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Dagon et autres nouvelles de terreur

Howard Phillips LOVECRAFT

Titre original : Dagon and Other Macabre Tales, 1965

Traduction de Paule PÉREZ

BELFOND
Dépôt légal : 1998
Recueil de nouvelles, 312 pages
ISBN : 2-7144-3630-7   
Genre : Fantastique


Autres éditions

Sous le titre Dagon et autres récits de terreur   BELFOND, 1969
        sous le titre Dagon et autres nouvelles de terreur, 1987
Sous le titre Dagon
   J'AI LU, 1972, 1973, 1978, 1982, 1984, 1989, 1993, 1997, 2003, 2006, 2007
Sous le titre Dagon et autres nouvelles de terreur
   Le PRÉ AUX CLERCS, 2009

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Re-animator , 1985, Stuart Gordon (d'après le texte : Herbert West, réanimateur)
Aux portes de l'au-delà , 1986, Stuart Gordon (d'après le texte : De l'au-delà)
Réanimator 2, La fiancée de Re-Animator , 1990, Brian Yuzna (d'après le texte : Herbert West, réanimateur)
Dagon , 2001, Stuart Gordon (d'après le texte : Dagon)
Evil Clergymen (The) , 2002, Bill Kelley (d'après le texte : Le Clergyman maudit), (Court métrage)
Pulse Pounders ( segment : The Evil Clergymen ) , 2002, Charles Band (d'après le texte : Le Clergyman maudit), (Segment film à sketches)
Beyond Re-Animator , 2003, Brian Yuzna (d'après le texte : Herbert West, réanimateur)
An Imperfect Solution: A Tale of the Re-Animator , 2003, Christian Matzke (d'après le texte : Herbert West, réanimateur), (Court Métrage)
Angry and Moist: An Undead Chronicle , 2004, James Raynor (d'après le texte : Herbert West, réanimateur), (Court Métrage)
Tomb (The) , 2007, Ulli Lommel (d'après le texte : La Tombe), (Telefilm)
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition BELFOND, Les Portes de la nuit (1987)


     C'est, à la fois, un petit et un grand événement. Que le recueil Dagon soit réédité, ne représente jamais qu'un accès de plus à des récits bien connus par les multiples tirages qu'en avait fait J'ai Lu 1, dans la même traduction de Paule Pérez. Pas une nouvelle de plus, ni de moins, simplement un sommaire aussi chahuté et hasardeux que celui de J'ai Lu : pourquoi donc n'avoir pas, une fois pour toutes, respecté l'ordre chronologique d'écriture des textes ?
     Cependant, le livre prend sa valeur par la reproduction de ce H.P. Lovecraft ou : dire l'indicible, une préface capitale de François Truchaud, laquelle n'était plus disponible 2 depuis la première édition Belfond (1969). Truchaud, maître-d'œuvre du fameux Cahier de l'Herne consacré à Lovecraft, et un des meilleurs connaisseurs de notre homme, excelle à montrer l'intérêt de Dagon, qui, sous des allures hétéroclites, témoigne de la naissance et développement des thèmes majeurs. Du premiers (The Beast in the Cave — 1905) au dernier (The Evil Clergy-man — 1937) des écrits de Lovecraft passent en permanence, de façon plus limpide que dans les œuvres substantielles, des obsessions fondatrices : attrait du passé, quotidien écartelé entre terreur et démence, l'écriture comme mode de survie. A l'heure où des approximations cinématographiques dénaturent le talent de Lovecraft, ce livre donne l'occasion de revenir au texte.


Notes :

1. N°459, avec une illustration due à Druillet, et déjà datée, la reproduction de Roland Cat (« Le Construit et le Défait »), pour cette belle édition Belfond, rend mieux la grandeur lyrique et le sombre désordre du maître de Providence.
2. Si ce n'est dans le Spécial Lovecraft de la Revue Phénix (n° 6 — septembre 1986)

Alain DARTEVELLE
Première parution : 1/6/1987
dans Fiction 387
Mise en ligne le : 28/1/2003


 

Edition BELFOND, Les Portes de la nuit (1970)


     Dans son Introduction à Dagon, François Truchaud tente d'exorciser l'inexorable. « On qualifiera sans doute, » dit-il, « le recueil du vocable » assemblage d'œuvres mineures « par rapport aux œuvres » maîtresses « déjà publiées ». On ne peut en effet éviter de le faire. Les grandes œuvres de Lovecraft tiennent tout entières dans quatre volumes : La couleur tombée du ciel, Dans l'abîme du temps, Par-delà le mur du sommeil et Démons et merveilles, la dernière œuvre étant à peu près inutilisable dans sa version française tant les mutilations et les infidélités de la traduction l'ont abîmée. Seule cette part, mince par la quantité, de l'œuvre, vaut à Lovecraft sa notoriété d'écrivain et l'arrache sans doute définitivement à l'oubli. Il serait désastreux qu'un lecteur aborde Lovecraft par Dagon ou même par Je suis d'ailleurs. Sauf communion particulière avec l'auteur, il risquerait de se surprendre du cas que certains, dont je suis, font de lui.
     Mais celui qui a entrepris l'œuvre par le bon bout trouvera dans Dagon matière à réfléchir et parfois à admirer. Ces nouvelles, ces contes et ces textes sont en quelque sorte écrits dans les marges des œuvres les plus importantes. Soigneusement datés ici, écrits entre 1917 et 1937, ils couvrent à peu près toute la période de fécondité littéraire de Lovecraft. Ils oscillent entre la brutalité la plus sèche et le raffinement qui entraîne à la préciosité, comme si, esquisses, ils encadraient la forme plus assurée et le fonds plus terrible des nouvelles du cycle des dieux. On peut s'aventurer en effet à distinguer trois groupes dans les textes du recueil : des textes de caractère mythologique qui font allusion à des royaumes et des époques lointaines, étrangères à notre histoire, perdues dans le temps et dont les noms chantent ; ainsi La malédiction de Sarnath ou La quête d'Iranon ; des textes dont l'action, se situant de nos jours, donne dans l'horrible ou dans la terreur d'inspiration « gothique », comme Herbert West, réanimateur ou De l'au-delà (ils prennent place tout naturellement dans la cohorte des « contes cruels » publiés sans désemparer par la revue Weird Tales, qu'ils aient ou non été imprimés dans ses pages) ; et enfin des textes où Lovecraft amorce la synthèse qui assure l'originalité du meilleur de son œuvre, le rétablissement de la mythologie dans le quotidien, l'intrusion des anciens dieux dans le domaine de l'homme, qui change le sens de l'humanité, la réduit aux dimensions d'une « plaisanterie ou d'une erreur ». Ce sont ces derniers textes, Dagon, Le temple, Prisonnier des pharaons, par exemple, qui ont notre préférence.
     On relèvera avec intérêt Dans les murailles d'Eryx (1935), une nouvelle d'anticipation de Lovecraft, écrite en collaboration avec Kenneth Sterling, qui relève de la plus pure science-fiction. Il paraît difficile d'exclure qu'elle ait inspiré la célèbre nouvelle de Frank M. Robinson, Le labyrinthe. Comme cette dernière, elle se déroule sur Vénus, met en scène des indigènes reptiliens dont l'intelligence est sous-estimée, et, comme dans cette dernière, un labyrinthe, physique dans la nouvelle de Lovecraft, mental dans celle de Robinson, révèle l'équilibre véritable des forces.
     La confrontation des deux textes donne à réfléchir. Visiblement, Lovecraft est mal à l'aise dans l'anticipation : autant sa description de la colonisation de Vénus est simpliste, maladroite et guindée, autant celle de Robinson est riche et complexe. Les deux textes, pourtant, n'ont guère que dix à quinze ans d'écart. On croirait qu'ils en ont cinquante. Certes, les parts respectives de l'obscur Sterling et de Lovecraft restent à déterminer ; mais elles se perçoivent assez bien. Sterling a sans doute apporté le cadre, l'idée d'écrire une science-fiction dans la mode du temps, Lovecraft la hantise du labyrinthe irrémédiable qui broie l'individu isolé, mais qui sera détruit à son tour par la pesante machine industrielle. Il y a dans ce texte à la fois malhabile et poignant tout le reflet d'une terrible certitude : celle de croire que l'avenir est un labyrinthe fermé à l'auteur et à tous ceux qui lui ressemblent, et dont seule la mort leur livrera l'issue.
     On lira enfin avec émotion certains fragments d'œuvres inachevées ou perdues, comme Le descendant (1926), où Lovecraft exprime presque dans un cri la soif de découvrir « d'autres ouvertures que les lois invariables et étroites de la nature, » de s'ouvrir « enfin les portes des civilisations oubliées et futures et l'accès à des dimensions perdues, qui le relierait eux étoiles, A l'infini, à l'éternité... »
     Dans ce texte apparaît ce qui nous semble la préoccupation centrale de Lovecraft : trouver quelque chose qui, dans la débâcle de la surnature précipitée par la science et la société industrielle, conserve quelque valeur éternelle à un homme menacé par la découverte progressive de son irréalité. Quelque chose qui le relie à une totalité, à l'ensemble de l'univers, et lui révèle sa place, fût-elle celle d'un spectateur, à la lumière froide de la raison, en dehors de tout mysticisme. En ce sens, Lovecraft est bien pascalien, comme le notait Robert Kanters, mais sa révélation à lui, peut-être banale aujourd'hui, fut que Dieu était mort, ou plutôt qu'il n'avait jamais existé face au chaos que comme une illusion.
     De ce point de vue, la littérature fantastique classique correspond, idéologiquement, à l'agonie d'une idée de Dieu ; la science-fiction, pour l'essentiel, se situe au-delà de la décomposition de cette idée, voire de son oubli. Lovecraft, dans les textes épars de Dagon, parce qu'ils effleurent plus que ses œuvres maîtresses ces genres différents et presque ennemis, s'affirme plus que dans celles-là un habitant du no man's land subdésertique qu'il dessine entre le fantastique et la science-fiction.

Gérard KLEIN
Première parution : 1/4/1970
dans Fiction 196
Mise en ligne le : 16/12/2002




 
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