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Thanatos - Les récifs

Yann (Nguyen) MINH



Illustration de Yann (Nguyen) MINH

FLORENT-MASSOT , coll. Poche révolver science-fiction n° 6002
Dépôt légal : octobre 1997
274 pages, catégorie / prix : 59 FF
ISBN : 2-908382-72-5   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     À l'ombre du gigantesque cargo Thanatos, siège de la multinationale du Faisceau, se déroule entre Tristan, tout juste sorti de l'adolescence, et Dyl la mystérieuse, une curieuse histoire d'amour... Une histoire placée sous le signe de la souffrance partagée, souhaitée, sublimée par la recherche exigeante du plaisir.
     Dans ce jeu dirigé par l'étrange Gillian Retz, Eros et Thanatos mènent la danse qui emmène Tristan et Dyl vers d'autres univers : celui de Cité, hypertechnologique et disctatorial, celui des Récifs, qui semble gouverné par la magie, où dragons et vaisseaux empruntent d'impressionnants couloirs balistiques flottants.

     Yann Minh est né en 1957. Plusieurs fois primé dans des festivals internationaux d'art vidéo, maître en effets spéciaux, réalisateur de télévision, écrivain, peintre, sculpteur et infographiste, il se définit lui-même comme un artiste multimédia. Enfant du cyber espace, il est notamment l'auteur de la première installation vidéo cyber-punk présentée au Centre Georges Pompidou en 1982 : Media000.
     Les Récifs constituent le premier volet de cette saga.

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
     Dans un univers cyberpunk hyper-technologique, Gillian Retz est un milliardaire puissant contrôlant le faisceau. Il utilise ses pouvoirs afin d’entretenir clandestinement un réseau lucratif qui produit des enregistrements mettant en scène des séquences de tortures sexuelles particulièrement horribles. Grâce aux nanotechnologies, il est possible d’enregistrer toutes les sensations de la victime et de les restituer de manière très réaliste. Thanatos raconte l’histoire d’amour entre Tristan, un jeune garçon dont les parents s’opposent aux activités louches du faisceau, et Dyl, qui travaille pour le réseau d’information WTVX et tombe sous la coupe de Gillian Retz.

     Ce qui frappe d’emblée le lecteur dans ce premier roman de Yann Minh, c’est la violence du récit ; Baignant dans une ambiance de sadomasochisme, certaines scènes de tortures sexuelles, particulièrement au début du roman, sont décrites avec un luxe de détails que certains jugeront sans doute complaisant, ainsi que les relations souvent ambiguës entre bourreau et victime. Pourtant la violence fait ici partie intégrante du récit et il serait injuste de limiter l’appréciation du roman à ces excès. Car Thanatos est un vrai roman qui développe un univers complexe assez unique en son genre. Du monde technologique et cyperpunk du début, on évolue peu à peu vers un univers plus proche de la fantasy que de la SF, avec l’accès à des mondes parallèles. Thanatos permet de découvrir un auteur dont la voix est singulièrement originale dans la SF francophone. On ne s’en plaindra pas, bien au contraire.

Frédéric BEURG (lui écrire)
nooSFere


     Tout commence dans un univers cyberpunk fortement teinté de sadomasochisme — si ce n'est de sadisme pur et simple — , où les nanotechnologies sont utilisées comme défonces. À première vue, on orbiterait à proximité des Racines du mal de Maurice G. Dantec, mais à première vue seulement : l'approche de Yann Minh étant notablement différente. Car s'il est ici également question de crimes sadiques atroces, d'une part ils sont fort complaisamment décrits avec force détails, mais surtout Yann Minh introduit la complicité sadomasochiste entre victimes et bourreaux. De plus, ces victimes consentantes sont, pour celles mises en scènes, toutes des femmes. En effet s'il apparaît d'aventure que des hommes subissent le même sort, c'est juste un élément du décor, un ingrédient d'ambiance. On ne s'y attarde guère. Ainsi Tristan, le héros, pourtant lui aussi présenté comme sadomaso, est abattu par balles ; Leslie, policier travesti, est torturé mais abrégé à la mitraillette dans une brève séquence, etc. En fin de compte, l'esprit est certainement plus proche de John Norman que de Dantec qui, lui, esquivait autant que possible ces morbides descriptions de crimes et de sévices dont Thanatos est farci. Le roman s'apparente à une résurgence de la porno SF des seventies accommodée à l'esthétique ultraviolente qui prévaut aujourd'hui.

     Pour la seconde partie, Minh rompt avec la crudité des matraques électriques enfoncées dans des vagins, des snuff-movies en réalité virtuelle nanotechnique, pour s'engager dans ce que l'on appellera une cyber-fantasy. Là, l'excès, qui n'apparaît pas délibéré, finit par tuer le malaise, ou du moins par dissiper quelque peu son intensité maléfique. L'insupportable réalisme est estompé par l'entrée dans l'univers imaginaire. Les outrances où plonge le roman n'ont rien du pastiche cathartique, ce qui n'est pas le cas de l'effet. Conjugué à la Fantasy, introduite par l'idée que matière et énergie sont de nature informelle et mathématique, que le cyberespace ouvre donc l'accès des univers parallèles, l'enjeu du roman se voit soudain déplacé d'une dimension triviale de pouvoir économico-sexuel vers celle de la métaphysique de l'information. Progressivement, le roman glisse du sado-cyber-punk à la science-fantasy. Yann Minh, dans les derniers chapitres, s'offre même un clin d'oeil distanciateur en avançant l'idée que Tristan pourrait évoluer dans un jeu de rôles nanotechnologique. L'irruption de Myrddin (Merlin), comme un cheveu sur la soupe, affaiblit un brin l'originalité du roman. Roman qui, lorsque l'on parvient à taire abstraction de sa très forte connotation SM, rappelle, par ses conflits-gigognes, ses personnages aux identités enchâssées, ses entités cosmiques animées d'une soif de puissance incommensurable qui n'est pondérée par aucun sentiment, l'esthétique cosmique propre à Louis Thirion (auteur de 21 romans au Fleuve Noir « Anticipation » entre 1968 et 1990). Que Yann Minh fasse appel à la magie n'y change pas grand chose. Petit à petit, la suspension de l'incrédulité liée à l'imagerie perverse s'évanouit au fur et à mesure que l'action s'éloigne de la Terre vers les mondes de Cité et Récifs. Pour l'esprit du roman, il faudra plutôt s'orienter vers des auteurs tels que Daniel Walther ou Antoine Volodine ; avec ceci que certaines scènes sont pornographiques.

     Roman dérangeant, pouvant facilement être considéré comme un tas de merde si l'on y voit une apologie du sadisme, ou si l'on pense que la S-F n'est ici qu'un prétexte à l'expression de la perversité, Thanatos est un ouvrage fantasmatique très cru et violent, qui devrait néanmoins convenir à ceux qui ont apprécié le best-seller maison de Virginie Despentes, Baise-moi. D'autre part, même si le thème principal n'innove pas, le traitement de ce roman, aux limites de la S-F et de la Fantasy, a le mérite d'être assez peu commun. Thanatos : les récifs appelle une suite. Wait and see.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/1/1998 dans Bifrost 7
Mise en ligne le : 4/11/2003



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