Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Mais l'espace... mais le temps...

Daniel WALTHER




BODSON
Dépôt légal : 1972
  
Genre : Science-Fiction


 
    Critiques    
     Daniel Walther, qui est aujourd'hui âgé de 32 ans et exerce le métier de journaliste pour un quotidien de l'Est, a fait ses débuts littéraires dans Fiction en décembre 1965. Depuis cette date, plus de vingt nouvelles sont venues avec une régularité pendulaire rappeler dans nos pages, sous sa signature, que la SF française existe et peut avoir un ton original qui ne doive rien aux admirations anglo-saxonnes. Sept ans se sont écoulés avant que Walther passe de la nouvelle au roman. Sept ans, c'est long, mais sans doute normal : le passage du récit court au récit de plus grande envergure est un cap difficile à tenir pour qui n'écrit pas à plein temps — et qui écrit à plein temps de la SF en France, à part certains auteurs du Fleuve Noir qui sont loin d'être en majorité même au sein de cette maison ?...
     Le premier roman de Walther était donc attendu avec impatience. Le voici. Il aurait été bon de s'en réjouir, si Mais l'espace... mais le temps... ne révélait deux faiblesses fondamentales. La première, qui sera vite résolue ici, est relative à une erreur d'édition. Alors qu'il ne manque pas, en France, de collections spécialisées aux reins solides accueillant des auteurs nationaux (Présence du Futur, Ailleurs et Demain, et tout récemment Science-Fiction chez Albin Michel), Walther, n'écoutant que son bon cœur, est allé confier son manuscrit à une toute petite maison strasbourgeoise à peine naissante. Le roman (qui faillit du reste ne jamais voir le jour) paraît sous une jaquette plutôt laide, avec un dessin confus, aux couleurs sombres (titre en noir sur un fond violet foncé !), sans nom d'éditeur. De plus, de quelle manière sera-t-il distribué ? Il faut, certes, faire confiance aux lecteurs, mais ne pas se cacher non plus que les consommateurs (même de science-fiction) sont routiniers, paresseux, et aiment se voir mâcher la besogne. Et on peut craindre que la sympathie accordée par Walther à une maison artisanale — ce qui est tout à son honneur, et loin de nous la pensée de préférer de grands monopoles à des tentatives fort louables... — n'aille à l'encontre du succès, c'est-à-dire du chiffre des ventes.
     Ceci précisé, nous passerons au deuxième point, plus grave, mais qui, paradoxalement, nous pousserait plutôt à considérer les lacunes matérielles évoquées plus haut avec un soupir proche du soulagement. Si Walther, avec Mais l'espace... mais le temps..., avait écrit un grand livre, notre crainte de le voir passer à côté de ses lecteurs potentiels aurait été accrue. Or, il se trouve que Walther a écrit, non pas un mauvais livre, mais un livre très anodin, non pas un livre indigne de sa plume, mais un ouvrage qui ne fait manifestement pas appel aux plus grandes de ses qualités, l'originalité et la virulence.
     Mais l'espace... mais te temps... évoque la quête d'un astronaute en marge des lois cosmiques, Anjak Devister, qui, alléché par le récit d'un de ses confrères ivrogne et mourant, part à la recherche d'une planète presque mythique, Phalline, « astre facétieux » recelant mille merveilles et mille promesses mais qui « ...à chaque fois que quelqu'un viole son secret, (...) va se glisser dans un autre recoin de la nuit ». Anjak parvient pourtant sur Phalline, en compagnie de son compagnon Yu, un humanoïde Grège dont la race a été autrefois anéantie presque entièrement par l'homme, et il vit un temps chez les Hommes Bleus, aux mœurs très libres (« Les femmes mûres et les filles nubiles appartenaient à tout le monde, c'est-à-dire qu'elles se donnaient ou se prêtaient à ceux des hommes qui leur plaisaient » : p. 45), pour s'éprendre d'une jeune fille, Gé, qui lui échappe à cause de cette même liberté qui l'avait poussée dans sa couche. Désespéré, Anjak quitte la tribu et parcourt alors la planète, visitant une caverne où temps et espace sont abolis et où il est sujet à une curieuse expérience de dématérialisation vertigineuse qui rappelle celle de Chane, le Loup des étoiles d'Hamilton, dans Les mondes interdits, puis naviguant sur un étrange océan intérieur, avant de rencontrer le Prince Ambre sur une île de paix, qui est attaquée par une flottille spatiale de vaisseaux pirates. Anjak est sauvé in extremis par le Grège et repart dans l'espace, où l'attendent les « étoiles-chiennes » de sa chienne de vie.
     Le roman est donc celui d'un échec, d'un rêve brisé, et l'histoire, celle d'un homme vaincu et ballotté par les événements. C'est une thématique qui est familière à Walther, mais l'usage d'une éthique romanesque ne fait pas un roman. Il est visible que l'auteur a écrit son ouvrage avec un recul insuffisant, sans bien se rendre compte que la structure de récit prise comme armature demandait, pour parvenir à un aboutissement satisfaisant, un travail portant soit sur un resserrement, soit sur un enrichissement continu de la trame. En d'autres termes, son scénario étant un simple creuset à archétypes, Walther se devait, soit de les polir dans la brièveté d'une nouvelle (comme Norman Spinrad dans Sur la route de Mindalla, qui exploite aussi le thème de la planète aux fantasmes : voir Fiction spécial n° 15), soit de broder le plus diversement possible une de ces épopées qui existent principalement par l'accumulation débordante de séquences rutilantes : voir Le cycle des épées de Leiber.
     Tel quel, dans son format bâtard de novelette (120 pages que Walther lui-même traite de « romanticule »), Mais /'espace... mais le temps... n'est pas assez vaste pour que s'y déploie un véritable climat, pour qu'y naisse un souffle, ou alors pas assez bref pour avoir un impact véritable, le roman est structuré comme une suite de tableaux de genre pas assez fouillés, qui raccordent mal, ne convainquent pas toujours (on voudrait mieux sentir l'ardeur brûlante de la quête, mieux être touché par les désespoirs amoureux d'Anjak) et ne se présentent en fin de compte que comme des variations en mineur sur des décors et des situations banales, tels qu'on les trouve déjà chez des ancêtres comme Edgar Rice Burroughs ou Edmond Hamilton ou, plus près de nous, chez Nathalie-Charles Henneberg ou Philippe Druillet. Mais la grandeur gothique de ceux-là n'a pas déteint sur Walther, qui ne retrouve, dans ce premier roman, que cette dimension étriquée de l'aventure qu'est l'exotisme — même si sur cet exotisme passe parfois l'eau pâlie d'un certain existentialisme spatial...
     Et cela nous étonne, de la part de cet écrivain inspiré qui avait trouvé dans les limbes de l'insolite (Les étrangers, Retour dans l'ile), dans la nausée de rengagement pacifiste (Flinguez-moi tout ça !), dans le kaléidoscope des images poétiques (Où guette un sphinx aux ailes en pétales d'angoisse) ou encore dans le remodelage percutant de formes anciennes (La tour de Chalamadam et l'empereur fou de Zor, La canonnière Epouvante), l'occasion de nous faire sentir qu'il avait une plume et quelque chose à dire. Dans cette ébauche mal maîtrisée qu'est Mais l'espace... mais le temps..., il ne reste que la plume, décrivant ses arabesques dans un paysage trop désertique. Car au moins, et cela reste, Daniel Walther sait écrire. Son talent peut se manifester par des simples et brèves images :
     « L'astronef était une bulle de lumière dans le vent gris de l'hyper-espace » (p. 30).
     D'autres fois, son goût pour le vertige des phrases hypnotiques nous emporte dans de grands torrents verbaux :
     « Etincelles vertes dans le bourbier du silence — chamade du cœur emballé — sortilèges fracassants révélés par d'invisibles portes l'une a près l'autre poussées sur de vastes salles désertes et sonores dont les limites se perdaient dans une nuit profonde d'où émanaient des fumerolles laiteuses — escaliers aux marches de flammes — puis...
     de hauts murs tissés de joyaux sonores : améthystes béryls rubis saphirs émeraudes tourmalines lapis-lazuli topazes aigues-marines — tous soudés dans un flamboiement insoutenable »... (p. 61).
     Parfois encore, une digression incongrue vient éclore au milieu d'un paragraphe plus banal :
     « Sous des latitudes étrangères, dans une dimension insaisissable, il est une petite planète taillée tout entière dans un gigantesque rubis suspendu comme une perle de sang dans l'espace. L'unique habitant de cette planète est un oiseau minuscule, guère plus grand qu'un colibri. Tous les matins, il vient aiguiser son bec pointu sur les falaises rouges plus dures que le plus dur des diamants. Et la légende dit que le jour — ou la nuit — où l'oiseau aura de son bec dérisoire usé la gemme pourpre sans en laisser ne fût-ce qu'un grain de poussière, pas une seconde de l'éternité n'aura achevé de couler dans la mer du Temps... » (p. 41).
     Mais le plaisir de lire, s'il est aussi le fait de l'écoulement des mots, qui satisfait notre sensibilité, s'appuie surtout sur la découverte d'un univers, qui repait notre esprit. Walther a rempli le premier terme du contrat, ce qui ne saurait nous surprendre. Le second est resté dans le flou d'un premier roman qui, regrettons-le, n'a pas été un coup de maître. Nous ne lui en voulons pas pour autant (ou alors... un peu, par déception) et nous continuons à placer en lui toute notre confiance. Il faut simplement espérer qu'un deuxième ouvrage » pleinement réussi, viendra bientôt nous faire oublier qu'il a été précédé d'un essai qui manquait de punch.

Jean-Patrick EBSTEIN
Première parution : 1/1/1973 dans Fiction 229
Mise en ligne le : 1/8/2018

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, Anticipation (1981)


     Il est de ces destinées... Tenez, celle de ce petit livre par exemple, qui fut en 1972 le premier roman tant attendu de Walther mais qui n'avait eu qu'une publication confidentielle chez un petit éditeur. Les critiques ne furent pas tendres : Walther « ne tient pas la route », etc. Cependant la revue Horizons du fantastique entreprit une seconde édition en cinq livraisons dans ses pages, et voici qu'aujourd'hui ce roman entre par la grande porte au Fleuve Noir, sous un dessin de couverture qui risque de rebuter à mon avis pas mal de lecteurs. Et pourtant... la première impression en regardant la couverture, puis plus tard en lisant le roman, est la même : celle d'un patchwork. Patchwork de mots, d'images, séquences de rêves accolées. Une typographie « éclatée », dont l'emploi systématique par moments non seulement n'ajoute rien mais énerve, voisine avec les poncifs les plus éculés de la SF traditionnelle : « Fanfarlo IV », « le secteur 133 X B », etc. Des traits d'humour — d'un humour qui ne se prendrait pas au sérieux — dérivent, tel le prologue intitulé Cantique pour 1999 ou ces Avertissements au lecteur dont l'un se termine par : Au lecteur de faire preuve d'imagination...
     Un roman à monter soi-même, où l'on sentait un bouillonnement qui annonçait l'écrivain totalement maître de son écriture qui nous donna Krysnak ou le complot (Denoël). Mais c'est aussi une entrée en force au sein du Fleuve Noir d'une SF plus difficile, plus mûre.

Jean-Pierre VERNAY
Première parution : 1/11/1981
dans Fiction 323
Mise en ligne le : 5/5/2002




 

Dans la nooSFere : 62672 livres, 58995 photos de couvertures, 57163 quatrièmes.
7958 critiques, 34395 intervenant·e·s, 1334 photographies, 3656 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.