Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Littérature Choisir un autre habillage   
    Critiques    
    Littérature    
    Identification    
    Fiche livre    

La Résistante

Elizabeth MOON

Titre original : Remnant population, 1996
Science Fiction  - Traduction de Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Antoine POULAIN
J'AI LU, coll. Science-Fiction (1992 - 2001, 3ème série - dos violet/blanc) n° 5219, dépôt légal : avril 1999
384 pages, ISBN : 2-290-05219-1

Couverture

    Quatrième de couverture    
Elizabeth Moon
Après des études d'histoire et de biologie, elle écrit pour le journal local, fait partie de l'équipe médicale d'intervention d'urgence dans les zones rurales du Texas, suit une formation d'officier dans les Marines... et trouve le temps d'écrire des romans de S-F et de fantasy, dont deux en collaboration avec Anne McCaffrey.

     Quand la colonie n° 3245-12 est transférée sur une autre planète, Ofélia décide de rester. Cette vie solitaire lui convient : enfin libre, à soixante-dix ans !
     Mais bientôt, de nouveaux colons débarquent. Et sont immédiatement massacrés. C'est ainsi qu'Ofélia découvre que ce monde qu'elle croyait désert est habité par d'étranges créatures. Malgré sa peur, elle les accueille et réussi à aprivoiser ces extraterrestres bâtisseurs de nids. Ce sont en fait des êtres pacifiques, qui n'ont tué que pour protéger leur progéniture. Entre la vielle femme et les « hommes-oiseaux », un dialogue s'instaure, sans que les mots soient nécessaires. Les Terriens, cependant, n'ont pas l'intention de les laisser vivre en paix et envoient sur place un bataillon d'experts.
     Méfiance à l'égard de la « différence », sagesse des anciens, maladresse des jeunes qui croient tout savoir, pouvoir de l'intuition par rapport à la science acquise : une fiction qui ressemble étrangement à la réalité...

 
    Critiques    
     La Résistante est un roman d'un grand classicisme, aussi bien dans les thèmes que dans l'écriture.

     Après avoir joué à Robinson Crusoë, Ofélia s'éveille à une nouvelle civilisation, totalement étrangère... Sur ce thème fort connu, Elizabeth Moon développe une histoire qui rappelle l'âge d'or de la SF, avec toutefois une grande sensibilité, qui se traduit notamment par le choix de l'héroïne, une septuagénaire percluse de rhumatismes.

     Le rythme particulièrement lent de l'action teinte le roman d'une ambiance agréable et suggère comment chacun doit patiemment apprendre à se connaître. L'auteur n'hésite pas à décrire sur de nombreuses pages les lents progrès linguistiques qui permettent d'établir la communication et la compréhension, et elle dresse progressivement un tableau assez convaincant d'une civilisation autre, peut-être un peu idéalisée.
     Les passages les plus réussis sont d'ailleurs ceux qui exposent la propre vision des extra-terrestres, et nous regrettons que l'auteur n'ait pas davantage exploité cette intéressante approche.

     Tout ceci n'est pas sans rappeler l'histoire des conquêtes indiennes, mais le massacre sera ici évité, grâce à l'énergie d'Ofélia...

     Au bout du compte, il s'agit d'une variation sur un thème connu, plaisante même si elle ne renouvelle pas le genre.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/5/1999
nooSFere


     Etrange roman que celui d'Elizabeth Moon. Il entrelace en effet une classique histoire de Premier Contact avec l'improbable quête de soi d'un personnage qui ne ressemble en rien aux héros habituels de la science-fiction.

     Ophélia, une vieille femme de soixante-dix ans bien sonnés, peu éduquée (on pourrait même dire mal dégrossie), qui s'est identifiée durant toute sa vie aux rôles sociaux qu'on s'attendait à lui voir jouer (épouse, mère, colon), décide soudain que la coupe est pleine. La compagnie qui gère la colonie a perdu son contrat ? Les colons doivent partir ? Eh bien, qu'ils partent, sans oublier l'ingrat qui lui sert de fils, et sa crétine d'épouse ! Elle, elle restera. Tout ce qu'elle désire, pour achever son existence, c'est être déchargée du regard d'autrui. Du poids de ce regard qui la restreint, qui l'enferme dans des rôles qu'elle ne veut plus assumer. Mais peut-on vraiment se débarrasser de l'altérité ? D'une part, elle est là, à l'intérieur de nous, dans ce que Freud appelait le SurMoi — et Ophélia, malgré sa nouvelle indépendance, va vite s'apercevoir qu'elle a intériorisé des limites dont il n'est pas si aisé de se débarrasser. Ensuite, quoi que l'on fasse, les autres sont partout et ils accourent au moindre prétexte — y compris sous la forme la plus radicale possible de l'altérité : celle d'extra-terrestres aux processus mentaux complètement différents de ceux des humains. Des extra-terrestres qui viennent l'étudier et veulent eux aussi imposer des contraintes, des rôles, des identités sociales. Comment Ophélia va-t-elle réagir, à la solitude d'abord, puis à cette résurgence de l'altérité ? C'est là tout le propos du roman.

     Le charme principal de la Résistante, on l'aura compris, réside dans le caractère insolite de son héroïne. Ignorante, méprisée par les siens, tenaillée par les douleurs d'une vieille femme soumise à un labeur épuisant, elle va devoir faire face à une situation qui exige à la fois subtilité, dynamisme et ouverture d'esprit. De plus, les extra-terrestres ayant massacré la nouvelle vague de colons, qui avait détruit leurs nids, elle reste la seule humaine sur la planète — la seule représentante de cette espèce avec laquelle ils doivent traiter, pour faire comprendre leurs exigences devant la menace d'une colonisation de masse. D'insignifiante, presque invisible (au point que nul n'a eu l'air de remarquer son absence lors de l'embarquement), la voici devenue la figure-mère de l'humanité, celle entre les mains de qui tout repose. Au grand désespoir des experts qui la rejoindront plus tard et qui ne pourront que constater la situation — les dégâts ? — qu'elle a déjà suscitée. Elizabeth Moon analyse ici avec beaucoup de finesse les résonances psychologiques de ces incessants revers de fortune, ce qui donne à son personnage un caractère d'authenticité rarement atteint dans un récit de Premier Contact.

     Le livre cependant ne manque pas de faiblesses. D'une part, compte-tenu de l'intrigue, qui propulse Ophélia au rang d'unique protagoniste durant pratiquement la moitié du roman, il est un peu difficile de prendre conscience du temps qui s'écoule durant cette période. La vieille femme ressasse ses souvenirs d'une manière suffisamment intéressante pour ne pas rendre le passage totalement soporifique, mais on s'y perd un peu — ce qui est peut-être voulu. D'autre part, les connaissances actuelles en psychologie rendent peu crédible cette longue solitude apparemment sans conséquences psychiques graves. Ophélia ne se laisse jamais aller, ne perd ni sa capacité de langage, ni ses bonnes manières, ce qui semble quelque peu invraisemblable. Même si sa solitude est choisie, on sait qu'elle n'est pas sans effet sur la conscience et sur la capacité à entretenir un rapport cohérent avec le réel. Apparemment, rien de tout cela ne touche jamais Ophélia. Enfin, la réaction des compagnies terriennes aux desiderata des extra-terrestres et à la détermination de la vieille femme ne sonne pas très juste. Sans en dévoiler plus, pour ne pas déflorer l'intrigue, avouons tout de même que la fin est globalement faible. Il faut dire qu'avec une héroïne de soixante-dix ans au début du livre, et une intrigue qui s'étend sur des années, la fin est quelque peu inévitable...

     Globalement, malgré une intrigue principale un peu mince, La Résistante vaut pourtant le détour. Il est tout entier porté par le personnage d'Ophélia, qui nous impose peu à peu son caractère et sa vision insolite des choses. Les extra-terrestres, quant à eux, valent surtout pour leur rôle symbolique : d'abord altérité radicale, ils vont peu à peu mettre en évidence les caractéristiques nécessaires de tout être intelligent. Et c'est finalement en découvrant qu'il y a quelque chose d'elle chez les autres qu'elle va pouvoir accepter en elle et autour d'elle la présence d'autrui. Sans avoir l'air d'y toucher, Moon nous incite ici à réfléchir à une multitude de thèmes qui dépassent largement le niveau d'une simple aventure de premier contact : le rôle de la culture sur le développement de l'intelligence, la place des vieux dans la société, les rapports avec autrui, etc.

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 5/7/2000
nooSFere


     Après quarante ans passés à établir un début de civilisation sur la colonie n°3245-l2, Ofélia apprend que les colons sont transférés ailleurs. A soixante-dix ans, le voyage en caisson de cryogénisation n'est pas sans risque pour elle. A soixante-dix ans, on n'a pas envie non plus de recommencer sa vie sur un nouveau monde. Mais la toute-puissante Compagnie reste intraitable, de sorte que la vieille femme se cache durant l'embarquement et ne revient au village qu'après le départ de la dernière fusée.
     Commence alors une nouvelle vie au parfum de liberté : chez les colons, les codes de la vie en société sont stricts, prudes, et la femme y est peu considérée.
     Ofélia cultive son jardin, s'habille selon sa fantaisie et entretient les machines restées en fonctionnement. Elle apprend ainsi qu'un nouveau groupe de colons débarqués dans une région plus tempérée ont été massacrés par des indigènes (curieusement appelés extraterrestres tout au long du récit). Peu après, elle les rencontre ; les deux cultures apprennent à se connaître. Ofélia contrevient cependant à tous les règlements en leur présentant la technologie terrienne, qu'ils assimilent beaucoup plus vite qu'elle peut l'imaginer.
     Suite au massacre, des représentants de la Compagnie découvrent l'existence d'Ofélia et débarquent pour mettre bon ordre à ce qu'ils considèrent comme de graves dysfonctionnements. Confrontée à des psychologues et ethnologues qui la toisent de leur superbe, la vieille femme se révèle plus sage que ces jeunes gens arrogants qui croient tout dominer par leur savoir. A leur science, elle oppose sa capacité d'écoute et d'observation, mais il n'est pas certain que son attitude parviendra à épargner au Peuple une mise au pas sous la tutelle de la Compagnie.
     Généreux et sensible, ce roman est original dans la mesure où il met en scène une vieille femme qui a suffisamment de courage et d'entêtement pour lutter seule contre tous. Le récit se développe toutefois lentement, trop lentement parfois : les indigènes, par exemple, n'apparaissent qu'après la centième page. Les caractères finement observés des protagonistes et la description de la civilisation étrangère ne sont pas en cause, Elizabeth Moon s'attachant à décrire les multiples tâches quotidiennes de son héroïne, comme pour mieux nous faire partager, à travers la monotonie de son existence solitaire, la paix intérieure qu'elle en retire. Au final un roman intéressant mais qu'on recommandera avant tout aux amateurs de sensations nuancées et délayées plutôt que d'aventures grand écran en technicolor.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/9/1999
dans Bifrost 15
Mise en ligne le : 1/9/2001


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique. Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.