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Chrysalide

Robert REED

Titre original : Chrysalide

Traduction de Laurence LE MAIRE
Illustration de Philippe CAZA

IMAGINAIRES SANS FRONTIÈRES , coll. Visions Futures n° (3)
Dépôt légal : février 2002
288 pages, catégorie / prix : 16 €
ISBN : 2-84727-005-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Pour qui fait naufrage dans l'espace, mieux vaut avoir un canot de sauvetage parfaitement adapté... Et pourquoi pas un canot qui ne se contenterait pas de faire de vous un simple survivant ?
     Fini la suprématie du dopage ! Grâce au génie génétique, se profilent les sportifs de l'avenir, littéralement surhumains. Du terrain de foot considéré comme une arène darwinienne...
     L'astronef est leur monde, immense, gigantesque. Mais que trouve-t-on dans l'espace, hors de cette arche stellaire, cette chrysalide abritant les derniers survivants de tout un peuple ? Qui les guette ? Le néant ? Ou pire encore ?

     Robert Reed s'immerge dans les grands thèmes du genre. À sa façon. Profondément humaniste.

     Né en 1956, Robert Reed s'est imposé en une dizaine d'années comme l'un des écrivains les plus originaux de la science-fiction américaine. Auteur de plusieurs romans, dont La Voie terrestre (Robert Laffont), couronné par le Grand Prix de l'Imaginaire en 1995, plébiscité par les lecteurs des grandes revues anglo-saxonnes, Reed est un nouvelliste aussi brillant que prolifique. Ce livre est son premier recueil publié en France.

    Sommaire    
1 - Gérard KLEIN, Préface, pages 11 à 20, Préface (lire ce texte en ligne)
2 - Les Cercueils (Coffins), pages 21 à 36, trad. Laurence LE MAIRE
3 - Hybride, pages 37 à 60, trad. Laurence LE MAIRE
4 - La Création du monde, pages 61 à 89, trad. Laurence LE MAIRE
5 - Le Match du siècle, pages 91 à 133, trad. Laurence LE MAIRE
6 - Le Nouveau système, pages 135 à 157, trad. Laurence LE MAIRE
7 - Fouette-queue, pages 159 à 184, trad. Laurence LE MAIRE
8 - La Forme de toute chose, pages 185 à 200, trad. Laurence LE MAIRE
9 - Les Deux Sam, pages 201 à 214, trad. Laurence LE MAIRE
10 - Chrysalide, pages 215 à 276, trad. Laurence LE MAIRE
 
    Critiques    
     Selon Gérard Klein, qui signe la préface de ce premier recueil de Robert Reed à paraître en France, l'œuvre de cet auteur possède trois propriétés originales : « un lien discret, presque mystique, fait se rejoindre la quotidienneté en apparence la plus banale et l'ordre du cosmos », en des « univers pleins, peuplés et même surpeuplés », caractérisés par le fait que « rien ou presque n'y est tel que cela semble »... A cette négation d'un espace vide « ouvert à une colonisation sans péché », à cette « apologie du mensonge » s'ajoute l'« abandon des tropes positivistes de la technologie », qui font de Reed un auteur plus estimé en Europe qu'en Amérique.

     Le présent recueil est un excellent moyen d'illustrer ce propos. Les cercueils est ainsi l'exemple le plus direct du lien entre le quotidien et l'univers : un homme seul, bêtement inquiet des risques de certains moyens de transport, sera à l'origine d'un véritable monde grouillant de vie...
     Ecrit à la manière d'un guide animalier, Hybride esquisse une Histoire parallèle où des hommes-loups ont vécu de tout temps. Malgré l'humour de la forme, le malaise gagne le lecteur devant les troublantes relations qu'entretiennent les hommes avec ces chimères, ...
     Résumons en quelques mots les autres nouvelles : La création du monde est un récit en partie autobiographique où des étudiants s'efforcent de concevoir un monde extraterrestre ; Le match du siècle montre avec une violence contenue le sort d'enfants-chimères ; dans Le nouveau système, un mode de vie différent est proposé du jour au lendemain ; Fouette-queue décrit l'émergence d'une vie sexuée dans un monde où elle est inconnue ; La forme de toute chose réunit les souvenirs d'un premier amour de vacances et une réflexion sur l'origine des galaxies ; Les deux Sam expose la double vie d'un homme, Dieu dans un monde, simple père de famille dans l'autre ; enfin, Chrysalide, la plus longue nouvelle du recueil, met les communautés d'un immense vaisseau-arche face à une découverte inattendue.

     On le voit, aucune de ces nouvelles n'est vraiment conventionnelle, et l'écriture ne l'est pas davantage : de manière apparemment simple et directe, Reed s'attache à décrire des univers qui nous paraissent d'abord familiers, mais bien vite le doute gagne, un climat d'étrangeté s'installe, une sensation de malaise s'empare du lecteur... Par leurs implications, ces récits s'avèrent insidieusement dérangeants, d'autant plus que, privés de chutes, ils offrent des fins ouvertes qui laissent au lecteur tout loisir d'imaginer leurs étonnants développements.
     Chrysalide ne contient cependant aucun texte véritablement choc — à l'inverse par exemple de l'anthologie Faux rêveur récemment publiée chez Bragelonne. Mais chacune des nouvelles de ce recueil s'avère inoubliable car Reed revisite chaque thème de manière très personnelle et très subtile, créant ainsi un climat troublant qui laisse son empreinte en profondeur...

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 4/6/2002 nooSFere


     Avec « Les Cercueils », ce recueil commence par un écueil... Autant pour l'assonance. Si ce texte n'est pas le plus mauvais du livre, il s'en faut de peu. Histoire paroxystique de naufrage dans l'espace vaguement drôle où le scaphandre est si parfait que l'ordinateur, une fois le passager mort, le reconstitue à partir des bactéries issues de la décomposition du cadavre.

     « Hybride », le second texte, est plus ambitieux. Dans un monde quelque peu différent du nôtre existent des hybrides d'homme et de loup dont on peut disposer comme animal domestique moyennant une sécurité renforcée car ils sont dangereux. Robert Reed traite ce sujet lycanthropique dans sa dimension éthique. On peut y lire une métaphore à travers laquelle il propose que les gens traitent aussi bien les autres humains que leurs animaux familiers.

     « La Création du monde » est intéressant car fonctionnant à deux niveaux. Deux groupes d'élèves sont amenés à créer des modèles de monde. L'un violent et barbare, l'autre pacifiste et hautain. Et les deux mondes se rencontrent. Les barbares sont annihilés. Le professeur qui dirigeait ce cours en vient à se demander quel groupe est le plus impitoyable. Si Spinrad et Ayerdhal avaient écrit de meilleurs textes sur la résistance passive, Reed pousse la réflexion un cran plus loin.

     Le sport étant ce qu'il est, il allait bien falloir disputer « Le Match du siècle ». Et avant ça, le préparer. C'est à dire engendrer des joueurs de football (américain) génétiquement modifiés à dessein. Pas cloner les meilleurs joueurs du passé, non, créer des espèces de gorilles assez intelligents pour piger les règles et les tactiques... mais aussi pour tromper ceux qui ont fait d'eux à la fois des monstres de foire et des objets. Un texte sympathique.

     Dystopie dickienne, « Le Nouveau Système » est l'un des meilleurs récits de ce recueil. Les personnages s'y voient annoncer qu'ils font dorénavant partie du Nouveau Système. Un petit effort et tout sera pour le mieux au meilleur des mondes. Quelle bonne fée s'est penchée sur notre pauvre humanité ? Qu'importe ! Le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions et le meilleur des mondes dévale des cascades d'effets pervers jusqu'au chaos. Que faire sinon en remettre un bonne couche ?

     Les « Fouette-queues » sont des lézards américains exclusivement femelles. Reed suppose une planète plus douce que la Terre où les espèces sont uniquement femelles et où une civilisation a vu le jour et finit par découvrir dans les pires niches écologiques de rares espèces bisexuées. Comme cette civilisation maîtrise la génétique, elle crée son premier mâle et se voit confronté à l'altérité et à l'unicité. Un intéressant renversement de situation.

     « La Forme de toute chose » est l'un des points faibles de ce recueil. Un vieil astronome embarqué sur un vaisseau stellaire fait partager à une jeune femme ses souvenirs de colonies de vacances...

     « Les Deux Sam » se partagent un même être entre la vie quotidienne en Amérique du nord et une vie de démiurge dans une Amérique centrale précolombienne inspirée du jeu Civilisation. Et il a bien du mal à choisir entre ces deux réalités. Une réflexion sur la place que peuvent occuper des univers ludiques investis de fantasmes dans l'esprit de certains. Une inversion de l'univers de « Poupée Pat » (Dick) où la réalité n'est pas sujette à caution mais où il y a un risque de barrer dans les décors.

     Le « background » de « Chrysalide » n'est pas sans faire penser à « la Culture » de Iain M. Banks. L'équipage d'un vaisseau parcours la galaxie en se croyant les derniers humains de la création, les seuls ayant échappés à des guerres apocalyptiques. Une équipe d'exploration découvrent qu'il n'en est rien et entre en conflit avec les I. A. qui les ont maintenu dans l'ignorance de la survie et de l'expansion humaine.

     Dans son ensemble et malgré quelques faiblesses, ce premier recueil en français de Robert Reed laisse une impression favorable. Bien qu'aucun texte n'ait la force de « Décence », la plupart mérite lecture. Les plus faibles n'ont rien de rédhibitoires et il serait vraiment dommage de passer à côté des meilleurs : « Hybride », « Fouette-queue » et « Le Nouveau Système ». Une lecture agréable et intéressante à consommer sans modération.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/7/2002 dans Bifrost 27
Mise en ligne le : 11/9/2003


     Robert Reed est un écrivain original, bien connu des lecteurs de Galaxies, qui lui a souvent ouvert ses pages, et consacré un dossier (n°13) après seulement cinq romans parus. Les éditions Imaginaires Sans Frontières ne pouvaient manquer de publier un premier recueil de nouvelles de cet auteur prolifique et atypique.
     Comme Gérard Klein le rappelle dans sa préface, l'éclectisme est — si on peut dire — une constante chez Robert Reed. Voyages spatiaux, manipulations génétiques, systèmes politiques et sociétés futures, aucun thème ne le rebute ; il a en outre l'art de les revisiter à sa manière très personnelle, avec un humanisme que ne dépare pas un brin d'ironie distanciée, et en tirant le récit dans une direction inattendue.
     Les Cercueils est une mise en bouche qui augure d'un angoissant suspense quand le voyageur malchanceux comprend qu'il est perdu dans les immensités galactiques à l'intérieur d'un module de survie effrayant d'efficience, capable de le soigner et de le distraire durant des siècles. Le récit s'achève pourtant sur l'émergence d'une nouvelle forme d'intelligence partant à la conquête des étoiles.
     Hybride commence également comme un récit spectaculaire : on s'attend à ce que l'inconscient fortuné piégé par le loup-garou qu'il a acheté affronte la dangereuse créature dans un duel sans merci, mais c'est pourtant le thème de la solitude que Reed choisit de traiter. La Création du monde est proche de la littérature générale, mais seul un auteur de science-fiction pouvait rendre aussi fascinante l'expérience menée par un universitaire qui demande à ses élèves, séparés en deux groupes, d'imaginer avec le maximum de réalisme une vie étrangère sur une planète exotique. Bien sûr, rendre plausible la possibilité d'une vie extraterrestre est vite oublié au profit d'une réflexion sur la tolérance. Un texte impressionnant, d'une maîtrise et d'une force rares.
     Reed apparaît toujours là où on ne l'attend pas parce qu'une fois qu'il tient son idée, il s'efforce de raconter une histoire qui la prend pour cadre plutôt que pour sujet. S'il réussit à esquiver l'approche frontale d'un thème, c'est peut-être en raison des codes spécifiques à la SF, qui lui permettent de mieux focaliser l'attention du lecteur sur un leurre : ainsi en va-t-il du Match du siècle qui prend pour prétexte les matchs de football américains disputés par des joueurs génétiquement modifiés, pour aborder des thèmes plus humanistes.
     C'est le choix d'un thème qui détourne l'attention du réel propos de Robert Reed, à savoir l'être humain. Les souvenirs d'un illustre astronome montrent qu'il a vu plus d'étoiles dans les yeux d'une fille que dans le ciel (La Forme de toute chose). Pourtant, les accros de jeux vidéo continuent à vivre dans deux mondes, préférant à leur famille de virtuelles créatures. Reed s'est-il rendu compte qu'on peut aussi voir dans Les Deux Sam une métaphore de l'écrivain ?
     Le recueil s'achève comme il a commencé, dans l'espace, avec Chrysalide, une longue et belle nouvelle où un vaisseau-monde habité par les multiples races rencontrées en chemin explore l'infini. Ici aussi, Reed aborde par la frange un thème inattendu. Mais peut importe l'endroit où il nous mène : en sa compagnie, on ne peut qu'être ravi d'effectuer de tels voyages...

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/2002 dans Galaxies 25
Mise en ligne le : 1/2/2004


 

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