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Passerelles pour l'infini

John BARNES

Titre original : A Million Open Doors, 1992

Traduction de Michel DEMUTH
Illustration de Jeff REY

PAYOT , coll. SF n° (2)
Dépôt légal : mai 1999
324 pages, catégorie / prix : 21,19 €
ISBN : 2-228-89242-4   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     La Calédonie, lointaine colonie terrienne oubliée, vit en paix. Jusqu'au jour où débarque le chevaleresque Giraut Leones.
     Soudain réintégrée à l'univers des Mille Cultures qui l'a autrefois abandonnée, la planète va subir un choc social terrible. Pourra-t-elle éviter de sombrer dans le chaos ?

     « L'un des romans de SF les plus divertissants et inventifs de l'année. »
Washington Post
 
    Critiques    
Dans l'empire des Mille Cultures, chaque planète a choisi la culture qu'elle avait envie de créer ou de recréer. Sur Nou Occitan, on vit ainsi sur le modèle de la fin' amor, rivalisant à coup de poèmes ou de duels pour être digne de sa compagne, son inspiratrice, son entendedora... Sous ses dehors colorés, ce mode de vie se révèle progressivement très réglementé (obéissant à l'enseignamen), assez superficiel et finalement plutôt méprisant pour les femmes qui sont considérées davantage comme des objets idéalisés que comme de véritables êtres humains... Même la mort n'y est pas vraiment sérieuse puisque rarement durable...
     A l'opposé, la Calédonie est un monde froid, fondé sur une rationnalité "parfaite", condamnant tout ce qui échappe à la raison, tout ce qui ne peut pas être planifié : la musique, la poésie, l'amour... et la culture occitane.
     C'est dire si l'ambassade de Giraut Leones va aboutir à un véritable choc des cultures !

     A partir d'un point de départ aussi caricatural, il fallait un grand auteur pour éviter de sombrer dans le ridicule ou le manichéisme, mais Barnes se révèle magistral, et c'est avec une grande finesse qu'il va aborder les multiples facettes de cette aventure exceptionnelle.
     Vivant, imagé, amusant, rapide, truculent, héroïque, le roman se situe entre ceux de Jack Vance et de Tim Powers, au meilleur de leurs formes. On y assiste à des spectacles colorés ou à des combats exubérants. On y fait le touriste dans des mondes exotiques, en compagnie de personnages pittoresques mais humains et crédibles. Et on y sera même confronté à un nouveau mystère : la découverte de vestiges non-humains...

     Barnes allie ici verve, intelligence, humour et action. Il dévoile avec ce brillant space opera un nouvel aspect de l'incroyable talent qui le fait exceller dans des genres très divers, comme par exemple dans la fantasy avec Le vin des dieux. Bref, un pur régal !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/6/1999 nooSFere


     Quelques siècles dans l'avenir, l'expansion de l'humanité sur plusieurs mondes a fait éclore les Mille Cultures. Fondée sur des bases ethniques, religieuses ou philosophiques très diverses, chaque communauté culturelle a pu établir sa propre colonie sur une planète habitable et pratiquer son mode de vie sans interférence avec les autres. Cette diversité a été préservée en grande partie par la longue durée des traversées interstellaires effectuées à vitesse infraluminique. Mais la stabilité des Mille Cultures est sérieusement ébranlée par l'avènement du Passeur, un mode révolutionnaire de téléportation qui permet le passage instantané de biens et de personnes entre les mondes. Car l'échange de biens et de personnes implique forcément celui d'idées et de mentalités.
     Giraut Liones est un jeune homme, ou jovent, qui appartient à la culture de Nou Occitan sur la planète Nansen. Celle-ci s'est largement inspirée de la France méridionale du Moyen Âge et de la tradition des troubadours. Comme les autres jovents qui continuent à respecter cette tradition, Giraut s'adonne à la chanson et autres poursuites artistiques, aux randonnées, aux beuveries, aux duels à l'épée, et surtout à la finamor, l'amour courtois. Mais depuis la Connexion de Nou Occitan au réseau des Passeurs quelques années auparavant, les gens de son âge délaissent de plus en plus les vieilles coutumes pour adopter celles des « interstellaires  ». Un jour, il découvre que même la donzelha qui était l'objet de ses attentions s'est convertie elle aussi aux nouvelles modes.
     Dépité, il décide de se rendre par le Passeur à Caledony, sur le monde de Wilson, en tant que membre d'une mission économique dirigée par l'un de ses amis. Cette culture vient tout juste d'accepter d'être Connectée à son tour. Ils doivent conseiller les autorités caledones afin de les aider à surmonter les difficultés inévitables que provoquera dans un premier temps l'ouverture des échanges commerciaux avec d'autres mondes. Dès son arrivée, Giraut est très désagréablement choqué par Caledony. Le climat est d'une froideur extrême, et les mœurs des habitants sont également très sévères. Gouvernée par les principes du « rationalisme chrétien  », une théologie puritaine pour laquelle seules les activités utilitaires sont licites, la vie semble bien morne comparée à Nou Occitan. Le travail est obligatoire, et tout service rendu à autrui doit être rémunéré. Les arts et les spectacles sont quasiment inexistants, en dehors des hymnes religieux et des performances musicales réalisées selon des normes strictes.
     Cherchant un moyen de faire bouger les choses, Giraut a l'idée d'ouvrir un centre culturel occitan, qui offrirait des cours de langue, de poésie, de musique, de danse, de peinture, et même de cuisine et d'escrime. Il réussit rapidement à attirer une clientèle nombreuse, surtout parmi des jeunes marginaux opprimés par l'austérité de leur propre culture et avides de connaître les pratiques des autres. Il leur apprend petit à petit à prendre goût aux arts et aux autres plaisirs de la vie, même ceux qui sont considérés comme « irrationnels  » par les autorités. Mais ses agissements et l'enthousiasme grandissant de ses élèves vont déclencher une répression violente de la part des Caledons les plus conservateurs, qui se sentent profondément menacés par cette « subversion  » venue d'ailleurs. Giraut et ses nouveaux alliés doivent trouver une stratégie pour défendre l'ouverture des esprits.
     Barnes a construit un récit ambitieux, avec un personnage principal qui évolue de façon vraisemblable à travers ses aventures, mettant en question ses propres attitudes et croyances. Au-delà de l'intrigue, l'auteur nous livre aussi une méditation riche en idées sur le thème du brassage entre les cultures, sans doute très pertinente au vu des débats actuels sur le droit à la « différence  » culturelle dans le contexte de la mondialisation économique et informatique. Aux lecteurs (surtout occitans  !) de juger de l'authenticité et de la crédibilité de sa vision des choses.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/9/1999 dans Galaxies 14
Mise en ligne le : 1/8/2001


     Représentant typique de la société de la Nou Occitan, Aimeric ne vit que pour les donzelhas, la finamor et l'entendedora.
     Duels ritualisés, douces amitiés, récitals de poèmes, chansons galantes et tavernes odorantes font son quotidien – jusqu'au jour où il lui faut accepter un poste d'ambassadeur sur une autre planète, Calédonie. Et découvrir une société fondamentalement différente de la sienne.
     Car sur Calédonie, toute la vie est fondée sur le culte de la rationalité. Implantée sur une planète glaciale, la société de Calédonie a cultivé l'ascétisme, le sens du devoir, la rigueur morale et politique. Elevé selon des concepts hédonistes très élaborés, Americ va devoir s'habituer à une société qui voue un culte fanatique au travail et ne connaît rien des plaisirs de l'esthétique.
     Erigé sur des prémices qui pourraient être fatalement artificiels, le roman de Barnes s'avère rapidement d'une impressionnante subtilité. De prime abord, la société pseudo-occitane de Wilson semble d'une superficialité immature, de même que Calédonie pourrait n'être qu'une mauvaise caricature de la Russie soviétique.
     Mais Aimeric est tout sauf un personnage hâtivement brossé. C'est un être profond, à la nature généreuse et intelligente, qui trouve dans sa curiosité et dans sa générosité de quoi comprendre la société austère de Calédonie, en voir la beauté cachée, et enfin développer cette dernière. Explorant les liens entre des sociétés pourtant radicalement divergentes, Passerelles pour l'infini construit ses deux mondes avec une minutie qui ne saurait cacher l'amour de l'auteur pour sa création.
     On parle souvent de Jack Vance comme étant l'exemple idéal du bâtisseur de mondes exotiques. A ce titre, John Barnes se révèle ici comme l'un de ses héritiers les plus doués.
     Mais en fait, il dépasse son maître sur plusieurs points : car là où Vance n'utilisait que des personnages de carton-pâtes et des sociétés plutôt réactionnaires, John Barnes (l'un des rares écrivains américains de SF doté d'une véritable conscience politique de gauche, avec Michael Swanwick) s'attache à la psychologie et aux émotions de ses héros, ainsi qu'aux résonances idéologiques de ses mondes. Sa principale interrogation porte sur le rôle de l'art : de quelle utilité peut être l'art dans la société ? Non pas l'art égoïste de l'artiste qui se regarde le nombril, qui s'interroge sur sa propre création, mais l'art au sens de design, architecture, urbanisation, outil social l'art de vivre. Une question que la science-fiction ne pose pas si souvent, hélas.
     Empruntant tant à la SF ''de papa'' qu'à la fiction spéculative, John Barnes en a retiré le meilleur des deux mondes.
     Passerelles pour l'infini est une oeuvre attachante, qui permettra sans doute aux lecteurs français de découvrir que son auteur vaut bien mieux que le très pesant Mère des colères.


André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/9/1999 dans Bifrost 15
Mise en ligne le : 1/9/2001


     Que se passe-t-il lorsqu'une société autarcique s'ouvre tout d'un coup aux autres ? Que se passe-t-il lorsqu'une société fermée, entièrement dévouée au travail, rencontre les autres mondes humains pour la première fois ?
     C'est le point de départ de ce roman de John Barnes, tout en finesse et délicatesse. Rencontre entre civilisations radicalement différentes, découverte de la poésie et de la musique, découverte aussi de la révolution... Toute la richesse de ce roman ne peut tenir dans un résumé aussi succinct mais pourtant, tout est là... Le roman est beau, intelligent, riche, fou et il ne tient vraiment qu'à ça : ouvrir une passerelle sur le reste du monde et permettre à une société de s'ouvrir aux autres malgré elle, malgré tout... Car les dirigeants ne sont pas vraiment d'accord avec une ouverture aussi totale...
     Révolution culturelle SF, révolution pleine de charme et d'espoir sur fond de musique occitane et de fin'amor... Il est bien difficile de définir un tel récit sans le réduire à ce qu'il n'est pas...

Sara DOKE
dans Phenix 54
Mise en ligne le : 1/1/2004


 

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