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La Guerre des pieuvres

Vladimir VOLKOFF



Illustration de Wojtek SIUDMAK

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5169
Dépôt légal : novembre 1983, Achevé d'imprimer : 15 novembre 1983
Roman, 192 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : 2-266-01305-X
Format : 10,7 x 17,7 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Dans L'exil est ma patrie, livre d'entretiens écrit par Jacqueline Bruller, Vladimir Volkoff a dit : « La S.F., l'espionnage, le fantastique sont trois procédés qui permettent de prendre conscience que le monde n'est pas vraiment ce qu'il paraît, qu'il peut brusquement se transformer ». De là son intérêt pour un genre auquel il a déjà donné Métro pour l'enfer (prix Jules-Verne) et le Tire-Bouchon du bon Dieu. Dans la Guerre des pieuvres, il raconte l'histoire de deux jeunes cosmonautes, camarades de promotion. L'élégant Alféo et le sombre Thor sont envoyés tous les deux sur la planète Voda, gigantesque goutte d'eau suspendue dans le cosmos .et habitée par de petites pieuvres qui ont un appétit effréné d'information. Quand elles trouvent qu'on ne leur en donne pas suffisamment, elles déclenchent une révolution !
     D'où, pour Alféo, une mission d'une atrocité inimaginable, et, pour Thor, une chance d'échapper à « la peine absolue ».
 
     Vladimir Volkoff, écrivain français d'origine russe, tour à tour officier en Algérie et professeur aux États-Unis, se consacre maintenant à la seule littérature. Il a écrit notamment le Retournement, la tétralogie romanesque les Humeurs de la mer et un roman d'actualité le Montage (grand prix du roman de l'Académie française).
 
    Critiques    
 
[ critique commune de La guerre des pieuvres par Vladimir Volkoff et L'Histoire détournée par Jean Mazarin    note nooSFere]


     C'est la journée des romans mal appréciés, et mal appréciés à mon avis pour des raisons politiques. Prenez le Volkoff, par exemple. Bon, Volkoff est un raciste, un presque-fasciste, un aristocrate de l'école bottes-et-cravache (« Un chef n'abandonne pas ses troupes ; si elles doivent périr, il périt avec elles. Pour l'honneur », p. 181). Il a fait l'Algérie, et c'est l'Algérie qui transparaît en filigrane dans tout ce roman dans la continuité du Tire-bouchon du Bon Dieu et sans doute écrit à la même époque. On y exalte l'usage de la force et le maintien des populations autochtones dans l'ignorance, pour le bien de la métropole.
     Précisons : la planète Voda (« l'eau », en russe) est entièrement aquatique, peuplée uniquement ( ! — mais c'est une convention de la SF) de plancton et de « pieuvres » intelligentes, les Zifras, qui récoltent ce plancton pour le profit des humains, qui en nourrissent les habitants de leur empire interstellaire. (En d'autres termes, le pétrole du Sahara.) Ne cherchez pas la vraisemblance scientifique, Volkoff serait recalé au bac en physique, il a par exemple des notions très nébuleuses sur le principe d'Archimède, mais passons. Les braves pieuvres sont friandes d'information, information qui leur est fournie en paiement par les humains. Las, polluées par les conceptions de leurs conquérants, elles utilisent ces informations pour obtenir par la force toujours plus en échange de leur plancton !
     Les voici donc lancées dans un simulacre de baroud, contre une société humaine où toutes les races sont abondamment mélangées (ce qui n'empêche pas l'auteur de fournir méticuleusement l'origine de tous ses personnages ; soyons gracieux, il fera en fin de compte d'un Africain son héros). Sont flétris au passage les intellectuels décadents et inconscients qui méprisent la société qui les nourrit, et encouragent (en les sous-estimant par-devers eux) les révolutionnaires qui vont les mener à leur perte. Cela a été dit ailleurs, et mieux, mais ce n'est pas entièrement erroné, et comme le dit Volkoff, « Comme il arrive souvent, ce sont les imbéciles qui ont une vision juste des choses » : la maxime s'applique à lui-même...
     Outre les positions politiques résumées ci-dessus, le roman prend son intérêt dans le tournant surprenant que connaît l'intrigue au milieu du récit : le brillant jeune cosmonaute Alféo, qui avait toujours eu une peur maladive des pieuvres, en devient une entre les mains du savant Erniak, chargée de noyauter la révolution. Mauvais calcul : ce roman est celui d'un retournement, préfigurant les œuvres d'espionnage-actualité qui ont rendu ultérieurement son auteur célèbre. Comme Volkoff sait faire montre de subtilité à l'occasion, le livre ne se lit pas comme un pur tract ; c'est supportable, à la différence disons du « Lieutenant Kijé ».
     Phénomène inverse avec Jean Mazarin : Michel Jeury le couvre dans Le Monde d'éloges absolument dithyrambiques. On me permettra d'accorder moins de respect à Jeury-le-critique qu'à Jeury-l'écrivain : ce récit est à peine un honnête représentant de la collection « Anticipation », et ne brille ni par son style pseudo-documentaire ni par sa vraisemblance, malgré ses ambitions.
 
     Comment accepter sans ciller ce monde où la victoire des forces de l'Axe dans la Deuxième Guerre mondiale (idée dont l'originalité fait frémir) est acquise à la dernière minute, après la mort de Hitler, quand on sait à quel point l'Allemagne s'était décomposée à cette époque ? Il y a dans le livre une notion intéressante, celle d'un état séparé (la Bourgogne et Marches de l'Est) accordé aux SS pour qu'ils y poursuivent à l'écart leurs expériences racistes et mystiques, tandis que le Reich lui-même s'est considérablement ramolli. Tout le reste est assez fantaisiste, depuis l'organisation mondiale de la Résistance (dirigée par les Britanniques) jusqu'à ces deux aviateurs japonais qui font de brèves apparitions, puisque l'auteur a voulu s'essayer au style Lapierre et Collins du récit vu par divers témoins et acteurs d'événements (censément) historiques. Il y a là deux problèmes : le manque de maîtrise de ce style d'une part (et les notes de bas de page précisant les sources des témoignages rejoindront bien vite les « Authentique ! » de Jimmy Guieu dans les placards poussiéreux de la littérature), et la longueur d'un Fleuve Noir, peu propice à ce genre d'exercice (c'est trop court).
 
     Quand d'ailleurs on examine d'un peu plus près la situation décrite dans le livre, on se rend compte que tout, tant dans l'organisation du monde selon les plans nippo-allemands que dans les noms et les procédés employés par les personnages, renvoie à la période de la guerre plutôt qu'à un présent parallèle, comme si les quarante ans écoulés (le récit prend place en 1989) n'avaient apporté que les changements les plus minimes. C'est patent pour les scènes situées en France. L'argument selon lequel un régime nazi, stérilisant la vie intellectuelle, réduit nécessairement le progrès technique, a du poids, mais il n'est nulle part explicité (et ce dans un roman où pourtant on ne se prive pas de nous donner des leçons d'histoire). Je crois que Mazarin a surtout recyclé dans un cadre SF un roman de la guerre de 40, et bien évidemment, une phrase comme « Jawohl, Obserstgruppenführer Krukemberger », c'est pain bénit pour un auteur payé au nombre de signes.
 
     Finalement, notons que Mazarin, qui met en scène une révolte dans les camps où sont encore parqués les juifs (pas mal imaginés), en profite pour donner le mauvais rôle à des Noirs, et la place de sauveur à l'Irgoun, et au groupe Stern (p. 107), ces derniers étant les braves gens qui avaient choisi de combattre les Britanniques en pleine guerre contre les Nazis. Il est vrai que le Grand Mufti de Jérusalem était intervenu pour que des enfants juifs ne soient pas libérés des camps de concentration, mais Mazarin se laisse aveugler par sa haine des Arabes au point de transformer les Bédouins en bande de Papous. Tout cela suffit pour moi à gâcher irrémédiablement les quelques bons points de l'on pouvait accorder au livre.
 

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/5/1984 dans Fiction 351
Mise en ligne le : 22/12/2008


 
     Volkoff, je le lisais déjà quand j'avais dix ans, sans le savoir. Il écrivait sous le pseudonyme de Lieutenant X une série d'espionnage pour enfants (Langelot, agent secret) dont le héros, un blondinet fadasse, se caractérisait par sa bêtise et son intolérance... Autant dire que je n'ai pas été dépaysé. Le personnage principal de La guerre des pieuvres fait 1,80 m avec (je cite) la peau blanche, les traits raffinés, un grand front noble et des cheveux ondulés de cette couleur totalement disparue que jadis on appelait blonde, (p. 12).
     Ce charmant jeune homme (de bonne famille et d'une éducation irréprochable de surcroît), entré dans le corps des cosmonautes pour « faire carrière », se voit recruté pour une mission spéciale dès son arrivée sur la planète Voda alors que son collègue de promotion (davantage d'ancêtres noirs et jaunes que de blancs : p. 14) est expédié dans le Pétaouchnock local pour surveiller la récolte du plancton et les pieuvres (celles-ci s'occupant de celles-là). Puis on fait connaissance avec la fille du gouverneur, invraisemblable donzelle qui se promène avec, sur le front, un camée attestant sa virginité, signé régulièrement par son gynécologue. L'histoire ne dit pas si c'est remboursé par la sécurité sociale, enfin bref... Le suspense devient haletant : couchera, couchera pas ? Ainsi finit la première partie du livre, à un détail près. Le personnage a vu son esprit transféré dans une pieuvre pour aller espionner ce qui se passe dans les profondeurs de Voda. Ses chances de dépuceler la demoiselle se révèlent donc compromises. Le suspense retombe.
     Bon, il y a une deuxième partie un peu différente. On apprend que c'est l'autre le gentil, qu'il est en réalité un super-agent secret, tout ça. Au passage, il détruit cent mille pieuvres (dont celle renfermant l'esprit de son copain), ainsi que le négociateur venu proposer la paix, et se dépêche de rejoindre la fille du gouverneur. Dans le livre, la partie qui aurait pu être croustillante est remplacée par une ligne de points (p. 185) ; dire que j'ai attendu tout ce temps pour rien !
     Enfin, on le décore...
     Que dire de plus ? Tous les ingrédients d'une mauvaise série B sont rassemblés dans ce petit livre-Kleenex à jeter après usage. Il y a une bonne idée dans les dix dernières lignes (utiliser la totalité des pieuvres comme ordinateur pour résoudre les problèmes du cosmos). Maintenant que je vous l'ai dite, vous n'avez plus aucune raison de l'acheter.
     Quand même, on est loin de Métro pour l'enfer.

Jean-Claude DUNYACH (lui écrire)
Première parution : 1/4/1984 dans Fiction 350
Mise en ligne le : 22/12/2008


 
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