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Lentement s'empoisonnent

Joëlle WINTREBERT

Science Fiction  - Illustration de Valérie GAUTIER
FLAMMARION, coll. Quark Noir n° (5), dépôt légal : octobre 1999
238 pages, catégorie / prix : 69 FF, ISBN : 2-08-067626-1
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Un patron d'ONG qui se noie dans le Léman, pourquoi pas ? Dans un mètre d'eau, c'est déjà plus troublant. Meurtre ? On se demande bien qui pourrait en vouloir à un apôtre de l'aide au tiers monde. Mais dans l'affaire Otto Hagen, ce ne sont pas les bizarreries qui manquent. Par exemple, depuis quand les trusts pharmaceutiques font-ils dans l'import-export de bananes ? Et qu'est-ce que ce vaccin anti-sida testé sur des humains sans que personne en ait jamais entendu parler ? Pour Mark Sidzik, une seule certitude : s'il ne se dépêche pas, c'est une hécatombe qui l'attend. Et il pourrait bien en faire partie...

     Auteur, critique, anthologiste, scénariste, Joëlle Wintrebert est l'une des rares romancières françaises à s'être illustrées en science-fiction. Son premier roman, Les olympiades truquées, paru en 1980 et récemment réédité, traitait avant la lettre du clonage et du dopage. Pour ce premier thriller, elle s'attaque à la transgenèse.

 
    Critiques    
C'est avec un certain scepticisme que l'on aborde cette nouvelle aventure de Mark Sidzik, car le procédé devient en effet répétitif : tout commence par le meurtre d'un haut responsable, sur le point de rendre publics les secrets d'un trust, et nous savons donc déjà que Sidzik va mettre au jour une sombre affaire d'éthique en rapport avec son activité principale... ici la production d'aliments/médicaments transgéniques.

     Pourtant, il faut avouer que Joëlle Wintrebert s'en tire plus qu'honorablement. Les premiers chapitres sont poussifs, en raison des contraintes imposées par la série, avec notamment la réintroduction inévitable de l'inconsistant Sidzik, dont la personnalité ne parvient guère à s'affirmer au fil des volumes, et de l'insupportable Cailloux, décidément trop caricatural.

     Par la suite, l'auteur parvient en revanche à donner un véritable rythme au récit et à captiver grâce à un sujet scientifique d'actualité dont les conséquences sont analysées rigoureusement, et grâce aussi à une intrigue plus complexe qu'on ne pouvait l'imaginer, où interviennent entre autres guerres ethniques, armes bactériologiques, luttes familiales et bien sûr intérêts financiers.

     Plus le récit avance, plus Joëlle Wintrebert lui donne une réelle densité et plus nous oublions les réserves initiales, nous laissant finalement emporter par ce thriller fort bien ficelé et totalement convaincant. L'auteur a probablement dû museler son imagination pour conserver le réalisme scientifique qui est le principe de base de cette collection, et l'on peut regretter de ne pas avoir une version plus débridée où elle aurait pu approfondir son analyse et affiner ses personnages, mais en l'état, il s'agit tout de même d'un bon polar scientifique qui atteint parfaitement ses objectifs.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Conformément au principe de la série, héros récurrent et fidèle coéquipier (plus Grandma et admiratrice) contrent des malfaisants, dans un futur proche qui permet de justifier un petit coup de pouce à la science, ici des fruits transgéniques pour vaccins mangeables, sur fond de cobayes humains, ONG et labos privés, intérêts financiers, et, in fine, haines inexpiables aux limites sud du Sahara  : science, éthique et (géo)politique. On se demande jusqu'au bout qui est coupable, qui est complice, qui manipule qui, l'écrit montrant sa supériorité sur l'audiovisuel car quelqu'un peut parler sans même que le son de sa voix laisse deviner qui il est. Bref, on a un polar prenant, avec une bonne dose de vulgarisation. CE n'est pas de la SF, ou si peu, mais tant pis.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/3/2000
dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 17/5/2001


     On n'a pas souvent l'heur de lire Joëlle Wintrebert dans les collections pour adultes, et encore moins d'inédits, alors, autant profiter de l'occasion. Lentement s'empoisonnent s'inscrit dans la série des enquêtes de Mark Sidzik, labelisée « Quark Noir » et sous-titrée « La science kidnappe le polar », où se sont déjà illustrés entre autres Pierre Bordage et Richard Canal. Mark Sidzik, ex-astrophysicien devenu enquêteur au service d'un comité d'éthique, est donc de fait un héros partagé.
     Peu de temps après avoir reçu d'Otto Hagen, président d'une ONG, un e-mail fort compromettant pour son expéditeur, Sidzik apprend que celui-ci s'est noyé dans le lac de Genève avant d'avoir pu se mettre à table. Cherchant à en savoir davantage, il voit toutes les portes se fermer devant lui, parfois de manière définitive. Mais trop tard : le lièvre est levé. Avec l'aide de son copain Fred, qui est à Sidzik ce que Bill Ballantine est à Bob Morane, faire-valoir et accessoire narratif, il progresse en dépit des risques croissants, ses énigmatiques adversaires ne reculant pas devant des moyens expéditifs.
     Dans un jeu où se croisent multinationales de l'industrie pharmaceutique, ONG de développement en Afrique, l'OMS, des investisseurs de capital-risque, une société de recherche spécialisée dans les organismes transgéniques (OGM) destinés à la production de vaccin, et des sociétés écrans : les mises sont plutôt élevées. Vu les coûteux délais et les parcours du combattant qui président à la commercialisation d'un nouveau vaccin et à la production de transgènes, il faut bien s'attendre à ce que la légalité soit circonvenue. Inévitablement. Tout le monde étant compromis avec tout le monde...
     Joëlle Wintrebert joue fin. Plutôt que d'épaissir grossièrement la sauce en présentant des sociétés transnationales comme des criminels sans scrupule aucun ainsi que l'eût naguère fait une certaine SF politique, elle montre combien l'appât du gain des fonds de pension conduit à un déficit éthique. Lequel constitue une faiblesse qui peut être exploitée par d'autres. Trop souvent en effet, la morale s'arrête où commence l'intérêt.
     A défaut de tenir un chef-d'oeuvre, on a là un roman qui allie l'utile à l'agréable. A un thriller divertissant, Lentement s'empoisonnent joint un coup de projecteur sur les mécanismes qui conduisent à des affaires de « vaches folles » ou de « sang contaminé », où il apparaît que la rétribution du capital est plus nocive que les transgènes. Bref, c'est certain, voici une belle occasion de ne pas lire idiot.


Jean-Pierre LION
Première parution : 1/12/1999
dans Bifrost 16
Mise en ligne le : 10/1/2002


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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