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Le Démon de l'ombre

Dennis ETCHISON

Titre original : Shadowman, 1993
Première parution : Abyss, 1993

Traduction de Thierry MARIGNAC
Illustration de Marc MOSNIER

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du fantastique n° 62
Dépôt légal : janvier 1998, Achevé d'imprimer : décembre 1997
Roman, 272 pages, catégorie / prix : 5
ISBN : 2-207-24618-3
Format : 10,8 x 17,8 cm  
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Dans les collines de Shadow Bay, les chiens hurlent à la mort comme en écho à une vague malédiction. La nuit, à la lueur d'un feu de camp, les enfants se racontent des histoires de fantômes... Jusqu'au jour où certains d'entre eux disparaissent pour être retrouvés noyés dans le ressac de la mer ou pourrissant au milieu de la forêt, tandis que d'autres affluent au centre pour enfants perturbés où travaille Lissa : ils ont peur d'être enlevés, peur d'un démon de l'ombre qu'ils appellent l'Homme sans visage. Bien entendu, les adultes ne croient pas à son existence. Mais quand, sous les pluies diluviennes, les collines s'effondrent et que les torrents de boue charrient de nouveaux corps, la population de Shadow Bay commence à prendre au sérieux le mythe de ses enfants...
 
L'auteur
Dennis Etchison, né en 1943 en Californie, s'est d'abord imposé comme un maître de la nouvelle de terreur — et l'on comprend pourquoi en lisant celles qui sont parues dans tel ou tel volume de Territoire de l'inquiètude — et a composé des anthologies marquantes dans ce domaine. Scénariste pour le grand et le petit écran, il a notamment travaillé avec John Carpenter. Pour Stephen King, il est tout simplement « un écrivain diabolique ».
 
    Critiques    
     II ne fait pas bon vivre à Shadow Bay quand on est un enfant ! Dans la cité balnéaire, un croque-mitaine à la lame acérée s'en prend aux gamins. Pour ceux qui lui échappent ou qui se réfugient au centre de McKenzie Hall, il est l'Homme sans visage. Pire, IL est de retour : huit ans auparavant, il a fait plusieurs victimes en bas âge et on est loin du compte. Le déluge final qui s'abat sur la ville et ravale les collines exhume encore une vingtaine de cadavres.
     Sous ces dehors choquants, le roman d'Etchison progresse avec subtilité. Imprégné d'ombre — jusque dans le nom de la ville, gorgé de clair-obscur, traversé de silhouettes ténébreuses, le récit impressionne par la mise en scène du non-dit et de l'indiscernable. Au spectacle répété de l'horreur, l'écrivain préfère la tension extrême reposant sur la proximité ou l'imminence du mal. Il privilégie la terreur psychologique, décline les gammes de la peur, des frayeurs infantiles aux paniques d'adultes déconcertés par une histoire d'ogre devenue réalité. Pour ce faire, Etchison recourt aux représentations et aux techniques du cinéma — qu'il connaît bien. Shadow Bay ensevelie sous le brouillard est aussi inquiétante qu'Antonio Bay dans The Fog de Carpenter, dont l'auteur du Démon de l'ombre réalisa la novelisation. Sa prose multiplie les jeux d'éclairage (le drive-in désaffecté par exemple), les flashes (les visions de Leanne), les hors champs, les cadrages violents ou incomplets — le tueur est sans visage car le regard ne remonte pas au-delà du col de son manteau. C'est dans la coupe des séquences narratives que la transposition visuelle est plus intense, plus agaçante aussi. Etchison procède à un montage morcelé du récit : il use et abuse des effets de rupture et d'ellipse, propices certes au suspense et à l'intensité dramatique, mais qui tournent au procédé. Au point que parfois, on semble lire une suite de textes courts... parmi lesquels ressort « La patrouille perdue », l'histoire racontée autour du feu de camp. Etchison ne se refait pas : sans être mauvais romancier, c'est surtout un excellent nouvelliste !
     Son livre a pourtant une unité. Elle tient d'abord à la révélation par bribes d'une monstruosité plus effroyable que la découverte des corps déchiquetés : celle de crimes pédophiles dont les autorités locales ont dissimulé la gravité. Une culpabilité traumatisante nichée au cœur de la ville, à l'insu des protagonistes qui agissent comme s'ils réparaient une faute immémoriale. Le style d'Etchison aboutit d'autre part à une partition obsédante, composée d'images sonores surréalistes — tels ces bruits qui « n'étaient peut-être rien d'autre que des frôlements d'ailes innommables contre la face cachée de la lune » — et les retentissements concrets de l'horreur — l'ultime cri de Christopher, « A mon tour ! ». Entre ces motifs se déploie une petite musique de nuit dérangeante. Tendez bien l'oreille !

Guy ASTIC
Première parution : 1/4/1998 dans Ténèbres 2
Mise en ligne le : 12/10/2003


 
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