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Album
Les Mangeurs de vie
Série : D-Day, le Jour du Désastre    tome HS 

Scénario : David BRIN
Dessins : Scott HAMPTON
Couleurs : Scott HAMPTON
Traduction : Lucas MORENO

Humanoïdes Associés (Les) , juin 2004
 
Cartonné
Format 320 x 210
144  pages  Couleurs
ISBN 2-7316-6352-9
 
Quatrième de couverture
     Tirés de leurs limbes mythologiques par la sorcellerie et les noires émanations de l'holocauste, les dieux nordiques font pencher la balance en faveur des nazis et privent les Alliés de la victoire. Près d'une génération plus tard, la guerre fait encore rage. Le temps de la dernière bataille approche. Une poignée de héros réunit ses forces pour affronter les nazis et les envoyés d'Asgard.
     L'uchronie est une branche de la SF qui s'efforce d'imaginer ce qu'il adviendrait de notre monde si une altération se produisait dans le cours de l'Histoire. La seconde guerre mondiale a déjà inspiré les plus grands, tels Philip K. Dick ou Norman Spinrad. L'écrivain David Brin a suivi leurs traces prestigieuses avec sa nouvelle, nommée pour le prix Hugo, « L'Amérique n'a pas Thor, qu'il a portée aux dimensions d'un scénario pour le dessinateur scott Hampton ( »Batman, Star Trek« entre autres).
     Ensemble, David Brin et Scott Hampton ont composé une fresque à la fois magique et vibrante d'humanité, sur les thèmes du courage, de l'espoir et de la rédemption.
 
Critiques
     Le 6 juin 1944 restera dans les mémoires comme le jour du désastre, celui où les forces alliées ont été définitivement anéanties par les nazis, aidés par les dieux nordiques parmi lesquels Thor et Odin !

     Au sein de cet univers évidemment uchronique, trois récits se succèdent.
     Dans La Nuit des révélations, un sous-marin est largué en 1962 dans la mer Baltique pour une mission suicide. A son bord, une poignée de résistants sont accompagné par le dieu Loki, qui a trahi les siens dix-huit ans plus tôt : il s'est rangé du côté des alliés après avoir sauvé la vie de deux millions de déportés. Au cours de cette longue nuit, le capitaine Chris Turing est autorisé à poser trois questions à Loki. Il apprendra ainsi le sens véritable de l'Holocauste...
     Cette première histoire est l'adaptation de la nouvelle Thor contre Captain America, écrite par David Brin pour une anthologie thématique dirigée par Gregory Benford et disponible en France dans le recueil Les Sphères de cristal édité chez Imaginaires Sans Frontières (la quatrième de couverture de l'album ne mentionne que le titre antérieur, L'Amérique n'a pas Thor). David Brin est un auteur de SF bien connu des amateurs du genre, notamment pour son cycle de l'Elevation ; il est aussi l'auteur du Postman, dont a été tiré un film mineur avec Kevin Costner.

     La deuxième histoire, Les Météorologues, met en scène d'autres divinités — chinoises, hindoues, africaines... — qui s'opposent aux Ases pour dominer le monde. Certaines ont mis le feu aux champs de pétrole de leurs propres territoires, dans un but mystérieux que cherchent à comprendre les humains rebelles cachés dans une station sous-marine. Il apparaît vite que la guerre entre les dieux conduit tout droit à une catastrophe écologique, tandis que les véritables motivations de Loki se dévoilent...

     Enfin, dans Sacrifice, les différents peuples et diverses religions de l'humanité font leur mea culpa et se pardonnent mutuellement leurs longues années de lutte fratricide. Désormais unie, l'humanité entière fonde ses espoirs sur un unique champion qui, vêtu d'une colossale combinaison, fruit de la technologie la plus avancée, peut affronter les dieux eux-mêmes...

     Ce gros album de 144 pages, avec d'abondants pavés de textes, est un ouvrage ambitieux que l'on est tenté d'appeler un « roman graphique ». Les trois parties qui le composent forment trois récits quasiment indépendants, mais qui apportent chacun un éclairage partiel sur ce curieux univers uchronique où Histoire, SF et fantasy se télescopent. C'est une sorte de BD-mosaïque, dont la narration est lacunaire, distillant les informations de manière progressive et non chronologique, mais demeurant simple à suivre et passionnante de bout en bout.
     La BD uchronique est suffisamment rare pour que cela mérite d'être signalé. Il existe certes un contexte uchronique dans les Watchmen — les américains y ont gagné la guerre du Vietnam — et on peut signaler quelques séries plus ou moins intéressantes (S.C.A.L.P., Res Punica...), mais les exemples réussis demeurent peu nombreux — le lecteur intéressé pourra consulter la page BDdu site La Porte des Mondes, entièrement dédié à l'uchronie, ou se reporter à L'Histoire revisitée, de Eric Henriet, véritable bible du genre.
     De même, si la figure du super-héros est présente dans D-Day, elle y est relativement originale. Il demeure l'américain capable de sauver le monde, mais son évolution est inhabituelle. Il n'a pas de réel super-pouvoir — son scepticisme étant sa meilleure défense et sa volonté sa meilleure arme — mais il sera finalement doté d'un armement qui représente le savoir de toute l'humanité enfin réconciliée. L'importance de son rôle s'avère d'ailleurs relatif, car un autre héros sera un individu bien moins impressionnant, dont le courage sera surtout de renoncer volontairement à la puissance absolue. Bref, ce super-héros s'avère plus ambigu et plus distancié qu'habituellement.
     Enfin, l'évocation d'un sens caché à l'horreur de l'Holocauste est une idée audacieuse, qui pourrait choquer. Il faut bien comprendre que Brin ne cherche qu'à faire réfléchir à cette horreur, et non à en amoindrir la portée.

     Côté dessin, les images de Scott Hampton sont souvent fortes. Elles parviennent à concilier le pseudo réalisme d'un reportage de guerre et le fantastique voire l'onirisme. Les images-chocs sont nombreuses, comme ce Thor volant sur un cheval ailé au milieu des hélicoptères, comme ces drapeaux américains ornés d'une croix gammée, comme l'arbre Yggdrasil montant vers le ciel comme un ascenseur spatial et destiné à devenir une nouvelle Arche de Noé...

     Bref, voilà un album puissant, intelligent et brillamment raconté, illustré avec talent. Une œuvre indispensable, aussi bien pour les amateurs de BD que pour les lecteurs de romans d'Imaginaire, qui seront ici agréablement surpris par la densité du texte.

Pascal Patoz          
nooSFere          
20/06/2004          

     1944 : le débarquement tourne au désastre avec l'intervention des dieux nordiques, rangés aux côtés des Nazis. 1962 : malgré leur alliance avec Loki, les Etats-Unis peinent à repousser l'ennemi surpuissant. Dans le reste du monde, les dieux asiatiques sont convoqués pour lutter contre Odin, Thor & co. Mais est-ce par la magie noire qu'il faut lutter contre la nécromancie ? Uchronie classique par la période historique considérée, ce D-Day (scénarisé par David Brin d'après une de ses nouvelles) l'est beaucoup moins par l'incursion de la mythologie scandinave, et aussi par le message démocratique insolite en bande dessinée (ne faites pas confiance aux héros pour régler vos problèmes). A découvrir.
     (note : Oulà ! ! yamaxibon, ça !)


Philippe Heurtel          
Bifrost n°35          
01/07/2004          
Mise en ligne le 01/09/2005          

     David Brin nous revient de manière surprenante, par le biais d'une bande dessinée à la limite du roman graphique. C'est d'ailleurs logique, puisqu'il s'agit de l'adaptation d'une nouvelle de l'auteur, « Thor contre Captain America », parue dans Les Sphères de Cristal (Imaginaires Sans Frontières), le texte originel représentant le premier tiers — très fidèle — de la BD.

     Pour ceux qui ne connaîtraient pas « Thor contre Captain America », voici l'histoire : nous sommes en 1962, et la seconde Guerre Mondiale dure toujours. En effet, les Nazis, alors qu'ils étaient sur le point de perdre la guerre, ont réussi à convoquer les dieux des Sagas Nordiques, Odin et Thor en tête. Le moyen utilisé pour ce faire reste mystérieux, de même que l'origine des dieux : sont-ce vraiment des divinités omnipotentes et omniscientes, ou s'agit-il d'extraterrestres ? Chris Turing, soldat dans l'armée américaine, sait qu'il ne percera sans doute jamais le mystère, même s'il a été recruté dans l'escadron qui accompagne Loki. Le dieu rebelle a en effet défié les siens et changé de camp. Et s'apprête à pénétrer à Gotland, où l'attendent de pied ferme ses anciens « camarades ».

     David Brin le reconnaît bien volontiers dans sa postface, il est d'un indécrottable optimisme. L'issue de l'histoire ne fait donc pas de doute, et reproduit finalement le même message que la nouvelle : il faut toujours garder espoir, mais le chemin sera long. Cette thématique un brin trop idéaliste est assénée sans grande nuance, avec un manichéisme primaire, et la conclusion new age est loin de convaincre vraiment. Mais David Brin a du métier, il sait développer une intrigue, orchestrer des scènes d'action, de telle sorte qu'on a en général du mal à lâcher ses livres une fois ceux-ci commencés. Il en va de même avec cette BD, d'autant plus que le dessin de Scott Hampton — qui a précédemment travaillé sur Batman ou Star Trek — s'harmonise parfaitement avec le propos de Brin, sombre et dynamique durant la majeure partie du livre jusqu'au final plus lumineux. On signalera simplement que le côté « roman graphique » parasite un peu les scènes d'action, à cause de la présence affirmée du texte un peu trop long (mais c'est inévitable, car la nouvelle est assez dense).

     Ce roman graphique uchronique teinté de magie et de mythologie est donc hautement recommandable, certains d'entre vous risquant juste d'être quelque peu irrités par la relative naïveté du propos de David Brin.

Bruno Para          
Galaxies n° 35          
01/12/2004          
Mise en ligne le 12/11/2008          


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