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Chroniques des Terres Mortes

Claire BELMAS & Robert BELMAS


Cycle : Les Terres Mortes vol. 1 


Illustration de François BERTRAND

IMAGINAIRES SANS FRONTIÈRES (Nancy, France), coll. Visions Futures n° (2)
Dépôt légal : octobre 2001, Achevé d'imprimer : octobre 2001
Recueil de nouvelles, 384 pages, catégorie / prix : 17 €
ISBN : 2-84727-002-7
Format : 13,0 x 20,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Réfugiés dans leurs hypercités, les hommes ont délaissé une nature livrée à elle-même, mais aussi à des individus et à des groupes parfois dangereux : sectes, scientifiques peu scrupuleux, démiurges en mal de conquête...
     Jordan Kernel est un Régulateur. Sa mission ? Veiller à la préservation des « Terres Mortes ». Il va y consacrer sa vie entière, et son chemin croisera celui de fanatiques et de tortionnaires, de visionnaires et de prophètes.
     Vers quelle étoile doit se tourner l'humanité pour entrevoir son avenir ? Doit-elle se laisser irriguer par le flot des données électroniques ou par la sève des arbres qui redeviennent les maîtres du paysage ?
     Ou bien le salut est-il dans l'animal ?
 
     Un recueil de nouvelles qui finit par constituer un roman en pointillés : l'un de nos devenirs possibles à l'heure de la mondialisation
 
     Claire et Robert Belmas, elle agrégée de Lettres, lui docteur en physique atomique, arpentent les chemins de grande randonnée en même temps que les sentes de la science-fiction.
     C'est en parcourant des campagnes désertifiées qu'ils ont conçu le cycle des « Terres Mortes ».
     Au sommaire de toutes les anthologies qui comptent, traduits en Italie dans Carmilla, la revue de Valerio Evangelisti, les Belmas symbolisent le renouveau de l'imaginaire français.

    Sommaire    
1 - Nathalie SERVAL, Préface, pages 11 à 13, Préface
2 - Griselda, pages 15 à 29
3 - Au Bois des Épivants, pages 31 à 53
4 - Hordes, pages 55 à 97
5 - Un Bébé pour la vie, pages 99 à 111
6 - In memoriam, pages 113 à 165
7 - Forêt pâle, pages 167 à 191
8 - Grande randonnée, pages 193 à 271
9 - Les Clans du Delta, pages 273 à 311
10 - Le Crépuscule des loups, pages 313 à 372
11 - Postface, pages 375 à 380, Postface
 
    Critiques    
     Chroniques des Terres Mortes est un titre qui peut évoquer de prime abord un contenu lent, triste et déprimant, surtout lorsqu'une couverture au style curieusement désuet y ajoute la vision d'un monde aride et en apparence agonisant. Mais attention  ! Ne laissez pas cette impression erronée vous détourner de cet excellent recueil  : c'est à coup sûr l'un des meilleurs ouvrages francophones de ces dernières années.

     Le décor des « Terres Mortes » est bien le principal point commun de ces neuf nouvelles situées dans un futur proche, dans un XXIème siècle caractérisé par un clivage absolu entre des régions rurales vidées de leurs populations et des zones urbaines devenues d'immenses « Hypercités ». La séparation entre ces deux mondes antagonistes est brutale, sans territoire frontière où ils pourraient coexister  ; on peut basculer de l'un à l'autre en tombant d'une autoroute, tout comme le protagoniste ballardien de L'île de béton chute dans un endroit en marge de toute civilisation.
     Mais les Terres Mortes ne le sont que de nom  ! Loin de ressembler au paysage de la couverture, ce sont de denses forêts où grouille une vie sauvage et où sommeillent d'antiques forces inhumaines. Ces étendues – où la végétation a repris ses droits en dépit des efforts de quelques résistants – servent de refuges à des marginaux, des extrémistes, des savants fous ou des chimères mi-animales mi-humaines... Sans oublier que des touristes s'y promènent. Autant dire que la section des Régulateurs, censée maintenir un peu d'ordre dans ce chaos, a du pain sur la planche  ! Et que les aventures qui s'y déroulent sont tout sauf monotones  !
     Soulignons également que l'opposition de ces contrées végétales et bétonnées n'est pas de type manichéen, car aucun des deux aspects n'est idyllique  : l'idéal serait sans doute à trouver dans une fusion réussie, dans un monde « rurbanisé » à la fois domestiqué et respecté.

     Dans ce contexte « d'anticipation », le lecteur pourra s'étonner de lire d'abord un récit d'inspiration fantastique  ; Griselda est pourtant une ghost story qui se rattache bien au cycle des Terres Mortes et qui introduit même le personnage de Jordan Kernel, le régulateur que l'on retrouvera dans un bon nombre des récits suivants. Au bois des Epivants plante ensuite le décor en retraçant un rapide historique de la genèse des Terres Mortes, depuis les exodes du XVIIIème siècle jusqu'à l'avènement des cultures hydroponiques, en passant par la Première Guerre Mondiale. Malgré la mise en place de cette solide histoire d'un futur proche, l'argument demeure fantastique, traitant de « forces oubliées » quasi lovecraftiennes. Ces forces et la lutte qui les oppose aux derniers paysans figurent encore dans Hordes, mais d'autres enjeux s'y dessinent, de plus en plus complexes...
     Au cours de ce premier triptyque, le fantastique s'efface donc pour céder progressivement la place à une SF rigoureuse qui reprend la plupart des thèmes majeurs de l'anticipation moderne  : traitements anti-vieillissement (« Régens »), manipulations génétiques, rétrovirus, nanotechnologies, intelligence artificielle, quête d'immortalité, etc. On y croise aussi des robots, des androïdes de combat évoquant les réplicants de Blade runner, des enfants-loups, des hommes-oiseaux ou des individus dotés de pouvoirs psi...

     Les Belmas exploitent ainsi de nombreux aspects et possibilités de l'Imaginaire, avec une prédilection pour l'exploration du devenir de l'humain. En réalité, il n'y a sans doute pas dans cette fresque d'idée vraiment neuve, d'idée qui n'ait jamais été abordée, mais contrairement à d'autres auteurs qui fondent leurs textes sur une seule idée clé, ceux-là enchevêtrent avec bonheur tant de sujets et tant de questions que l'œuvre en atteint une densité thématique exceptionnelle. De plus, si certains écrivains oublient parfois qu'ils doivent aussi mettre en scène une intrigue, les Belmas placent au premier plan l'aventure humaine, une aventure basée sur les moteurs universels de l'espèce – amour, pouvoir, immortalité... – mais profondément bouleversée par les avancées scientifiques du siècle en cours.
     Pour ces raisons, la problématique est souvent assez proche de celle d'un Bordage, notamment par le questionnement sur les limites de l'humain et les évolutions possibles de l'humanité. On pourra par exemple facilement mettre Les Clans du Delta en parallèle avec les clans des Fables de l'Humpur et les êtres « parfaits » du Crépuscule des loups avec les « saints » des Derniers hommes.

     Ce décor invariable et cette thématique dominante n'empêchent pas chaque nouvelle d'avoir sa propre couleur, sa propre personnalité. Les surprises sont nombreuses, pour le plus grand plaisir du lecteur qui ignore ce que lui réserve le prochain texte. On peut ainsi passer d'un corrosif récit d'humour noir (Un bébé pour la vie) à une subtile comédie des apparences en forme d'enquête policière chez Louise Brooks et Rudolph Valentino (In memoriam). Ou encore flirter avec la littérature russe (Forêt pâle) avant de lire un texte dédié à Jules Verne et à Gaston Leroux (Grande randonnée). Cette diversité de ton pourrait rompre l'harmonie du recueil, elle renforce au contraire la profondeur de l'univers mis en place en diversifiant les points de vue.

     Passons sur les intrigues de chaque nouvelle, si différentes qu'il vaut mieux les découvrir par soi-même, et passons sur les nombreux personnages, tous remarquablement développés, pour aborder un instant – comme les auteurs dans leur postface – la question du style. Les Belmas dénoncent le principe d'une SF qui pourrait ignorer le style sous prétexte qu'elle est une littérature d'idées, mais ils n'en défendent pas pour autant le pédantisme, bien au contraire  : « Notre idéal est celui de tous les conteurs, qui aspirent à rendre leur parole si transparente qu'elle en devienne invisible [...] celui de s'adresser au lecteur, non pas de façon individuelle et singulière comme le font certains écrivains contemporains en mal d'originalité, mais dans un langage universel directement accessible. » Cet idéal est pleinement atteint, puisque le lecteur est captivé et que la facilité de lecture témoigne, pour une fois, plus de la finesse de l'écriture que de sa pauvreté.
     La rigueur de la construction n'a rien à envier à celle du style. Même si les dates ne sont pas toujours précisées, les nouvelles sont classées chronologiquement et permettent de découvrir par petites touches une histoire du futur cohérente, ainsi que les itinéraires personnels de protagonistes irrégulièrement récurrents. Du fantastique à la science-fiction, voire à l'utopie, du fantôme au surhomme ou à l'animal, des forces naturelles inconscientes à l'évolution consciemment programmée, on retrouve plusieurs lignes de progression parallèles qui s'enrichissent au fil des textes.
     L'exploit est qu'il s'agit donc de « vraies nouvelles », qui gardent leur tonalité propre à la fois dans le fond et dans la forme, et que l'ensemble forme un « vrai roman » harmonieux et homogène, doté d'une réelle progression dramatique. Si le décor peut évoquer Les Monades urbaines de Silverberg, la construction rappelle davantage celle des Milliards de tapis de cheveux de Eschbach, pourtant fondée sur un tout autre thème. Cette construction lacunaire, outre son aspect ludique de puzzle, présente l'avantage de suggérer l'existence d'une quantité d'autres histoires situées dans les intervalles. Peut-être les auteurs combleront-ils peu à peu ces hiatus que l'on devine riches de possibilités  ?

     Le prix Alain Dorémieux mentionné en couverture ne récompense pas vraiment le présent recueil. En effet, cette distinction très originale dans sa conception ne couronne pas un livre déjà publié mais l'œuvre « à venir » d'un auteur considéré comme prometteur  ! Véritable pari sur l'avenir, elle doit se concrétiser par la publication d'un recueil l'année suivante. Les lauréats de l'an 2000, Claire et Robert Belmas, connus pour leurs publications dans plusieurs revues – Galaxies, Ténèbres, Europe... – sont les premiers à avoir dû relever ce défi d'écrire un recueil qui soit digne du prix décerné avant même sa publication... Le lecteur de cette chronique aura compris que le résultat est au-delà des espérances symbolisées par ce prix  : à lire absolument  !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 10/12/2001 nooSFere


     Les Terres Mortes, c'est l'espace rural désertifié, abandonné au début du XXIe siècle au profit de la croissance monstrueuse des Hypercités. La productivité agricole à outrance a déchiré le tissu social rural, menant les campagnes à l'abandon. Les techniques de retardement de la vieillesse engendrent une société passéiste, conservatrice et immature, pendant que des pouvoirs, simplement utopiques ou carrément dangereux, attendent leur heure dans la clandestinité de ces espaces retournés à une végétation luxuriante...
     Au fil des neuf nouvelles qui le constituent, ce recueil trace l'histoire d'une humanité plongée dans une profonde détresse sociale, coupée de ses racines, et qui s'enlise de plus en plus dans la superficialité et les plaisirs éphémères. Les récits dépeignent des époques de plus en plus éloignées de la nôtre, pourtant ils y restent profondément ancrés.
     Car c'est là l'un des grands talents de nouvellistes de Claire et Robert Belmas : l'anticipation. Les innovations techniques, leur place dans la société et leur impact sur celle-ci sont traités à chaque fois avec sobriété, mais avec efficacité. Ainsi, il peut s'agir du clonage et de son détournement à des fins commerciales dans Un bébé pour la vie, ou de son utilisation politique dans Grande randonnée. Mais aussi, les Terres Mortes forment un enjeu économique, voire militaire, de premier ordre. Hordes (première publication dans Galaxies n°10) met en scène un petit village qui a survécu à la désertification, face à une troupe de pillards contrôlés par les gouvernements ; Les Clans du Delta (déjà parue dans Escales 2000, mais retouchée pour s'intégrer au recueil) narre la survivance désespérée d'une société utopique face aux cartels immobiliers. Enfin, le côté sauvage de ce « désert vert » est également traité sur le mode fantastique, comme dans Griselda ou Le Bois des épivants.
     Toutefois, il serait réducteur de vouloir confiner chacune de ces nouvelles, toutes captivantes, à une thématique bien précise et définie. Elles abordent une grande variété de thèmes, et se succèdent sans se ressembler. Pourtant, elles sont unies par des liens subtils (des lieux, des personnages) qui offrent autant de points de repère au lecteur, ce qui est fort agréable. Au bout de quelques textes, on finit par comprendre que les auteurs tissent tranquillement, mais sûrement, une fresque couvrant plus d'un siècle d'histoire. Chaque nouvelle prend donc sa place dans un ensemble qui la dépasse ; et pourtant, elles pourraient être lues individuellement. Le seul défaut des Chroniques des Terres Mortes serait d'être un peu angoissant... parce que très vraisemblable !
     L'autre grand talent des auteurs, ce sont leurs qualités littéraires. Le style, fluide et parfaitement maîtrisé, suscite la réflexion sur les thématiques abordées, sans pour autant nuire à la narration. Derrière l'histoire s'exprime une réflexion profonde, mais claire, sur les évolutions potentiellement dangereuses de notre société. Une mise en garde sans complaisance ni démagogie : tout simplement, un discours vivement humaniste, vibrant et dynamique.
     Après Le Bal des ardents, où vous avez pu découvrir l'univers des Terres Mortes (voir Galaxies n°22), précipitez-vous sur ces Chroniques. Ces excellentes nouvelles, et les liens qui les unissent, font de ce recueil une œuvre marquante, de très grande qualité.

Lionel DAVOUST (lui écrire)
Première parution : 1/12/2001 dans Galaxies 23
Mise en ligne le : 1/9/2003


 
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