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Hank Shapiro au pays de la récup'

Terry BISSON

Titre original : The Pickup Artist, 2001
Science Fiction  - Traduction de Gilles GOULLET
Illustration de Benjamin CARRÉ
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (42), dépôt légal : avril 2003
288 pages, catégorie / prix : 18 €, ISBN : 2-207-25303-1

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Depuis la mort de sa mère, Hank Shapiro vit seul dans la maison qu'elle lui a léguée. Fonctionnaire gouvernemental, son travail consiste à confisquer à fin de destruction les livres, disques, films et autres œuvres d'art décrétées périmées. Car il faut bien faire de la place aux nouveaux artistes. Mais il y a quelque chose de pourri au pays de la récup' et la vie de l'irréprochable fonctionnaire Shapiro va basculer le jour où il désirera plus que tout écouter un vinyle de country music qu'il vient de confisquer. Une envie qui l'entraînera à la rencontre de personnages bizarres tels qu'un Indien et quelques-uns de ses... clones et une documentaliste morose enceinte depuis une dizaine d'années. Devenu fugitif à la suite d'une improbable fusillade, Hank sera forcé de se lancer, s'il veut récupérer sa vie d'avant, sur la route qui sépare New York de Las Vegas. Hank Shapiro au pays de la récup' est le Fahrenheit 451 du XXIe siècle, drôle, rythmé, déglingué... Le portrait halluciné d'une Amérique future où les œuvres d'art sont condamnées à mort.

     Terry Bisson a obtenu de nombreux prix pour ses romans et nouvelles. Hank Shapiro au pays de la récup' est son premier ouvrage aux éditions Denoël.

 
    Critiques    
     Lisez, éliminez !

     Les dirigeants de nos bibliothèques y ont déjà réfléchi : comment faire de la place dans les rayons encombrés ? Quels livres sont-ils dignes d'être préservés, lesquels éliminés ?

     C'est dire si Terry Bisson met bien le doigt là où ça fait mal. Le héros de son dernier livre paru en français, le fonctionnaire Hank Shapiro, se rend à domicile chez les gens pour leur acheter disques, livres et tableaux obsolètes. Car le gouvernement a institutionnalisé la destruction d'oeuvres décrétées périmées. Il faut bien laisser place aux jeunes créateurs et détruire toutes ces vieilleries ! On supprime donc toute trace des oeuvres désuètes et de leur créateur, y compris dans les ordinateurs.

     Hank Shapiro tente hélas d'écouter un jour un vieux disque de musique country... et bascule ainsi dans la délinquance.

     Même si on le préfère dans les récits courts, Terry Bisson est passé maître dans l'art de la satire, de l'humour noir, de la critique sociale corrosive. Ce récit de SF conte la fuite du renégat Shapiro, en compagnie d'une documentaliste incontinente enceinte depuis huit ans (une pilule par jour de HalfLife™ suffit pour réaliser ce prodige), d'un chien mourant, d'un cadavre encombrant qui ne cesse de se plaindre de son sort (shooté au LastRites™, il parle) et d'un cafard électronique. Humour loufoque, comique de répétition, inventivité (ah ! ce pull sensible à l'humeur) et ambiance surréaliste garantis.

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 30/4/2003
24 heures
Mise en ligne le : 5/5/2003


     À première vue, l'idée centrale de Hank Shapiro au pays de la récup' rappelle énormément le Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. La société future que Terry Bisson décrit organise la destruction systématique des œuvres de divers artistes, écrivains, peintres ou musiciens. Chaque année, le gouvernement édite une liste de nouveaux noms dont les créations devront être supprimées et envoie ses fonctionnaires faire le ménage chez les particuliers.
     Mais tandis que les pompiers pyromanes de Bradbury pratiquaient une censure pure et simple, les récupérateurs de Bisson ont pour mission de permettre aux jeunes artistes de pouvoir créer sans être écrasé par le poids du passé. Une manière de faire du neuf en se débarrassant du vieux.

     Tel est le point de départ de ce roman. Mais le propos de Bisson n'est pas ici de décrire une telle société, de s'intéresser à son évolution culturelle. Il choisit plutôt de se pencher sur le destin d'un fonctionnaire du Bureau des Arts & Divertissements : Hank Shapiro. Un personnage terne, employé modèle, vivant seul dans la maison de ses parents, avec pour unique compagnie sa vieille chienne Homer. Un être sans histoires, dont la vie va basculer le jour où il récupèrera un 33 tours d'Hank Williams. Ce n'est pas sa musique qui va le bouleverser — il n'a même pas de tourne-disques — mais la photographie du musicien sur la couverture, qui lui rappelle son père. Et au mépris de son devoir, au risque de mettre sa carrière en péril, Shapiro va décider de conserver ce disque plutôt que de le détruire.
     Quelques malheureuses rencontres et quelques morts accidentelles plus tard, va débuter pour lui un voyage improbable à travers les Etats-Unis, en compagnie de son chien mourant, d'une documentaliste baptisée Henry enceinte depuis bientôt dix ans et du cadavre d'un indien dont les clones apparaîtront tout au long de ce périple.

     Il y a un côté absurde — et parfois drôle — dans cette fuite en avant de Shapiro et de ses compagnons d'infortune. Le petit fonctionnaire y apparaît pathétique, s'accrochant à l'espoir de retrouver sa vie d'avant alors qu'il a depuis longtemps franchi le point de non-retour, s'entichant d'une femme qui semble à peine consciente de son existence et prêt à tous les sacrifices pour sauver sa chienne d'une mort qui paraît pourtant inexorable. Malgré tout, ou plutôt grâce à tout cela, Shapiro est un personnage particulièrement émouvant, humain, touchant par sa sincérité. Et au final, à travers ce personnage, Terry Bisson interroge le lecteur sur son rapport à la culture, sur la manière dont certains livres ou disques occupent une place primordiale dans notre existence. A lire absolument.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/7/2003
dans Bifrost 31
Mise en ligne le : 1/8/2004


     La quatrième de couverture parle de « Fahrenheit 451 du XXIe siècle ». De fait, on y détruit des livres. Et aussi des disques, des tableaux, des films, etc. : nous sommes au temps du multimédia. Mais cela se fait sans dictature : à la demande générale ou presque. Pour faire de la place aux nouveaux créateurs. N'empêche que...

     Vingt-deux chapitres pairs, en italiques, font l'historique de la situation. Entre attentats, procès, application des lois spéciales sur les célébrités, complot, rôle d'un « M. Bill », milliardaire supposé décontracté qui vous rappellera peut-être quelqu'un, etc. Avant trois chapitres finaux où, bien entendu, tout se rejoint, alternent vingt-deux chapitres impairs, plus longs, où l'on suit le narrateur, dont le gagne-pain est de confisquer les œuvres effacées. Quitte à offrir une prime sonnante et trébuchante aux propriétaires. Quitte aussi, pour qu'il y ait une histoire, à trébucher, à péter les plombs, à s'enfuir après maints coups de feu pas toujours perdus pour tout le monde, ceci histoire de transformer le récit en road novel. Ou en roman picaresque. Avec, en vrac, voitures électriques, chien malade, vétérinaires cupides, journaux électroniques, bibliothécaire dont la couleur du pull reflète l'humeur, patch soignant les blessures, montagne de déchets où fouillent des drogués heureux, médicament à faire parler les morts, espion robot miniature obstiné ou amoureux, clones contrebandiers, marchés aux puces aux limites d'États, casinos où les leviers de machines à sous actionnent des dynamos et dont les jetons peuvent servir de monnaie, cadavre roulé dans un tapis, commentaires du chien, indications d'un petit homme né après une dizaine d'années de gestation, Las Vegas comme but puis comme décor, Alexandrins de l'incendie ou de la bibliothèque, etc. Plus des remarques sur des États-Unis métis ou la peine de mort.

     On le voit, ce ne sont pas les idées qui manquent. De quoi d'ailleurs provoquer d'autres déraillements que ceux du héros éponyme, et mêler à l'anticipation et au road novel une dose d'onirisme. D'aucuns parleront de réalisme magique. Ou de presque autant de n'importe-quoi et d'aussi peu de cohérence que dans la réalité. On excusera l'auteur si cela part parfois à vau-l'eau, si cela manque parfois peut-être un peu de force, bref si c'est un roman où un immense nouvelliste (voir la parution récente de Meucs chez ISF) a mélangé idées en vrac et obsessions (il me semble avoir déjà vu, et voyage avec un cadavre, et morts qui parlent, au Bélial'). On l'excusera et au-delà, parce que le talent fait passer les approximations. Et surtout parce qu'on marche, entre suspense, surprises et humour. Bref parce que c'est Bisson.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/9/2003
dans Galaxies 30
Mise en ligne le : 26/11/2008


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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