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La Force hideuse

Charles L. GRANT

Titre original : The Pet, 1986

Traduction de Jean-Pierre PUGI
Illustration de Matthieu BLANCHIN

J'AI LU (Paris, France), coll. Épouvante n° 2290
Dépôt légal : novembre 1987
384 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-277-22290-9   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    

Soudain jaillit de la nuit une créature aux yeux verts luisants de haine


     Dans la petite ville d'Ashford, la terreur règne. Dès la nuit tombée, les gens se cloîtrent chez eux, plus personne n'ose s'attarder dans les rues désertes. On commente à voix basse les crimes abominables d'un inconnu qui rôde dans la ville, déchiquette à mains nues les adolescents rencontrés sur son chemin et hurle à la lune comme un loup, une fois accomplis ses exploits macabres.
     Personne ne sait à quoi ressemble l'assassin. On l'appelle le Hurleur. Un jour enfin on arrête un vieux clochard sadique : c'est le Hurleur.
     La petite ville respire... mais très vite on découvre un nouveau corps d'adolescent atrocement mutilé.
     Qui est ce nouvel assassin, encore plus sanguinaire que l'autre ?
 
    Critiques    
     (Critique de deux livres de Charles L. GRANT : « Les Proies de l'ombre » paru chez NéO et « La force Hideuse » paru chez J'ai Lu, Col Epouvante)

     « Mes livres ne se lisent pas vite », dit Charles L. Grant. Et il ajoute : « Ils sont faits pour être lus durant l'hiver, devant une cheminée. » Ces propos, restitués par Jean-Daniel Brèque dans son introduction au recueil de onze nouvelles qu'il a compilées pour NéO, explicitent bien la méthode de l'auteur — et, plus même qu'une méthode, son mode profond d'expression. Comment démarrent la plupart de ses textes courts ? « Une pluie douce et dure dans une saison déplacée : la grisaille morte de l'hiver bien avant les premières gelées... » (Ne me quitte pas). Par ce genre de notation d'une « atmosphère » qui va au-delà de la simple description climatique ou géographique, mais qui contient déjà l'ombre des inquiétudes à venir : une saison « déplacée »... Et comment démarre son long roman (The Pet, qui est son plus récent, et qui a été un best-seller outre-atlantique) ? « Une nuit fraîche et limpide de fin Septembre... une lune piquetée d'ombres grises... » Par la même chose : une approche douce des choses, une lente mise en condition.
     L'essentiel du talent de Grant est là, dans ce velouté qui parait anodin, mais qui ouvre sur des gouffres à peine perceptibles : autre caractéristique, qui place Grant bien loin de tous ses confrères attachés à la terreur et au sang, quand ce n'est pas au gore. Pas de sang, peu de violence chez Grant, juste l'émergence d'un « ailleurs » tranquille qui ne prend du relief que parce qu'il s'insère dans ces petites villes américaines où il semble ne jamais rien se passer (c'est son point commun avec King). Un petit jardin d'enfants est le lieu de bien étranges assassinats (Quand tous les enfants m'appelèrent), d'autres enfants disparaissent près de la maison d'un paisible retraité, chez qui on entend parfois hurler des chiens (Chez nous — ce sont les deux meilleurs textes d'un recueil qui comporte aussi des récits plus allusifs, et plus proche du poème en prose cher à Clark Ashton Smith) : voilà qui est typique de l'auteur, dont les accents sont parfois indéniablement bradburyen, les ambiances aussi — des « pays d'Octobre. »
     Les enfants sont aussi les personnages principaux de La force hideuse, des adolescents plutôt, à l'âge de la terminale, et en proie aux problèmes habituels de rivalités entre eux et pour des filles, et aux ennuis avec les parents qui s'engueulent et se trompent. On pourrait croire évidemment à une banalisation, à une insertion de Grant dans le moule des récits à teenagers (The Pet a été effectivement acheté par le cinéma), si on ne connaissait pas ses nouvelles, si lui-même ne précisait pas que«  »...Ce qui m'effraie... ce sont les relations entre les êtres humains, qui tournent mal, ou qui ne démarrent jamais vraiment« . Des relations faussées, donc, qui sont à la base de la montée du surnaturel : ici, le jeune Donald (mal aimé de ses camarades, qui l'appellent »le Canard« , et mal dans sa peau face à ses parents qui se déchirent), suscitent un noir et maléfique cheval, échappé d'un poster qu'il a dans sa chambre, et qui réalise ses souhaits un peu trop bien.
     Ce roman épais ne vaut tout de même pas les meilleures de ses nouvelles  : à force de vouloir rester dans le quotidien, on a parfois l'impression que Grant s'édulcore, et dans la deuxième moitié du livre, le lecteur a du mal à croire véritablement à l'existence de l'étalon vengeur — peut-être tout simplement parce que l'animal est mal choisi, parce qu'un cheval est plutôt, dans l'imaginaire, une bête amicale et rassurante. N'empêche qu'avec ces deux parutions, Grant atteint une belle hauteur au firmament du fantastique moderne, juste en dessous du maître King, aux côtés de Clive Barker. Reste à réparer une injustice  : dans son introduction au recueil NéO, Jean-Daniel Bréque, fin connaisseur pourtant (et excellent traducteur), feint de se scandaliser que Grant soit « relativement inconnu du public francophone qui n'a pu lire de lui que quelques nouvelles dispersées au fil des revues et des anthologies. » Quelques nouvelles, vraiment ? Et dans quelles revues ? Brèque aurait pu avoir honnêteté de citer Fiction, qui le publia dès 1978, il y a donc dix ans (à un moment de son histoire où notre revue était dirigée par Daniel Riche, rendons-lui cet honneur !), et qui a à son actif quatorze nouvelles de Grant. Voilà une injustice (ou un oubli ') réparée.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/4/1988 dans Fiction 396
Mise en ligne le : 2/2/2003


 

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