de cette jeune génération d'auteurs qui contribuent au renouvellement du space opera par l'importance accordée au mystère, à l'esthétique et à la construction. Dans Sculpteurs de ciel, son premier roman, la critique américaine à salué des échos de Bester, de Zelazny et du Jack Vance de « la geste des Princes Démons ».
 
    Critiques    
     Alexander Jablokov est un parfait représentant de la « nouvelle SF américaine ». Né en 1956, il entame sa carrière sur le tard en publiant dans Asimov's SF Magazine une nouvelle remarquée, Beneath the Shadow of her Smile, en 1985. Il a depuis publié de nombreuses nouvelles, le plus souvent d'une très grande qualité ; certaines se situent dans un Boston futuriste et seront probablement réunies en recueil un jour prochain. Jablokov publie son premier roman dans Asimov's SF Magazine en 1989, A Deeper Sea ; mais il faudra attendre 1992 pour le voir sortir en librairie dans une version augmentée — soit un an après la parution de Cane the Sky, traduit aujourd'hui dans la collection Présence du Futur sous l'excellent titre Sculpteurs de ciel. Une publication en librairie possédant tout de même davantage de « permanence » qu'une prépublication en revue, et les deux versions de A Deeper Sea étant assez différentes, nous considérerons que Sculpteurs de ciel est le premier « véritable » roman de Jablokov.
     Immédiatement remarqué par la frange la plus perspicace et intelligente de la critique américaine, il fut présenté comme un ouvrage d'une invention rare 1 renouvelant véritablement le space-opera. On sait que cette dernière notation est devenue depuis quelques années un parfait argument commercial, utilisé par les éditeurs de SF pour tenter de « récupérer » l'importante partie du lectorat traditionnel ayant abandonné le genre, dégoûté par l'invasion de la fantasy. De nos jours, tout roman se situant dans un avenir où le système solaire est partiellement occupé par l'humanité, est censé renouveler le space-opera. La quatrième de couverture d'Un feu sur l'abîme le prétend ; celle de Sculpteurs de ciel également. A cette nuance près que le second ouvrage fait bien davantage que renouveler le space-opera : il participe au renouvellement de la SF dans son ensemble.
     Nous sommes au vingt-quatrième siècle. L'humanité occupe presque tout le système solaire et est organisée politiquement en deux blocs : d'une part la Terre et ses plus anciennes colonies, Mars et la Lune, d'autre part l'Alliance technique comprenant Ganymède et plusieurs autres satellites joviens. Entre les deux puissances, la Ceinture des Astéroïdes, une zone tampon plus ou moins démilitarisée. On s'en doute : la cohabitation n'est pas toujours aisée entre les deux parties en présence. Et la situation menace de se dégrader suite à une série d'incidents — il est répondu à une opération commando menée contre une base techno, par l'arraisonnement d'un vaisseau spatial terrien.
     En réalité, il apparaît rapidement qu'une troisième force inconnue est en train de déstabiliser le fragile équilibre du système solaire. Le roman de Jablokov n'est autre qu'une formidable enquête policière menée par Lord Monboddo, célèbre collectionneur d'Art, et son sénéchal Anton Lindgren, pour identifier les coupables. Leur odyssée entraîne le lecteur d'un bout à l'autre du système solaire : du monastère de Saint-Grégoire de Naziance, près des murailles de Constantinople, où sont conservées des archives uniques jusqu'à un jardin sidéral composé d'astéroïdes par un artiste japonais mégalomane 2, en passant par l'Hypostasium de l'Academia Sapientiae, une cité sur la Lune, un colossal vaisseau de l'espace, véritable « ville nomade », ou bien encore une autre structure immense, ancrée au milieu de la Ceinture d'Astéroïdes. Références et allusions pleuvent sans cesse sur le lecteur : les pages se passant dans le monastère pourraient être un hommage au roman d'Umberto Ecco Le nom de la rose, tandis que celles décrivant la société lunaire sont un hommage direct à Heinlein — l'avenue principale a été baptisée du nom du Professeur La Paz, le théoricien de Révolte sur la Lune.
     Le fil conducteur de cette quête est double : d'une part la vie et l'œuvre de Karl Ozaki, un des plus grands artistes de tous les temps, d'autre part les artefacts laissés en divers endroit du système solaire par la race légendaire des Achérusiens qui auraient visité notre système solaire il y a des millions d'années. Point commun entre les deux pistes : les Achérusiens sont les « inventeurs » de la gnomite, une substance artificielle et rarissime dont on découvre parfois des morceaux, et les plus belles œuvres d'Ozaki sont façonnées dans cette matière. Autre fil conducteur : la secte des frères Dépossédés du Christ, mouvement religieux ayant connu son heure de gloire deux siècles plus tôt en construisant la Nouvelle Jérusalem, ville-univers à l'intérieur d'un colossal astéroïde ancré dans la Ceinture. Officiellement, la secte n'existe plus et Karl Ozaki est mort il y a vingt ans. Bien entendu, Monboddo et Lindgren n'en croient rien.
     Voilà, aussi rapidement que possible, posée la trame générale de ce roman complexe, plein de rebondissements et d'intrigues secondaires, et d'une richesse esthétique absolument étonnante. Sculpteurs de ciel est aussi une réflexion ininterrompue sur la création artistique et le rôle de l'art : à ce titre, il s'agit du roman parfait que tous les auteurs de Science-Fiction française des années 80 /90 tentent écrire, obsédés qu'ils sont par cette problématique particulière 3. Avec ce roman, Alexander Jablokov se hisse au niveau des plus grands créateurs : après Frank R. Paul, Robert Heinlein, Alfred Bester et William Gibson, voilà un nouvel auteur réussissant ce qui, dans tout acte de création, est le plus difficile : proposer une esthétique, c'est-à-dire exprimer une philosophie sur un mode plastique. Sculpteurs de ciel est donc une œuvre majeure qui, avec le temps, prendra à l'évidence rang de classique.

Notes :

1. Le nom de Bester a été cité à plusieurs reprises : probablement pour le côté « pyrotechnique » et la promesse finale d'un envol vers les étoiles.
2. Ouvrons une parenthèse : la SF américaine a de plus en plus tendance a aller chercher une partie de son esthétique de l'autre côté du Pacifique — voir pour exemples le classique de William Gibson Neuromancien ou un film comme Blade Runner. Jablokov participe à ce qui me semble être une mode : le lecteur a droit à des considérations sur les jardins japonais ou l'art de vivre nippon, et à un combat au katana. D'où des petits problèmes de... traduction ! Si la notion de genre n'est pas prise en compte dans la langue japonaise, il faut bien l'introduire lors d'une traduction en français ; or il commence à y avoir des usages : de même que l'on dit « un » manga (pour « une » bande dessinée), il me semble que l'usage est d'écrire « un » katana et non « une » katana. Pour rester dans le domaine de la traduction, je suis également étonné de constater que tous les traducteurs Denoël utilisent le mot « impesanteur » alors que les dictionnaires (et une demi-siècle de SF en français) nous offrent le mot « apesanteur ». A moins qu'existe une nuance entre les deux mots ? Dans ce cas, elle m'échappe.
3. On s'en convaincra aisément en relisant, dans la « Grande anthologie de la SF » au Livre de Poche, le troisième volume de la troisième série consacrée à la SF Francophone.


Francis VALÉRY
Première parution : 1/4/1995 dans Cyberdreams 2
Mise en ligne le : 13/9/2003


 

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