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Les Êtres vagues

B.R. BRUSS



Illustration de Gaston DE SAINTE-CROIX

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 511
Dépôt légal : 2ème trimestre 1972
240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 17,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Quelle était donc cette étrange créature qui le tenait par la main et avec laquelle le biologiste-explorateur Dhor Bophals se promenait sur la planète noire et deshéritée où il s'était posé en catastrophe quelques jours plus tôt ? Son petit engin spatial avait-il été saboté ?
     Et qu'était-il advenu du Sirf, le grand astronef d'exploration d'où Bophals était parti pour accomplir une mission ? Son chef, Soal Greg, s'était-il laissé entraîner dans un guet-apens ?
     Et qu'y avait-il de caché dans la bizarre montagne nommée le Rahaless ?
     Mais le plus grand mystère était celui des Etres Vagues...
 
    Critiques    

Le plus récent roman de B.R. Bruss, Les êtres vagues, est certainement un de ses meilleurs ouvrages dans la série « Anticipation ». Je suis d’autant plus heureux de l’écrire que son précédent, Luhora, ne m’avait guère convaincu (voir Fiction n° 221). Comme toujours chez cet auteur voué depuis de nombreuses années au space-opera de la plus classique eau, nous assistons aux mésaventures survenant à l’équipage de l’astronef Sirt, qui accomplit dans la galaxie une très van vogtienne mission d’exploration. Ledit équipage, subjugué par une mystérieuse force psychique, est contraint d’atterrir sur P2 de Sol 72115, une étrange planète noire nimbée d’un ciel vert. P2 est déjà habitée par les Glenss, race de pieuvres terrestres intelligentes dont la civilisation est beaucoup plus philosophique que technocratique, et dont la particularité est d’avoir une structure familiale basée sur le trisexualisme. Les Glenss sont eux aussi captifs de la force, et ce n’est que grâce à une alliance de hasard entre un de leurs groupes, qui a pu résister à l’emprise psychique, et à quelques Terriens tard venus sur P2, que les « êtres vagues » sont vaincus.

« Venaient-ils d’une lointaine galaxie ? D’une autre dimension de l’espace ? D’un univers parallèle ? Pourquoi faisaient-ils des prisonniers et les endormaient-ils à heures fixes ? Autant de questions qui resteront sans doute à tout jamais sans réponse » (page 234). Si la « douce paix galactique » tant recherchée par Bruss dans toute son œuvre vient bien clore son livre, on voit que le mystère reste complet. C’est sans doute une facilité, mais avant de laisser au lecteur la faculté d’en juger, je voudrais rapporter quelques propos de Bruss, qui m’a dit un jour préférer laisser dans ses romans des facteurs inexpliqués, car « …un livre qui laisse au lecteur une part d’insatisfaction fait dans son esprit une empreinte plus durable que celui où tout est résolu à la fin ». On se souvient que c’était aussi cette « part d’insatisfaction » qui faisait tout le charme de « Le mort qu’il faut tuer » (voir Fiction no 216).

Mais, quoi qu’il en soit du bien-fondé des motivations de Bruss et de l’impression subjectivement ressentie à sa lecture, « Les êtres vagues » fait partie de ce genre de romans qui sont si prenants qu’ils ne peuvent être lus que d’une traite – même si la fin en est décevante par rapport au début. Le récit n’est pas du tout linéaire, comme mon résumé pouvait le faire croire, mais au contraire désarticulé en quatre parties bien distinctes, ce qui permet à l’auteur de dévoiler peu à peu (et en usant en outre de retours en arrière successifs) la nature de l’aventure et les dangers encourus par les protagonistes.

C’est la première partie qui est de loin la plus réussie, où l’on assiste à l’errance d’un biologiste dont l’astrobox est tombé sur la planète et qui, en compagnie d’un Glenss qu’il a sauvé, marche pendant plus de mille kilomètres à travers le désert d’obsidienne de P2, avant de pouvoir entrer en contact avec un groupe autochtone. Dans ma notice sur Luhora, j’avais reproché à Bruss l’absence de couleurs et de « présence » dans ses décors. Comme pour me faire mentir, il brosse au contraire ici avec un solide sens visuel le paysage de P2, étendue sombre hérissée de rochers noirs et couronnée par un ciel d’émeraude. De plus, le très long apprentissage de la communication intellectuelle entre deux êtres aussi différents que le Terrien et le Glenss est l’objet d’une patiente description qui est bien dans la manière de Bruss, toujours pétri d’un humanisme qui va bien au-delà de l’humain morphologique, et dont il sait faire profiter ses personnages-clés. (« Seule l’intéressait l’étude de toutes les formes de vie dans l’univers, et il éprouvait une immense tendresse pour tout ce qui est voué à souffrir et à périr » : page 21).

La seconde partie, qui est centrée sur la captivité de l’équipage du Sirf à l’intérieur d’une montagne creuse, est traitée avec beaucoup de suspense et un bon sens du mystère, qui rapprochent cet épisode de certains chapitres de Apparition des surhommes. Il est dommage que Bruss n’ait pas trouvé, pour les deux dernières parties de son roman (la vie sociale des Glenss et la lutte contre les « êtres vagues ») des centres d’intérêt aussi aigus. Toutefois le jugement final sur un récit ne doit pas tenir compte de la baisse d’intensité de son dernier tiers (qui commande l’impression immédiate) mais de l’ouvrage dans son entier : et celui de B.R. Bruss est plus qu’honorable.


Denis PHILIPPE
Première parution : 1/10/1972 dans Fiction 226
Mise en ligne le : 1/3/2019


 
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