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Les Carnets de Papy Péji

Pascal J. THOMAS

Yellow Submarine, janvier 1993

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LES CARNETS DE PAPY PÉJI
n° 14 : Pédalons dans le fromage
paru in Yellow Submarine n° 119 (mai 96)

     Comme tout le monde, quand j'ai appris par une pétition électronique sur Internet que le budget de la Maison d'Ailleurs d'Yverdon allait être réduit de 75% à la suite d'un vote du Conseil Communal d'Yverdon, mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai écrit une lettre de soutien, et tutti quanti. Des milliers d'autres personnes ont signé, et nous avons appris que la ville d'Yverdon allait créer une commission pour étudier le problème — cela peut signifier que la voix du peuple a été entendue (car beaucoup des signatures provenaient d'Yverdon même), mais aussi que le problème va être enterré.

     Un ami suisse m'a cependant fait parvenir quelques chiffres troublants, publiés dans la presse de son pays — qui a prêté à l'« affaire » une attention soutenue : les articles que l'on m'a envoyé proviennent du Journal du Nord Vaudois (d'Yverdon), du Nouveau Quotidien (de Lausanne), de L'Express (de Neuchâtel), et du Journal de Genève et Gazette de Lausanne.

     Quels sont les chiffres globaux ? Rappelons qu'un Franc Suisse vaut environ 4,20 FF 1, mais que prix et salaires tendent à être plus élevés en Suisse qu'en France. Alors que les seules dépenses de personnels (charges et salaires, pour trois postes et demi : directeur, bibliothécaire, gardien technique, et demi-secrétaire) se montent à 450 000 FS par an, et chaque exposition temporaire entraîne des frais de « scénographie » de 24 000 FS (sources : Le Nouveau Quotidien, L'Express). La subvention de la commune, d'un montant prévu pour 1996 de 516 000 FS, a été ramenée à 150 000 FS en décembre 95 à la suite d'une initiative des radicaux et libéraux en conseil municipal.

     Corollaire : des licenciements, y compris celui de l'actuel directeur de la Maison, Roger Gaillard, dont le départ est prévu pour juin 1996. Peu de secours à attendre des entrées payantes : elles ont rapporté entre 65 000 et 85 000 FS selon les années, ni du mécénat privé, dont on n'a pas vu poindre l'oreille. Autre argument à l'appui de la position des anti-Ailleurs : en 1988, quand la création du Musée était décidée, on prévoyait des frais d'exploitation de 155 000 FS par an — c'était sans doute sous-estimé pour faire passer le projet.

     Ce qui me préoccupe, moi amateur et occasionnellement érudit de la science-fiction, c'est la préservation et le développement de l'étonnante bibliothèque amassée par Pierre Versins et qui forme l'armature des collections de la Maison d'Ailleurs. J'ai été surpris d'apprendre un chiffre qui n'était pas dans la presse : en 1995, sur ordre de la municipalité, et non du directeur du musée, le montant consacré aux achats aurait été de 3000 FS, entièrement dévorés par les abonnements (ce qui n'est pas étonnant). Le même ami suisse commente qu'« une bibliothèque publique devrait allouer un dixième de ses crédits de fonctionnement aux achats, et pas plus de 75% aux salaires, et plutôt moins ». Ici, les chiffres sont respectivement de 0,5% et 77% — dans l'hypothèse la plus favorable. Notons que la Maison avait demandé au chapitre « achats » 15 000 FS pour 1996, ce qui ne remonte le pourcentage qu'à 2,5% dans cette hypothèse favorable...

     Dans une lettre adressée au Nouveau Quotidien, le vice-président de l'Association Suisse des Musées fait remarquer que dans de très nombreux musées « la masse salariale représente facilement plus de 50% des charges globales » et que les frais de scénographie lui paraissent normaux, vu le travail à faire autour des expositions et la nécessité du « recours aux méthodes modernes de communication ». La réponse n'est pas entièrement satisfaisante au vu des chiffres ci-dessus, et surtout la question que les amateurs de SF peuvent se poser, c'est s'ils veulent d'un musée — avec un investissement important destiné à amuser les visiteurs, à lui faire jouer un rôle de vitrine pour les profanes, investissement qui semble aujourd'hui dépasser les moyens, ou la bonne volonté, de la commune d'Yverdon — ou d'une bibliothèque, destinée aux lecteurs locaux, mais surtout à servir de lieu de référence pour les chercheurs. Dilemme. Car qui voudra financer la deuxième possibilité, pauvre de potentialités touristiques ou médiatiques ? La Maison était donc peut-être condamnée à s'écarteler comme elle l'a fait.

     On peut aussi se demander légitimement si nous voulons défendre l'institution Maison d'Ailleurs, ou son directeur. Sa personne n'est d'ailleurs pas en question ; il faudrait plutôt se demander si le profil de son poste, et le montant (corrélé) de sa rémunération, n'ont pas été imprudemment choisis par la municipalité d'Yverdon, et si la collection que nous connaissons sous le nom de Maison d'Ailleurs ne serait pas mieux servie par des frais de personnel plus modestes, et un recentrage sur ses fonctions de bibliothèque. Pouvons-nous, utilisateurs putatifs et extra-suisses de la Maison, choyés par congrès et conventions, proposer aux Yverdonnois des solutions plus efficaces, moins dispendieuses ? Ce serait présomptueux. Mais je crois que nous nous devions de connaître les chiffres plus en détail.

Notes :

1. Soit 0,64 euro. [note de nooSFere]
2. La droite yverdonnoise est venue en ville jeudi soir avec la ferme intention de casser de l'extraterrestre », a commenté le quotidien 24 heures.

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