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La Stratégie de l'ombre

Orson Scott CARD

Titre original : Ender's Shadow, 1999
Science Fiction  - Cycle : Ender - La Saga des Ombres vol.

Traduction de Arnaud MOUSNIER-LOMPRÉ
Illustration de GESS
L'ATALANTE, coll. La Dentelle du Cygne n° (44), dépôt légal : septembre 2001
480 pages, catégorie / prix : 19,67 €, ISBN : 2-84172-185-X

Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Tu ne vaux même pas un haricot, dit-elle.
     – C'est vrai.
     – Eh ben, t'as un nom maintenant. Retourne t'asseoir sur la poubelle que je réfléchisse.
     – Faut que je mange  », dit Bean, le haricot, le plus chétif de tous.
     Sa petite enfance était un combat de tous les jours pour la survie dans les rues de Rotterdam, parmi les bandes de gamins affamés. C'est là qu'il attire l'attention des recruteurs de l'Ecole de Guerre en orbite autour de la Terre, où l'on entraîne des enfants supérieurement doués pour en faire les commandants à venir dans la guerre sans merci que l'humanité livre aux « doryphores  ».
     Et c'est à l'école de Guerre qu'il va rencontrer celui de ces enfants qui déjà devient une légende  : Andrew « Ender  » Wiggin.
     Voici l'histoire de Bean, qui allait être son ombre, son bras droit, son stratège et son ami. Bean dont la naissance demeure entourée de mystère. Est-il le fruit d'une manipulation génétique secrète  ? Peut-on se fier à cet être à part, calculateur, dont on ignore s'il est encore humain  ?
     Avec ce retour aux sources du cycle d'Ender, O. S. Card nous livre un de ses plus beaux romans.

 
    Critiques    
     Bean s'est enfui d'un mystérieux centre alors qu'il n'était encore qu'un bébé. Il a réussi à survivre dans les rues de Rotterdam grâce à son intelligence hors norme (peut-être due à des manipulations génétiques), avant d'être découvert par Sœur Carlotta et de rejoindre l'école de guerre où des enfants surdoués sont entraînés en vue de devenir les stratèges des armées dans la guerre qui oppose les humains aux « doryphores ».
     Avec ce cinquième volume du cycle d'Ender, Orson Scott Card opère un retour aux sources. Son but, comme il le précise dans l'avant-propos, était d'écrire une histoire parallèle à La Stratégie Ender, une histoire indépendante qui relaterait les mêmes évènements mais d'un point de vue différent. Ce sera celui de Bean, qui deviendra l'ami et le second d'Ender à l'école de guerre. On aurait pu douter de l'utilité de la démarche, mais force est de reconnaître que le pari est pleinement tenu. Qu'on ait lu La stratégie Ender ou pas, le livre fonctionne à merveille. On y retrouve le style et le ton, ainsi que l'atmosphère tendue qui règne parmi les élèves constamment mis sous pression par leurs instructeurs. Bean, que sa petite taille et son intelligence supérieure condamnent à la solitude, s'avère être un personnage tout à fait fascinant. Son destin sera de toujours se tenir dans l'ombre d'Ender dont il n'a ni le charisme, ni les dons de rassembleur.
     On pouvait craindre une tentative « opportuniste » pour rééditer La stratégie Ender qui reste son plus grand succès à ce jour. Au contraire, avec La Stratégie de l'ombre, Card nous offre tout simplement l'un de ses meilleurs romans, nous démontrant une nouvelle fois, si besoin était, qu'il est un formidable conteur, sans égal dans la création de personnages inoubliables.
     Même si La Stratégie de l'ombre se suffit à lui-même, Card y a distillé les éléments d'une suite, Shadow of the Hegemon, déjà publiée dans sa version originale, qui décrit ce qui se déroule sur Terre après la fin de la guerre contre les doryphores. Vivement une traduction  !

Frédéric BEURG (lui écrire)
Première parution : 3/12/2001
nooSFere


     Après un quatrième volume décevant (Les Enfants de la lumière), O. S. Card poursuit son fameux cycle d'Ender. On pouvait légitimement craindre une œuvre alimentaire, mais les premières pages de ce nouvel opus ont tôt fait de balayer nos appréhensions. D'emblée passionnant, il parvient non seulement à renouer avec l'univers sombre et tragique de La Stratégie Ender (dont il est un « roman parallèle »), mais aussi à l'insérer dans un nouvel axe de réflexion.
     Ender est ici un personnage secondaire, en arrière-plan, tandis que son équipier Bean devient le héros. Le récit débute à peu près en même temps que celui de La Stratégie Ender. Dans les rues de Rotterdam, des enfants, laissés pour compte et livrés à eux-mêmes, vivent en bandes, volent et tuent sans pitié pour survivre. L'un d'entre eux, le petit Bean, est vite remarqué par la Flotte Internationale qui voit en lui un sérieux prétendant au titre de commandant suprême, car l'humanité redoute une nouvelle invasion des Doryphores. Bean, malgré les interrogations que suscite son intelligence hors du commun, est envoyé à l'École de Guerre. Il s'y révèle brillant, à tel point qu'il s'impose comme le seul concurrent d'Ender. Cependant, des doutes planent quant à sa véritable nature...
     C'est d'abord dans son inversion des rôles que réside l'intérêt premier du roman, même s'il peut tout à fait se lire indépendamment de ses prédécesseurs. Bean, l'enfant des rues, est aussi froid et calculateur qu'Ender est sensible, intuitif et capable d'empathie. Bean observe, réfléchit, décide, agit. Son intelligence prodigieuse inquiète beaucoup les adultes, d'autant que certains indices laissent penser qu'il pourrait être le fruit d'une expérience génétique. Or cette froideur suspecte et mécanique pèse sur la narration, qui lui est de fait entièrement subordonnée. La relative inhumanité de Bean sous-tend ainsi le roman dans son ensemble et contamine le style de l'auteur, qui construit son histoire à l'image de son héros. Bean semble parfait, plus intelligent encore qu'Ender, notre héros mythique. Trop intelligent même, et sans émotion. Il est en quelque sorte un « moins qu'humain », surhomme au potentiel émotionnel amoindri, ou dont les sentiments sont réduits à leur pure fonctionnalité. Cette particularité déconcerte non seulement les officiers de l'École de Guerre, mais aussi et surtout le lecteur, peu enclin à reléguer son favori au second plan au bénéfice d'une machine impassible.
     Mais Card, décidément inspiré, joue de cette réticence et en fait le moteur même de sa narration. Car La Stratégie de l'ombre est aussi une remarquable réflexion sur la nature humaine, ses faiblesses, son essence. Les enjeux de la manipulation génétique y sont évoqués sans didactisme mais avec une rare acuité. En nous faisant partager l'univers mental de Bean, qui pense comme un ordinateur (au point d'en devenir menaçant), l'auteur met en garde contre notre déshumanisation latente, sans pour autant asséner la moindre certitude. Car Bean, c'est inévitable, finit par saisir de lui-même que les faiblesses apparentes d'Ender sont précisément des valeurs qui lui permettront peut-être de comprendre et de détruire les Doryphores. Ainsi, le destin d'Ender nous est rendu encore plus pathétique, et Bean, qui souffre de sa différence, de sa solitude, finit par s'attacher notre sympathie.
     Quelques artifices narratifs maladroits — assez rares au demeurant — ne parviennent pas à entacher la grande réussite de l'ensemble. Admirablement écrit, d'une violence sans complaisance et d'une foi inébranlable en l'être humain, La Stratégie de l'ombre transcende l'exercice de style et déroule sa mécanique aussi implacable que le cerveau de Bean. Card confirme avec brio qu'il demeure l'un des derniers grands tragédiens de la science-fiction, et un immense humaniste.

Olivier NOËL
Première parution : 1/12/2001
dans Galaxies 23
Mise en ligne le : 8/9/2003


     On ne change pas un cheval qui gagne. Proverbe de turfiste. Or, Ender est un cheval qui gagne. Je ne parle pas bien sûr de son éclatante victoire sur les Doryphores mais du fait qu'il a imposé O. S. Card comme un auteur de premier plan en raflant par deux fois le doublé prix Hugo et Nebula pour La Stratégie Ender et La Voix des morts. Suivirent encore Xénocide et, plus anecdotique, Les Enfants de l'esprit.

     Plutôt que de pondre une suite de plus, Card a choisi la voie de l'audace en optant pour un retour à la source : à l'École de Guerre, à l'époque où la menace des Doryphores planait sur l'Humanité et où Ender y faisait ses classes.

     Rappelons le contexte, pour ceux qui ignoreraient tout de la série. Par deux fois, l'Humanité a été en butte aux attaques des Doryphores et le proverbe dit jamais deux sans trois. Troisième fois qui pourrait bien être la dernière car c'est là une guerre d'extermination. Vaincre ou disparaître. Pour survivre, si possible, l'Humanité a sélectionné les plus brillants de ses enfants dans le but d'en faire les officiers de cette guerre sans pitié. Leur entraînement est implacable, destiné à faire d'eux des machines non à combattre ou à tuer, mais à vaincre. Bien qu'étant des enfants, ils sont manipulés, conditionnés, soumis à une pression maximale de la part d'instructeurs qui exacerbent l'émulation au-delà de toute limite. La fin justifie les moyens. La survie justifie tous les moyens, même inhumains. C'est ce que pensent les instructeurs de l'École de Guerre. Le lecteur pourra tout à loisir se poser la question et essayer d'y répondre.

     Card tient la gageure de revenir à l'École de Guerre à l'époque où Andrew Wiggin, dit Ender, y séjournait. Il revient donc sur les même événements mais vu, cette fois, par Bean. Si Ender était le chef, le maître de guerre, Bean sera son éminence grise.

     On ne dira jamais assez combien Card est un conteur émérite, mais il est ici au mieux de sa forme. Pour copieux qu'il soit, La Stratégie de l'ombre se lit pour ainsi dire sans déglutir. Une nouvelle fois, l'auteur gagne son pari haut la main en réalisant l'alchimie d'une histoire passionnante et d'un art de la narration des plus consommés. De la bien belle facture.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/4/2002
dans Bifrost 26
Mise en ligne le : 9/9/2003


 
Base mise à jour le 18 juin 2017.
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