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Voyage à l'envers

Philippe CURVAL




J'AI LU (Paris, France), coll. Millénaires n° (6042)
Dépôt légal : août 2000
270 pages, catégorie / prix : 79 FF
ISBN : 2-290-30727-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     « Sur fond d'espace empoussiéré d'étoiles, s'inscrit une planète ravissante. Ses vastes océans brillent d'un bleu magique, des nuages y tracent des sillons d'écume blanche. Cette mappemonde grandeur nature, c'est la Terre ! A bord d'un vaisseau spatial, nous rapporterons des nouvelles toutes fraîches de l'espace. Contribueront-elles à infléchir le destin de l'homme ? ou serons-nous submergés par une réalité si différente que nous serons incapables de la comprendre ? Sur notre planète, plus d'un siècle s'est écoulé depuis le début de notre voyage. Or nous n'avons vieilli que de vingt-sept ans. Nous sommes le secret, la Terre est notre mystère. »

     A la manière d'un Jules Verne imaginant ses voyages extraordinaires, Philippe Curval s'est inspiré des dernières avancées de la recherche pour écrire une passionnante épopée. A la fois réactualisation de grands thèmes de la science-fiction classique (le voyage dans le temps et l'espace, la rencontre d'intelligences extraterrestres) et critique politique, il propose ici une réflexion sur la liberté humaine, assortie d'un magnifique hommage au journalisme scientifique.


     Né en 1929, Philippe Curval fut l'un des fondateurs du premier mouvement de la science-fiction française. Journaliste scientifique, voyageur, romancier, critique au Magazine littéraire, auteur de plus d'une trentaine de livres parmi lesquels Le ressac de l'espace (Prix Jules Verne) et Cette chère humanité (Prix Apollo), il n'a jamais cessé d'explorer et de renouveler le genre, et effectue avec Voyage à l'envers son grand retour sur le devant de la scène hexagonale.
 
    Critiques    
     Cette aventure singulière commence de façon prometteuse avec l'annonce en 2024 de la découverte de signaux émanant d'une intelligence dans les parages de Proxima du Centaure, à quatre années-lumière de la Terre. Seule une petite partie de leur contenu est déchiffrable : un croquis du système solaire 150 ans à l'avenir (selon le positionnement des planètes), avec une mention qui indiquerait un changement radical de la composition de l'atmosphère terrestre. Plus inquiétant encore, les signaux contiennent aussi des virus qui s'infiltrent subrepticement dans les réseaux informatiques terriens et provoquent une perte progressive des données stockées. Cela perturbe déjà gravement les échanges numériques et à terme mettrait en danger toute la mémoire collective de l'humanité. Il faut envisager sérieusement l'hypothèse d'une opération de sape de la part des extraterrestres, préparatrice d'une tentative de colonisation de la Terre dans un siècle et demi.
     Après un moment de stupeur, l'opinion publique du monde entier se mobilise derrière le projet d'envoyer une mission vers Proxima du Centaure. Elle a le double objectif d'obtenir des renseignements concernant les extraterrestres et de transporter dans ses soutes une vaste bibliothèque des connaissances accumulées par l'humanité, avec un retour sur Terre programmé avant le débarquement des envahisseurs. Ainsi, les humains de cette époque lointaine, non seulement seront avertis du danger qui les guette, mais aussi pourront reconstituer leur technologie à partir de la banque de données conservée par les voyageurs, ce qui leur donnera plus des chances de monter une résistance efficace. Après cinquante ans d'immenses efforts consacrés à sa construction, le voilier interstellaire Colomb est enfin lancé vers l'étoile voisine. Avec l'aide d'un effet de « fronde gravitationnelle » au passage d'un trou noir, sa trajectoire doit le faire revenir à la Terre dans un peu moins d'un siècle. Mais pour l'équipage à bord, le temps écoulé sera beaucoup plus court, grâce aux effets relativistes de leur parcours.
     L'auteur décrit toutes les étapes de cette épopée en détail et avec un souci évident pour ce qui est du réalisme du récit. Malheureusement, la « suspension de l'incrédulité » du lecteur cède assez vite devant une accumulation d'éléments peu vraisemblables. D'abord, on a du mal à croire que la meilleure façon de protéger les trésors de la connaissance humaine est de les envoyer... droit dans la gueule du loup ! Puis on pressent que la « fronde gravitationnelle » offerte par un trou noir situé « à mi-chemin » entre le Soleil et Proxima du Centaure ne serait pas d'une grande utilité pour réaliser une telle trajectoire (pour réussir ce genre de coup de billard cosmique, il faudrait un angle plus large...). On doute aussi que la vitesse atteinte après ce passage, environ 0,6 fois la vitesse de la lumière, ait les effets relativistes escomptés. L'auteur ne tient pas non plus compte des effets d'une telle accélération, qui risquerait fort d'écrabouiller le voilier et ses passagers. Et pour en finir, il y a une histoire d'erreur de calcul qui fait revenir l'équipage sur Terre, mais avec trente et un ans de retard. Et non, M. Curval ! Soit on est au rendez-vous, soit on finit très loin du but.
     Ce n'est qu'un petit échantillon d'objections possibles (et passons sur de nombreuses fautes de continuité dans le texte). Est-ce bien grave, tout cela ? Oui, dans la mesure où c'est l'auteur lui-même qui semble insister sur la plausibilité scientifique de ses propos, vu la longueur des passages d'exposition. Hélas, la hard science ne s'improvise pas et les amateurs du genre ne pardonnent guère les bourdes. Bref, on est passablement mécontent avant même d'aborder la fin de l'histoire, où on s'attend à ce que les extraterrestres dévoilent au moins une partie de leurs secrets. Au lieu de quoi, on entre dans une intrigue assez brinquebalante, qui ne résout rien et qui de toute évidence ouvre la voie à une suite. Très décevant, surtout venant de la part d'un auteur qui a marqué les annales de la SF francophone.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/6/2001 dans Galaxies 21
Mise en ligne le : 4/9/2002


     Attention, on a dit Philippe Curval ! On va parler ici de quelqu'un qui a débuté en 55 dans Fiction et qui a signé un roman au « Rayon Fantastique » : Les Fleurs de Vénus. On va parler du dernier roman d'un auteur qui a plus de quarante années de carrière. On va parler d'un cas unique. D'un des fondateurs de la SF française actuelle, rien de moins. Et voici son grand retour !

     Et pour ce dernier, l'auteur nous décline sa version du premier voyage interstellaire. C'est tout ! ? Non. Ajoutez aussi le premier contact avec les extraterrestres... À ceux que j'entends se mettre à glousser au fond de leur campagne, bien planqués derrière leur Bifrost, je rappellerai que, selon l'adage, c'est dans les vieux pots que l'on fait la meilleure soupe. De fait, le dépoussiérage des thèmes archaïques de la SF peut, pourvu que l'on fasse preuve de talent, mériter bien davantage qu'une mention honorable. Or, du talent, Philippe Curval en a à revendre. M'aurait-on dit qu'il écrivait de la hard science que je ne l'aurais jamais cru. Partis pris. Tant pis... Il n'en reste pas moins journaliste scientifique et c'est tout naturellement qu'il choisit un confrère du prochain siècle comme protagoniste. Mais, à la différence des auteurs américains de hard science, Curval n'est pas un chercheur qui fait l'écrivain. C'est avant tout un écrivain. Un vrai. Et comme tout véritable écrivain, il place l'écriture au premier plan. C'est parce qu'il procède de la sorte qu'il parvient à renouveler un thème aussi rebattu. Qu'il se donne la peine de bien écrire ne signifie nullement qu'il manque d'idée, au contraire. Bien écrire, ce n'est pas seulement avoir un style brillant et une construction ingénieuse ; c'est aussi, surtout peut-être, avoir quelque chose à dire. Quelque chose d'intéressant. Or, derrière l'histoire qu'il nous raconte avec brio, il s'adonne en filigrane au commentaire social et politique. Avec un réalisme cruel. Avec toute l'expérience accumulée, Curval réalise l'alchimie du grand roman. Voyage à l'envers trouve l'équilibre d'un grand cru entre les qualités d'écriture, la narration et les problématiques abordées.

     Nul ne juge un vol habité jusqu'à Alpha du Centaure utile. Personne n'y investirait une part significative de la richesse mondiale à long terme. Le contact avec les extraterrestres stimule peut-être le monde scientifique ; la destruction du patrimoine informatique de l'humanité inquiète peut-être les historiens et certains secrétaires de l'UNESCO ; peut-être des voies de faits commises par des agités à rencontre de partisans d'un tel projet capitalisent pour un temps la sympathie populaire... Mais il ne faut pas toucher au grisbi. Seule la menace qui plane sur la fiabilité des transactions informatiques de la haute finance déliera la bourse pour le projet. Curval donne une bonne idée des facteurs, tous humains, qui s'opposent au voyage interstellaire. Tout juste suppute-t-il, pour les besoins romanesques, l'existence d'un mini-trou noir naturel proche du système solaire qui sert de fronde gravitationnelle. Les obstacles ne sont que d'ordre socio-politiques, il construit, grâce aux E.T., la conjecture favorable à ce que l'humanité s'ébroue et sorte de son apathie post-historique chère à Fukuyama et autres finisseurs d'Histoire.

     Si Voyage à l'envers relève de la plus pure SF, c'est aussi un roman très proche de la littérature générale ambitieuse et politique la moins intimiste. Curval y fait œuvre de critique sociale. Incisif et pertinent, non caustique et virulent. C'est un livre tout en souplesse et en profondeur. Hormis l'invasion extraterrestre dont la forme moderne évoque certains textes de Richard Canal ou Jean-Claude Dunyach, on rapprochera le motif principal de Projet Diaspora de Michael P. Kube McDowell (J'ai Lu). Par contre, c'est de l'excellent Feu sacré de Sterling que se rapproche la fin du monde sucrée que nous propose Curval, à moins que l'on ne préfère évoquer Le pavé de l'Enfer de Damon Knight. Désormais, des fins du monde qu'envisage la SF certaines répondent de la fin du désir, se faisant l'écho de cette menace perçue, prévue, par la psychanalyse. C'est cette menace que Curval met en scène à travers l'invasion pour boucler le roman en renvoyant à l'apathie sociale générée par la pensée unique du début. L'auteur enfin, ne voulant à aucun prix d'un deux ex machina remettant l'humanité sur de bons rails dans l'optique de la quasi religion soucoupiste, ses E.T. n'ont nul autre dessein que de s'assurer que l'humanité tourne bien à vide, rejouant sans fin sa propre histoire. D'où le titre, bien sûr. « Voyage à l'envers » renvoie tant à la construction du récit qu'au concept d'invasion et d'occupation choisi par les E.T., mais aussi à la vacuité conformiste où mène le capitalisme en construisant un éternel présent en temps réel où il reste la structure dominante. Plus de désirs, plus de futur... Aussi le conservatisme, capitaliste comme extraterrestre, se doit-il d'extirper le désir de l'humanité.

     Philippe Curval vient, avec ce Voyage à l'envers, de poser un livre de poids sur la table de la SF française. Il n'y aura peut-être pas un avant et un après, mais c'est un livre dont il faudra assurément se souvenir.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/10/2000 dans Bifrost 20
Mise en ligne le : 14/9/2003


 
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