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L'Ignoré

Bentley LITTLE

Titre original : The Ignored, 1997

Traduction de Jacques MARTINACHE
Illustration de Liliane MANGAVELLE

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France), coll. Paniques
Dépôt légal : mai 2001
456 pages
ISBN : 2-258-05589-X   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Bob Jones est un jeune Américain moyen, fraîchement sorti d'une université moyenne, en ménage avec sa petite amie Jane, à l'instar de millions d'Américains moyens.
     Embauché comme cadre moyen dans une entreprise de taille moyenne, il devrait être heureux. Il ne tarde cependant pas à découvrir que ses collègues de bureau le rejettent, sans qu'il puisse s'expliquer pourquoi. Est-il si banal, si dépourvu de personnalité que personne ne s'intéresse à lui ?

     Il trouve la réponse à sa question en remarquant un jour que le regard des autres ne s'arrête pas sur lui mais le traverse, comme s'il n'existait pas.
     Des lors, aller au travail n'a plus aucun sens. Bob passe ses journées à errer dans un centre commercial ou il s'aperçoit qu'être invisible, ignoré, n'a pas que des inconvénients. Une rencontre achève de le tirer de son désespoir : il n'est pas seul, il y a d'autres ignorés comme lui. Ensemble, ils prendront leur revanche sur cette société qui les a exclus.

     Satire de la société de consommation, fable sur l'isolement de l'individu dans la masse, L'Ignoré est une broderie originale, pleine de verve et d'invention, sur le thème de l'homme invisible.

 
    Critiques    
     L'homme invisible est un personnage courant dans la littérature de science-fiction. John Clute et Peter Nicholls, dans leur encyclopédie, le font remonter à 1833, avec le roman The invisible gentleman de James Dalton. Pierre Versins va encore plus loin, qui le date de 1659 avec Epigone, Histoire du siècle futur, de Jacques Guttin. Mais c'est bien évidemment H.G. Wells qui le popularisa définitivement, en 1897. A l'époque, il devenait invisible en s'injectant une substance créée en laboratoire. Depuis, nombre d'écrivains ont traité le sujet, et parmi les derniers en date, Roland C. Wagner, dans sa série des Futurs Mystères de Paris. Mais, chez Wagner, Tem n'a rien demandé : il est né comme ça, avec ce talent si particulier, proche de celui des télépathes ou télékinésistes classiques.
     Chez Bentley Little, le héros, Bob Jones, n'a pas davantage sollicité ce don. Mais, au contraire du héros de Wagner, qui fut toujours invisible, lui le devient progressivement. Et ce n'est pas le fait de mettre un borsalino vert qui le sauvera : même lorsqu'il s'habille en clown, et tue son patron, personne ne le remarque.
     Il faut dire que Bob Jones a de bonnes raisons de passer inaperçu : il est en effet le prototype de l'Américain moyen, celui que l'on croise et que l'on oublie aussitôt. A ce titre, le choix du nom du héros est révélateur. D'ailleurs, c'est plutôt un anti-héros, et parfois même carrément antipathique. Englué dans le cercle vicieux de la dépression latente, il s'évanouit peu à peu du monde, n'est plus motivé par quoi ce soit, femme ou travail. Et comme il en fait de moins en moins, les autres se désintéressent de lui, ce qui a pour effet de l'enfoncer encore plus profond dans la déprime. Au bout de cette spirale inéluctable, il y a l'invisibilité, qui a pour effet de lui assurer l'immunité lorsqu'il assassine son patron. Il découvre alors qu'il y a d'autres personnes comme lui, d'autres Ignorés : emmenés par Philippe, qui a des vues plus affirmées que les autres, ils jouent aux terroristes impunis afin de défendre la cause de l'homme moyen, l'oublié de la société actuelle.
     Ce roman se veut satire sociale autant que roman fantastique. Bentley Little brocarde allègrement la bureaucratie américaine, déshumanisée au possible, et une certaine idée de l'Américain moyen, pitoyable dans ses moindres envies : lorsqu'il décroche un emploi, Bob emmène sa femme le fêter au McDonald's ! Mais l'humour est grinçant puisque le texte parle aussi et surtout de l'un des principaux maux de notre époque : l'isolement de l'individu dans la masse. Pour Little, pas de remède possible : Bob Jones finit par disparaître aux yeux de tout le monde. Commence alors une autre vie pour lui, emplie d'actes destinés à le réhabiliter aux yeux de la société. Mais ces actes étant tous répréhensibles (vols, viol, attentats terroristes), cette solution n'est pas viable. Il ne reste plus à Bob Jones qu'à trouver un endroit où il s'accommodera de sa condition d'invisible.
     On sent bien que Bentley Little a eu du mal à se décider pour trouver une fin à son roman : en effet, celle-ci est tellement confuse et alambiquée qu'elle laisse au lecteur une mauvaise impression. Dommage, parce que dans les 350 premières pages (qui se lisent sans le moindre problème), ce livre était original dans le choix de son sujet (finalement pas très éloigné de celui de La grande machine, de Fritz Leiber) et rondement mené dans son développement. Sans doute eût-il mieux valu que Little ne développe pas les événements survenus à Thompson, la ville des Ignorés. Néanmoins, il demeure d'une lecture agréable, ce personnage qui devient progressivement invisible étant un digne successeur du professeur Griffin.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 9/6/2001 nooSFere


 
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