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Le Pays de Cocagne

Colin GREENLAND

Titre original : Take back plenty, 1990

Traduction de Luc CARISSIMO
Illustration de STAN & VINCE & WALTER

PAYOT , coll. SF n° (9)
Dépôt légal : mai 2000
528 pages, catégorie / prix : 25,15 €
ISBN : 2-228-89328-5   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Cocagne : un pays imaginaire où tout n'est qu'abondance, calme et volupté.
     Tabatha Jute, pilote de l'espace sans le sou, croyait résoudre tous ses soucis par un simple petit voyage à Cocagne. Mais sur le chemin du paradis, les ennuis de Tabatha ne font que commencer.

     Prix Arthur C. Clarke du meilleur roman de science-fiction, lauréat du British Science Fiction Association Award, un grand space opera débordant de vitalité.

    Prix obtenus    
Arthur C. Clarke, [sans catégorie], 1991
British Science Fiction, roman, 1990
 
    Critiques    
     Le pays de Cocagne est le deuxième roman de Greenland à paraître en France, peu de temps après Les chemins de l'espace chez J'ai lu Millénaires. Ce dernier ouvrage se contentait de transposer dans l'espace l'intrigue typiquement victorienne de l'orpheline à la recherche de ses origines — trop rebattue pour convaincre, malgré les qualités d'écriture.

     Avec Tabatha Jute, il met cette fois en scène un personnage de routard de l'espace, guère plus original que le précédent. Héroïne fauchée et malchanceuse, sillonnant l'espace à bord d'un vaisseau spatial vieillot et déglingué, Tabatha n'a d'autre choix que de subir les multiples aventures qui vont se succéder à bon rythme.

     Greenland est un habile conteur, aussi suivons-nous sans peine ce récit léger et tonique, ce space opera distrayant et mouvementé qui séduira les amateurs d'aventures.
     Mais nous restons tout de même sur notre faim. Le décor paraît factice, les personnages — pour sympathiques qu'ils soient — n'ont pas grande épaisseur, et on ne trouve dans ce roman ni le charme d'un Vance, ni l'humour décalé d'un Wagner. Les clichés sont nombreux, voire omniprésents, mais alors que d'autres les détournent ou s'en amusent, Greenland se contente de les enfiler, efficacement certes, mais sans inventivité.

     D'autres romans mettant en scène le même personnage sont déjà annoncés, et il ne fait pas de doute que cette héroïne récurrente aura son lot de fans. Pour ma part, je constate avoir du mal à comprendre pourquoi ce roman a obtenu à la fois le prix Arthur C. Clarke du meilleur roman de science-fiction et le British Science Fiction Association Award du meilleur roman de l'année.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 19/6/2000 nooSFere


     Jute, Tabatha, Capitaine.

     Attention : s'embarquer dans ce livre, c'est partir pour une longue aventure jubilante. Cette étourdissante aventure spatiale aux décors de BD humoristique a pour héroïne Tabatha Jute, pilote d'un Bergen Kobold, vaisseau commercial ancien mais solide. Aux prises avec les difficultés administratives, plongée sans arrêt dans la mécanique (ce fichu cristal d'axe de crabot menace à tout instant de se rompre), Tabatha est poursuivie par la police, les pirates, les extraterrestes, sans savoir pourquoi. Ah si elle n'avait pas pris comme passagers cette troupe de funambules qui, visiblement, ne sont pas ce qu'ils paraissent être...
     Tabatha est une héroine si réelle qu'elle ne se sépare jamais de son sac à main. Mais elle a bien des ennuis.
     Il faut dire que l'humanité a rencontré les Capelliens. Ceux-ci ont fourni aux humains le moyen de plonger dans l'hyperespace, mais leur interdisent de quitter le système solaire. Et leur police est efficace. Que de rebondissements dans ce récit, où l'on croise des extraterrestres aussi bizarres que dans l'astroport du Cinquième élément, des humains aussi cinglés que les courts-circuités prosélyte du Saint-Sépulcre de la Neurosphère Etendue ou des post-humains capables de vivre dans le vide spatial !
     Un des space-operas les plus réussis et les plus drôles que la SF nous ait donné depuis longtemps. Quel bonheur : Colin Greenland en a déjà écrit deux suites !

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 5/7/2000 24 heures
Mise en ligne le : 7/9/2002


     « Il paraissait qu'il y avait des dinosaures sur Vénus, d'énormes serpents à pattes au souffle empoisonné... » (p. 339) On croirait le ton donné. Entre pastiche et hommage à la S-F archaïque du genre Cosmonautes contre diplodocus de Pierre Devaux, L'Affaire du X.29 de Peter Lemon ou Base sur Vénus (Perry Rhodan n° 4), et ce d'autant plus que les extraterrestres de Colin Greenland présentent un cousinage certain avec les Whams qu'affrontait alors le héros emblématique de la S-F germanique. Si ce n'était que ça, ce serait trop facile...

     En fait, Le Pays de Cocagne s'apparente aux Sculpteurs de ciel d'Alexander Jablokov (« PdF » n° 554 & 555 — Denoël) plus qu'à tout autre. Il y a certes de notables différences, mais c'est un space opera circonscrit au seul Système Solaire et dont l'enjeu n'est autre que la propulsion interstellaire. Comme on avait dit de Jablokov qu'il avait renouvelé le space opera, on ne saurait le dire à nouveau. Greenland décline donc cette thématique selon son talent.

     Force est d'admettre que Le Pays de Cocagne met du temps, trop, à démarrer. Non qu'il manque l'action, au contraire, mais on en vient à se demander si elle n'est pas l'unique raison d'être du livre, Greenland laissant le lecteur dans l'expectative quant à ses intentions. C'est un choix qui, à terme, s'avérera payant, mais sur un volume de plus de 500 pages, on aimerait savoir (comprendre) un peu plus tôt — avant le tiers du roman — dans quelle histoire l'auteur nous embarque. Tabatha Jute, l'héroïne, n'en sait d'ailleurs jamais plus que le lecteur, qui doit tout découvrir avec elle.

     Si Le Pays de Cocagne est un space op' à l'action « boostée » du début à la fin, il n'en est pas moins, en parallèle, un roman intimiste. L'action n'implique qu'une douzaine de personnages en relations directes. Outre Tabatha Jute, il y a Marco Metz par qui tout advient, Xtasca, Saskia et Mogul, plus l'Effrasque et Hannah Soo qui est morte ; du côté des méchants, on trouve frère Félix, le Capellien et les trois affreux jojo de l'Horrible Vérité. Enfin, l'Alice Liddell, la narratrice, du nom de la gamine qui inspira Lewis Caroll, personnalité synthétique du vaillant petit vaisseau de Tabatha. Nous n'avons donc aucune vue d'ensemble sur cette société solaire qu'on ne découvre qu'à travers les yeux de Tabatha Jute. Celle-ci est une sorte d'artisan transporteur, de routier de l'espace indépendant qui a bien du mal à joindre les deux bouts et à trouver du fret. Elle redoute les flics Eladeldis, des E.T. à la solde de Capella qui assurent les fonctions de la maréchaussée, bureaucrates et tatillons. Elle craint les amendes, les huissiers, les impayés et, surtout, de perdre l'indépendance que lui confère la possession de l'Alice Liddell.

     Les capelliens et les Eladeldis ont fait irruption dans le Système Solaire avec toute une cohorte de peluches alien dans leur sillage et ont offert à l'humanité la propulsion hyperspatiale tout en la privant de l'accès aux étoiles. Le Système Solaire est donc devenue une colonie de Capella, même si Greenland ne le dit jamais. Les caciques de l'humanité sont plus riches qu'avant et les pauvres triment toujours pour assurer leur pitance quotidienne. Rien de bien nouveau sous le Soleil... Les effrasques sont les concurrents des capelliens et endossent plus ou moins le rôle du bolchevique. Il ne s'agit pas tant pour eux de libérer l'Humanité que de la soustraire au pouvoir de Capella à leur profit.

     En jouant de décalages en apparence inconciliables — les canaux de Schiaparelli sur Mars, les jungles vénusiennes, clichés de la S-F archaïque d'une part, et, d'autre part, à des références au soucoupisme style X-Files qui seraient le fait des capelliens — Greenland se réclame de la fiction. De rien d'autre. Il use, ou abuse, des codes de la S-F ; leur coexistence, leur multiplicité au sein de l'œuvre exclut tout réalisme, toute prétention à celui-ci et dénie toute cohérence au roman en dehors d'un espace imaginaire et littéraire. Colin Greenland se proclame fabuliste. Il ne recourt pas à un plus ou moins plausible demain pour faire réfléchir sur aujourd'hui. Sous la défroque du space opera, c'est bien de la littérature générale. Les ingrédients du space op' lui sont ce que les animaux parlants étaient à Jean de La Fontaine. ÏÏ en a pour la volonté d'indépendance de Jute, le militantisme, la colonisation et ses modernes avatars. On lira donc que si Jute est une femme, ce n'est point fortuit. Le cliché de l'hideuse chenille capellienne nichée dans le crâne de ceux qu'elle à asservi retrouve sa force métaphorique désignant la pensée de la classe dominante qui investit l'esprit même de ceux qu'elle soumet. Enfin, la découverte de cet univers par le petit bout de la lorgnette est une métaphore de la difficulté qu'éprouve le sujet à percevoir les tenants et les aboutissants de son environnement, de sa vie, au point qu'il est plus facile (fréquent) de se retrouver le nez dedans que d'en acquérir la maîtrise — si c'est possible. À l'action, menée tambour battant, répondent les actes de nos vies quotidiennes qui ne laissent guère le temps de réfléchir, tandis qu'à la difficulté de voir où Greenland nous mène correspond celle de voir, de comprendre, ce que la vie nous réserve. Il faut prendre le temps de lire Le Pays de Cocagne comme il faudrait prendre le recul nécessaire à transformer de fatales destinées en vies maîtrisées où nous ne serions plus — ou moins — emportés comme des fétus de paille par le flux événementiel.

     Au final Greenland signe un roman à découvrir, en dépit d'un prix par trop élitiste, voire rédhibitoire. Pitié pour nos portefeuilles !

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/4/2001 dans Bifrost 22
Mise en ligne le : 22/9/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Science-Fiction (2001 - 2007) (2002)


     Tabatha Jute est la capitaine indépendante d'une gabarre de l'espace. Coincée sur Mars par l'imminence d'une avarie mécanique et par une amende sévère due à ses écarts de conduite, elle doit accepter le premier contrat venu : un artiste rencontré dans un bar, Marco, la séduit et lui promet monts et merveilles... une fois le voyage accompli. Sur la station spatiale géante de Cocagne, Marco présente Tabatha à sa troupe, la Contrebande, un improbable amalgame d'humains transformés. Jamais en reste de compliments, Marco est nettement plus avare en numéraire — et en sincérité. Comme par hasard, un assortiment tout aussi hétéroclite de flics, de brigands et de pirates forcent Tabatha et la Contrebande à fuir désespérément, dans les couloirs de Cocagne puis dans tout le système solaire...
     On pourrait appliquer au livre de Greenland l'épithète de « science-fiction-fiction », au sens que lui donnait Joseph Altairac (une SF où la science de base est modifiée), puisqu'il se déroule dans un système solaire où Mars a des canaux, Vénus des jungles, et où figure sur la Lune une base des Capelliens, déjà présents pour accueillir Armstrong et Aldrin. Les Capelliens interdisent à l'espèce humaine de sortir du système solaire, mais ont permis l'arrivée d'un certain nombre de races-clientes. Résultat : un joyeux mélange d'espèces intelligentes, et tout l'exotisme bigarré que pouvait avoir la SF des années 40. Greenland pratique en fait la science-fiction-fiction dans un autre sens : une fiction à base de vieille SF plutôt que d'inspiration scientifique. Ce qui donne à bien des passages du livre l'aspect de pastiches poussifs des romans de Catherine Moore ou d'Edmond Hamilton (plus richement écrits, truffés de descriptions bariolées, ils ont malheureusement moins de dynamisme que les originaux).
     Le Pays de Cocagne se rachète grâce à deux réussites : un dénouement qui fournit la surprise et la démesure que l'on attend de la bonne SF classique, et l'humour qui l'anime, à son sommet dans les dialogues entre Tabatha et son vaisseau Alice. Cette machine intelligente a pour plus grand plaisir les histoires racontées par Tabatha — même si les détours de la conversation et les avanies de la vie de l'espace perturbent souvent la narration, qui finit par brosser un tableau composite du passé de la capitaine. Durant ces fréquents intermèdes, je ne me suis jamais ennuyé. Greenland a été connu comme critique et érudit de la SF avant de se lancer comme auteur ; logiquement, il aborde la création littéraire par le pastiche et le détour narratif. Il a plus de succès dans la deuxième entreprise. Au total, le livre, s'il est fort agréable à lire, ne justifie pas ses 600 pages.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/6/2002
dans Galaxies 25
Mise en ligne le : 1/2/2004




 

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