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L'Hôtel de la Lune

Gloria ALCORTA

Titre original : El Hotel de la Luna, 1957
Traduction de Claude COUFFON

ALBIN MICHEL (Paris, France), coll. Nouvelles nouvelles
Dépôt légal : octobre 1966, Achevé d'imprimer : 21 septembre 1966
Première édition
Recueil de nouvelles, 208 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 13,0 x 20,0 cm
Genre : Fantastique

Titre intérieur : L'Hôtel de la Lune et autres impostures



Quatrième de couverture
     VOICI des nouvelles « hallucinantes ». Leur cadre est celui des mornes petites villes argentines, des plages désertes, des plaines qui accentuent la solitude, des maisons à demi-vides où les pas ont de fatidiques résonances, des domaines de familles transformés en asiles... Leurs personnages sont des êtres angoissés, avides de spiritualité et de pureté, aux prises avec la réalité extérieure, dure, perfide, indifférente. Ou bien encore des malades, amnésiques ou paranoïaques, pour lesquels les délires oniriques deviennent une deuxième réalité, aussi cruelle que l'autre.
     En fait, les différentes nouvelles qui constituent l'Hôtel de la lune, reflètent, en leur diversité thématique, une même préoccupation : le comportement de l'âme dans le cheminement aveugle des corps. Car c'est vraiment le monde des âmes qui intéresse Gloria Alcorta, un monde à la fois fantastique et réel, dont le mystère n'est jamais aussi grand qu'au moment où il se laisse appréhender par l'écrivain.
     La savante simplicité du style de Gloria Alcorta contraste étrangement avec la complexité dramatique des situations. Un climat de poésie insolite donne à chaque récit une bouleversante beauté.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Jean CASSOU, Préface, pages 7 à 16, préface
2 - L'Hôtel de la Lune, pages 17 à 48, nouvelle, trad. Claude COUFFON
3 - La Grande Lagune, pages 49 à 74, nouvelle, trad. Claude COUFFON
4 - Les Valentini, pages 75 à 112, nouvelle, trad. Claude COUFFON
5 - L'Exécuteur, pages 113 à 128, nouvelle, trad. Claude COUFFON
6 - L'Ennemi, pages 129 à 142, nouvelle, trad. Claude COUFFON
7 - L'Anacardier, pages 143 à 166, nouvelle, trad. Claude COUFFON
8 - Le Démon de Madame Camélia, pages 167 à 178, nouvelle, trad. Claude COUFFON
9 - Le Cercle, pages 179 à 186, nouvelle, trad. Claude COUFFON
10 - La Torture parfaite, pages 187 à 203, nouvelle, trad. Claude COUFFON
Critiques

     Lié à une médaille d’argent de sculpture à l’Exposition de Paris en 1937, à un recueil de poèmes qui obtint le prix Rivarol en 1952 et à diverses activités littéraires sous le haut patronage de Jules Supervielle et d’Albert Camus, le nom de Gloria Alcorta n’est pas tout à fait inconnu en France. Mais il a fallu que cette Bayonnaise d’origine devienne Argentine de langue, d’esprit et d’inspiration pour que circule dans son univers poético-fantastique ce parfum d’authenticité dont ne saurait se passer toute littérature de l’étrange. Entre la moderne Buenos-Aires qui n’a pas réussi à aseptiser tout à fait les grouillements obscurs du Rio de la Plata et la Pampa ravagée des vents planétaires, c’est toute la magie de l’élémentaire que Gloria Alcorta est allée glaner. Le fait vaut d’être signalé au moment où le fantastique, de par son succès même, risque de se fabriquer et de se consommer comme un produit de prisunic. De cette « argentinité », sont nés deux livres de langue espagnole, El Hôtel de la Luna et Noches de nadie, dont l’édition française est une sorte de panaché.

     Dans ces cas-là, le défaut à redouter est généralement le manque d’unité, surtout quand c’est le titre de la première nouvelle qui coiffe l’ensemble. Il n’en est rien en l’occurrence. L’Hôtel de la Lune n’est pas seulement l’établissement inquiétant, quasi-marienbadien, où s’opère le plus étrange marché que l’on ait imaginé depuis longtemps ; c’est le lieu géométrique du rayonnement propre à chaque récit ; le point oméga de la diversité thématique ; en un mot, le symbole même du livre et une de ses meilleures trouvailles. Tout y est délibérément lunatique, l’atmosphère comme la psychologie. Il suffit qu’apparaisse la grosse bulle pour que se libèrent les fantasmes intérieurs. Et c’est dans la nuit un ballet autrement fascinant que celui des muses poussives de nos chers romantiques. Dans ce bain de lait s’éveillent de troublantes exigences de pureté, comme dans L’Hôtel de la Lune, le texte d’ouverture. Mais il y a aussi les maléfices qui mettent en marche les dormeurs et les font sombrer dans les aberrations de l’inconscient, comme dans La torture parfaite dont la facture n’est pas sans rappeler Arrabal. C’est aussi le moment que choisit Marie-Lune, la petite putain de la Pampa, pour aller montrer ses seins au voyageur égaré, jusqu’au jour où son alléchante exhibition fera descendre sur la Terre un ange bienveillant et la pluie qui arrachera ses fruits au sol haletant.

     Tantôt Hécate, tantôt Lucine, la lune fait partout ruisseler son insidieuse féminité. Poétique revanche des malheureuses héroïnes de ces nouvelles, mais aussi occasion pour Gloria Alcorta d’organiser sournoisement au fil des pages toute une symbolique subtile qui lui permet, à l’occasion, de flirter avec la métaphysique. Nombre de textes font état, en dernière analyse, de la recherche de sol dans les voies de la sensualité ou de la charité, du bien ou du mal, du sacrifice masochiste ou du défi tranquille aux lois humaines, mais ils restent d’abord des contes d’une beauté envoûtante. Leurs intentions profondes échappent parfois. La conscience risque de ne retenir de ce livre-mercure que quelques gouttelettes de lumière. Mais à quoi bon tout comprendre ? Il suffit que l’on ait de quoi rêver. S’il en rend parfois l’interprétation malaisée, le climat mythique de l’œuvre lui conserve son goût de poussière mouillée et de mèches folles, bref, cette naïveté qui assure au fantastique le meilleur de son efficacité.

     Prétendre, dans ces conditions, donner une idée de ce qui « se passe » dans les neuf nouvelles de L’Hôtel de la Lune serait une gageure. Par définition, le mythe est riche, fascinant. Il peut se lire à plusieurs niveaux et l’histoire racontée n’est que le signe d’autres réalités plus essentielles. La lune a des reflets trompeurs et brouille facilement les pistes. Non sans humour, le titre du livre se justifie aussi dans la mesure où il évoque ces auberges espagnoles où chacun doit apporter son viatique. C’est dire que ce monde de faux-semblants est encore plus réel que le vrai : thème cher à Borges, autre créateur de mythes, à qui, comme par hasard, les Argentins doivent la découverte de Gloria Alcorta.

     Livre complexe donc, parfois saugrenu, mais qui tire sa puissance de suggestion du foisonnement même de la nature argentine et des âmes qui l’habitent. Le style, admirablement servi par la traduction de Claude Couffon, est sans artifice. Et ce n’est pas la moindre étrangeté de ce beau livre que son auteur emploie les mots les plus simples, choisisse les phrases les plus nues, pour tisser les sortilèges des plages désertes et les vertiges baroques des délires somnambuliques.

Jacques CHAMBON
Première parution : 1/9/1967 dans Fiction 166
Mise en ligne le : 5/11/2022

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