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L'Abîme

John CROWLEY

Titre original : The Deep, 1975/87
Science Fiction  - Traduction de Monique LEBAILLY
Illustration de Jeff REY
PAYOT, coll. SF n° (3), dépôt légal : septembre 1999
192 pages, catégorie / prix : 15,24 €, ISBN : 2-228-89244-0

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Sur un monde d'ombre et de secrets, Rouges et Noirs se livrent une guerre sans merci. Un tourbillon de trahisons et de meurtres rythme la lutte pour le pouvoir des deux clans ennemis.
     Survient le Visiteur, venu d'au-delà des cieux, porteur d'une mission capitale connue de lui seul. Sa mémoire est endommagée lors de son atterrissage. Quelle est la raison de sa présence sur ce monde en guerre ? Qui est son créateur ?
     Une oeuvre étonnante, un poème de sang et de fureur sans équivalent dans la SF moderne.

 
    Critiques    
     « Le monde est posé sur un pilier qui est posé sur l'abîme. » (p. 24)

     Dans ce curieux monde semble se jouer une partie abstraite dont la plupart des règles nous échappent. Rouges et noirs, les personnages sont comme des cartes à jouer : leur valeur est symbolique mais ils n'ont pas de réelle épaisseur. Le visiteur, un être asexué et "fabriqué", est amnésique, et donc de même une sorte d'être vierge et sans consistance.

     Nous pressentons bien sûr un sens caché et subtil, mais si l'auteur nous laisse entrevoir quelques vérités, beaucoup de questions demeureront sans réponses, et le roman laissera un goût amer d'inachevé.

     Esthétisant et glacial, le style est la principale qualité du roman. Les mots forment un chant obscur dont la musique peut envoûter, même si les paroles n'intéressent guère. Mais malgré ses qualités d'écriture, on ne peut éviter la montée insidieuse de l'ennui, et on finit par demeurer indifférent à ces intrigues stylisées et à ces combats abscons…

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/10/1999
nooSFere


     Il y a des romans dont on peut convenir qu'ils puissent laisser le lecteur perplexe une fois la dernière page tournée ou, plus rarement encore, qu'ils le laissent dans le doute et la confusion. Il y a aussi des livres dont on comprend que certains lecteurs ne les aiment pas. Avec L'Abîme, on est au moins sûr d'une chose  : voilà un roman qui mérite qu'on en parle et qu'on le lise.
     L'Abîme est un étrange roman qui mêle une intrigue et un backround indéniablement SF à des aventures située dans un monde de fantasy, où deux clans, les Rouges et les Noirs — eux-mêmes partagés en groupes rivaux — s'affrontent dans une lutte sans merci pour le pouvoir. On aime l'écriture, les personnages, la richesse de l'intrigue, les interrogations quasi métaphysiques qui traversent les héros.
     Le lecteur reste fasciné par la force des conflits mis en scène, sur fond d'influence extérieure symbolisée par l'androïde mystérieux à la mémoire vacillante qui sert de fil conducteur au roman. On pourrait évoquer avec L'Abîme davantage une tragédie shakespearienne qu'un récit classique de fantasy. De la fantasy pour ceux qui détestent la fantasy ou de la SF pour ceux qui détestent la SF  ? Difficile d'en juger.
     John Crowley est un auteur excessivement discret (son nom n'apparaît dans aucun guide, qu'il s'agisse de ceux de Denis Guiot, Stan Barets ou Lorris Murail  !), plus connu en France pour son œuvre de fantasy ou de fantastique que pour sa SF, subtile et exigeante. Après un long purgatoire, aussi incompréhensible qu'injuste, Crowley confirme avecL'Abîme qu'il est un très grand romancier. Dommage qu'il ait fallu vingt-cinq ans pour voir ce livre surprenant enfin traduit  !


Stéphanie NICOT (lui écrire)
Première parution : 1/3/2000
dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 17/5/2001


     Le monde est soutenu par un pilier qui plonge dans l'Abîme et, autour de ce pilier, est lové le Léviathan. Une telle cosmogonie pourrait être à la base d'une fantasy drôle et loufoque — suivez mon regard — mais il n'en est rien. Cette cosmogonie-là est à prendre au pied de la lettre. Telle que. Et sur ce monde des plus bizarres arrive un homme qui n'en est pas un, un androïde qui n'a ni nom ni mémoire...

     Croisement de thèmes rebattus depuis des lustres ? Peut-être. Mais certainement jamais interprétés de la sorte. Sous les atours familiers du roman se cache un conte, voire un poème. Ce monde en forme de table d'échecs voit s'affronter Rouges et Noirs depuis des temps immémoriaux et résonne davantage comme un théâtre toujours vide où les acteurs répéteraient sans fin. Théâtral. C'est le mot. Sous ce monde-plateau, sous l'oeil mort comme une caméra de quelque démiurge absent ou endormi, distant surtout, se réitère le drame, shakespearien dans la tragique ampleur de son éternel recommencement. Shakespearien aussi dans ses fantômes pitoyables et ses trahisons, dans ses luttes fratricides et triviales, dans la folie qui habite les puissants. Tragique à l'instar de ces pièces que l'on redresse sur l'échiquier aux côtés des rois pour y mourir à nouveau et encore... en proie à une fatalité déraisonnable et maligne, tapie au balcon, qui se gausse.

     Une fatalité qui triche ; introduisant ses propres pièces, ce Visiteur, ces justes et leur Pistolet. En dernier lieu, John Crowley rompra le cycle de la tragédie et Nod, nouveau Prométhée, lancera ce monde sur sa tangente pour le meilleur et pour le pire.

     L'auteur reste on ne peut plus circonspect sur la question ; mais, au moins, le sort des hommes, bon ou mauvais, sera-t-il désormais entre leurs mains.

     Cette oeuvre étonnante, ce poème de sang et de fureur, est sans équivalent dans la science-fiction moderne, ainsi que le proclame la quatrième de couverture. C'est un bon livre, peut-être trop, que l'on peut détester. Ce sera aussi un livre difficile même si on l'adore, l'exact opposé d'une littérature de divertissement facile, un exercice intellectuel et un hommage puissant au maître elizabethain nourri d'une plume racée, et peut-être néanmoins un livre détestable. C'est bien sûr un livre qu'au risque de l'abhorrer, il faut lire. Le critique ne pouvant être ici que d'un piètre secours. Et même si, en dernier lieu, vous détestez L'Abîme, ce livre ne vous laissera pas moins l'impression d'en avoir eu pour votre argent.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/2/2000
dans Bifrost 17
Mise en ligne le : 20/9/2003


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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