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La Mémoire des pierres

Roland C. WAGNER


Cycle : Poupée aux yeux morts  vol. 1 


Illustration de MANDY

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 1649
Dépôt légal : octobre 1988
192 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-265-03971-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
Vous revenez d'un voyage d'un demi-siècle à une vitesse voisine de celle de la lumière. Pourtant, vous n'êtes plus qu'un vieillard tandis que celle que vous aimez n'a pas pris une ride. Et l'apparition d'un extra-terrestre télépathe tout droit sorti d'un dessin animé ne va certainement pas simplifier les choses, puisque la télépathie n'existe pas...
 
    Critiques    
     Kerl était un naute. Ce qui signifie qu'il pilotait des nefs spatiales à destination infiniment lointaine. Un système de mise en état de vie suspendue permettait normalement au naute de ne faire qu'une infime partie du long voyage en temps réel, évitant ainsi aussi bien la solitude que le vieillissement. Hélas pour Kerl, le système de vie suspendue était tombé en panne durant un voyage vers Dzêta Boutis et la planète Montgomery, et c'est à soixante-dix ans qu'il revient sur Terre, après avoir perdu la plus grande partie de sa vie en temps réel dans la nef spatiale.
     La Terre a bien changée : le très sévère régime Néo-pur a fait place au gouvernement Expansif, et à la triste austérité d'une dictature prude a succédé la folle exubérance et les reconstitutions historiques d'un pouvoir politique qui doit tout réapprendre de la liberté. Mais bien des éléments sont étranges dans cette société nouvellement reconstruite : le principal paradoxe est que Sue, la petite amie que Kerl avait laissé sur Terre lors de son départ, n'a pas du tout vieillie ! Elle est désormais pute dans la rue des Fleurs et, outre son éternelle jeunesse, s'est vue reprogrammée une nouvelle mémoire, excluant Kerl. Comment Sue a-t-elle pu devenir pute alors que celles-ci n'existaient plus lorsque Kerl était partie, en plein régime néo-pur ? Et comment pouvait-elle être encore jeune, alors que l'immortalité était tout à fait impossible, hors du champ de la Rationalité ?
     La Rationalité : une autre chose qui ne marche plus très rond semble-t-il sur la Terre des Expansifs. Alors que les limites des sciences avaient été calculées, prouvées sinon atteintes, voilà que des phénomènes ni plus ni moins qu'impossibles avaient lieu : l'anti-gravité fonctionnait, l'empathie apparaissait, de même que la télépathie. Et bien d'autres choses... Comme cette « mémoire des pierres » que le titre du roman prend pour exemple représentatif. Imaginez que les pierres gardent une sorte d'empreinte des événements dont elles ont été les témoins au cours des âges... Impossible ? Et pourtant, un bateleur ne fait-il pas la preuve du contraire, dans un bar à bière près des Jardins du Luxembourg ?
     Il faudrait encore parler de ces étranges extraterrestres aux allures de « toons » que sont les fouinains. Du naute Vargo remplacé par un clone. Et d'encore bien d'autres éléments, parmi lesquels la défaite des néo-purs et leur présence à divers postes de l'administration... Kerl visite la Terre-carnaval des Expansifs et enquête sur ces différents mystères, qui s'entrelacent et se ramifient.
     La mémoire des pierres est la première partie d'un roman, Poupée aux yeux morts, qui a été découpé en trois volumes pour des raisons de longueur standard des Anticipation. C'est aussi la première partie d'une œuvre de grande qualité, extrêmement dense, riche et inventive. De fait, Poupée aux yeux morts me semble à saluer comme une des plus belles réussites de la SF Française de ces dernières années, ni plus ni moins. Son ampleur aurait d'ailleurs dû lui ouvrir les portes d'autres collections, car ma plus grande crainte est qu'au sein d'Anticipation elle passe un peu trop inaperçue. Sans parler qu'un découpage en rondelles n'est jamais très bon pour une œuvre littéraire. Enfin, il faut néanmoins saluer l'intelligence de la nouvelle direction du Fleuve Noir qui édite ce roman, et je ne peux faire mieux que de vous recommander l'achat de ce volume — et des suivants.

André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/1/1989 dans Fiction 403
Mise en ligne le : 29/1/2003


     Un naute revient d'un long voyage dans l'espace. Normalement, il n'aurait pas dû vieillir. Seulement voilà, l'appareil qui devait préserver son corps du temps est tombé en panne. C'est un vieillard qui repose le pied sur la Terre. Aussitôt, il recherche la femme qui l'aimait et qui lui avait promis de l'attendre. Et il la retrouve. C'est une prostituée. Son corps n'a pas pris une ride mais sa mémoire est faussée ; elle ne le reconnaît pas.
     Sa rencontre avec un fouinain, gnome extraterrestre, précipite sa vie dans le danger. Voilà qu'on le pourchasse pour des raisons qu'il ignore. Mais il commence à deviner que des intrigues politiques mènent le bal et qu'il a inscrit par mégarde son nom sur le carnet de bal des Néopurs. La Rationalité sur laquelle les actuels gouvernants fondent tour domination s'effrite. En fait, elle est un leurre, n'a jamais existé. Notre naute le découvre par le biais du fouinain qui le suit pas à pas. Au bout du roman, il aura réussi à préserver momentanément sa peau et à mettre un nom sur son ennemi.
     Suite dans « Prisons intérieure » a paraître en novembre.
     Roland C. Wagner nous introduit dans un monde décadent, référenciel, c'est à dire qui ne peut se définir que par les bribes culturelles du passé, qui ne crée pas ou peu, qui cherche seulement à ressembler à un autrefois mythique. Il nous offre quelques exemples pathétiques de cette époque qui singe les époques antérieures, telle la ville de Paris transformée en gigantesque musée avec ses figurants permanents et ses employés municipaux qui détroussent les touristes afin de recréer un semblant d'insécurité...
     Son univers est riche d'appels, de rappels, de références, d'interférences, empruntés un peu partout, à des scientifiques, à des musiciens, à des écrivains, à lui-même. La drogue, la bière et la musique de Rock n'Roll en sont les lanternes. Le sexe, aussi.
     C'est bien, personnel. Ça frise parfois la confusion mais sans jamais dérailler. Il n'y a guère que les contrepèteries des salvoïdes (des clones-clowns) auxquelles je n'ai presque jamais rien compris ; Wagner s'est amusé en les façonnant tordues, crève lecteur  ! a-t-il songé...
     A lire.
     La Science-Fiction française populaire s'intellectualise. Je vous rassure tout de suite, ça reste très supportable  !

Éric SANVOISIN
Première parution : 1/3/1989 dans Fiction 406
Mise en ligne le : 13/3/2003


 
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