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Frères de chair

Michael Marshall SMITH

Titre original : Spares, 1996
Science Fiction  - Traduction de Hélène COLLON
CALMANN-LÉVY, coll. Suspense, dépôt légal : octobre 1998
374 pages, ISBN : 2-7021-2909-9

Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Au frontière du réel, un livre saisissant. »
Clive Barker

     La chance ? Jack Randall ne veut même pas en entendre parler. Il a cessé d'en avoir le jour où, policier enquêtant sur le truand Vinaldi, il a découvert sa femme et sa fille assassinées. Pour oublier, il a passé cinq ans dans un trou perdu, une ferme d' « alters », des clones qui végètent jusqu'à ce que leur double ait besoin de leur corps. Jack s'est attaché malgré lui à ses pensionnaires et décide de s'enfuir avec six d'entre eux afin de les sauver d'une mort certaine.
     Mais dès qu'il regagne New Richmond, une mégapole mobile de 200 étages, où autrefois il se sentait chez lui, Jack se fourre dans le pétrin. Son ex-collègue meurt en voulant l'aider et les alters disparaissent. Lancé à la poursuite des kidnappeurs, Randall va devoir retourner dans la Brèche, un monde virtuel où, adolescent, il a participé à une guerre sauvage et sans merci.
     Roman détonnant, Frères de chair conjugue l'onirisme inquiétant de Blade Runner et l'humour au vitriol des meilleurs polars.

     Michael Marshall Smith, né en 1965, a obtenu le prix August Delerth pour son premier roman, Avance rapide (Pocket, 1998). Également scénariste, il vit au nord de Londres.
     Frères de chair sera prochainement adapté au cinéma par DreamWorks, la maison de production de Steven Spielberg.


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    Critiques    
Si Frères de chair confirme le talent d'écrivain de Michael Marshall Smith, ce second livre est néanmoins une demi-déception, car il se contente de décalquer son premier roman, Avance rapide : l'atmosphère est celle du polar, les personnages s'y ressemblent comme des frères, les cités sont divisée en "quartiers" très typés (ici des étages), les objets sont dotés d'une forte personnalité, les héros pénètrent dans un univers "différent" à la moitié des livres, le passé des héros permet de comprendre le présent... Bref, beaucoup (trop) de points communs...
     En plusieurs points Avance rapide s'avère d'ailleurs plus convaincant. La bascule entre les univers y est plus brutale et parvient à prendre le lecteur par surprise, et l'histoire devient avec bonheur plus ouvertement fantastique, alors que Frères de chair s'achève sur un "deus ex machina" moins crédible.
     Car, à travers ces deux livres, et malgré leur décor, Smith s'affirme davantage comme un auteur fantastique que comme un auteur de SF. Par exemple, l'une des scènes les plus brillante de Frères de chair, la description de la "ferme" des clones, est avant tout une vision cauchemardesque et n'a guère de vraisemblance scientifique; le clonage semble d'ailleurs peu intéresser l'auteur, et il ne reviendra pas sur le sujet par la suite, ce qui est dommage. De même, un autre moment fort du roman, l'incursion dans la "brèche", évoque davantage une guerre du Vietnam fantasmatique qu'un monde virtuel cyberpunk.
     Si l'univers de Smith pourrait évoquer celui de Philip K. Dick (distorsions de la réalité, drogue...), son ton est radicalement différent. Smith s'intéresse à l'inconscient, aux cauchemars et aux mondes imaginaires tels que peuvent lesvivre un enfant. Ses personnages ont, comme Peter Pan, connu un monde "autre" lors de l'adolescence, et depuis ils n'ont pas réellement pu "grandir" et atteindre leur maturité. En définitive, leurs rapports affectifs avec leur entourage, femmes ou amis, enfants ou clones, constituent l'un des sujets principaux de ces livres, et il s'en dégage une certaine tendresse, qui, avec l'humour omniprésent, empêche l'univers décrit de devenir réellement oppressant.
     Au total, Frères de chair est un livre intéressant et original, même s'il s'agit pour l'auteur d'une redite, avec quelques passages remarquables et très agréable à lire dans l'ensemble. Espérons que l'auteur saura se renouveler à l'avenir.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Soit, premièrement, une mégalopole compartimentée en quartiers dont certains vivent en autarcie. Dans le quartier des Actionneurs — les décideurs de l'avenir — , un personnage important s'évanouit sans laisser de traces, et les autorités contactent Stark, qui n'a pas son pareil pour retrouver ce qui a disparu, afin qu'il lui remette le grappin dessus. Soit, deuxièmement, une mégalopole flottante immobilisée au-dessus de la Virginie, où se réfugie Jack Randall, un ex-flic paumé qui a passé cinq ans de sa vie à veiller sur des clones élevés pour servir à des greffes d'organes, et dont la vie a basculé lorsqu'il s'est pris d'affection pour ce cheptel humain. Et comme les choses ne sont jamais aussi simples qu'elles en ont l'air, Stark et Randall vont avoir droit à leur content de surprises alors même qu'ils croyaient avoir résolu leurs problèmes respectifs...
     Révélé par ses extraordinaires nouvelles de terreur, Michael Marshall Smith a surpris ses lecteurs en choisissant la SF pour passer au stade du roman. En fait, autant Avance rapide que Frères de chair sont des hybrides : l'intrigue ressortit au thriller, le décor à la SF et l'ambiance se partage entre l'humour le plus décapant et l'horreur la plus noire. On est certes tenté de déceler les influences qui ont pu aboutir à ces cocktails détonants, et si Smith avoue son admiration pour Philip K. Dick (voir entretien dans Ténèbres n° 4), ses machines bavardes — l'IA gérant le quartier Coloré critiquant la tenue vestimentaire d'un protagoniste, un réfrigérateur dissuadant un consommateur d'acheter ses produits prétendument frais — évoquent davantage Robert Sheckley, même si Smith semble passionné par les simulacres de réalité à la sauce dickienne. Smith a cependant un ton, une voix qui n'appartiennent qu'à lui, et il sait à merveille trouver le point d'équilibre entre le sarcasme et le désespoir.
     Une petite réserve : il est paradoxalement regrettable que ses deux premiers romans sortent simultanément en France car, avec le recul, Avance rapide apparaît un peu comme le brouillon de Frères de chair, nettement plus maîtrisé au niveau de la construction, avec lequel il présente de nombreuses ressemblances — structure gigogne et accumulation des effets de surprise — , quoiqu'il soit nettement moins noir. Les éditions Calmann-Lévy annoncent d'ores et déjà la prochaine publication du troisième roman de Michael Marshall Smith, One of Us, qui confirme que notre auteur fait des progrès à pas de géant.

Jean-Daniel BRÈQUE
Première parution : 1/12/1998
dans Galaxies 11
Mise en ligne le : 1/2/2001


     Après Avance rapide (voir Bifrost 11), voici un second roman de Michael Marshall Smith traduit en français, dans une collection de polars dont les auteurs fétiches ne sont autres que Patricia Highsmith et Ruth Rendell. Si Frères de chair y est tout à fait à sa place, il ne s'agit pas moins de science-fiction à la mode cyberpunk. Enfin presque...

     Le principal personnage, Jack Randall, est un flic déchu. Déchu, pas ripoux. Un marginal. Adultère et junkie, pour faire bonne mesure. Après que sa femme et sa fille aient été abattues, il a quitté New Richmond, la ville volante en panne depuis des lustres, et est parti travailler dans une ferme de clones. Un élevage de chair humaine. De la viande sur pieds de laquelle on prélève des pièces détachées selon les besoins des originaux. Là, il faut admettre que Smith fait fort comme bâtisseur d'enfer : les clones vivent nus dans des caves sombres et humides en attendant d'être dépecés à vif entre les viols et les orgies sadiques. Personne ne leur apprend seulement à parler. Sauf Randall. Et un jour, il est obligé de s'enfuir avec une demi-douzaine d'entre eux à l'aide du drone Ferraille.
     De retour en ville, son pote Hal est flingué et les clones disparaissent à l'exception de Suej, Avec l'aide de Howie, un truand, il veut se venger de Vinaldi devenu le caïd de New Richmond par la grâce de Maxen, l'homme le plus puissant de la ville. Interviennent alors deux spectres du passé : Yhandim et Ghuaji. Des Yeux-de-feu, comme lui-même. Des hommes ressortis de la Brèche, un univers mi virtuel mi parallèle des plus bizarres où la prise de dope — du Raviss — est une condition de survie. Ils sont à la solde de Maxen, qui les a tirés de là...

     La pègre et les truands à la Al Capone n'ont jamais fait partie des clichés de la S-F. Ils n'en constituent pas moins le motif central de ce roman, où s'agitent drones et clones entre réalité virtuelle et cités volantes. Entre Egan et Ellroy.
     À la poursuite de Ghuaji, Randall et Vinaldi retournent dans la Brèche, où tous, y compris Maxen, ont fait la guerre dans leur jeunesse. À ce moment, le roman dérape et prend un tour plutôt dickien.

     Parce qu'on ne construit pas un univers S-F comme un roman noir, Frères de chair souffre d'un gros problème de cohérence interne. Dans un « noir », on peut délaisser le racket pour la came. Mais si, en S-F on largue soudain les clones pour plonger dans la réalité virtuelle, ça dysfonctionne. Nombre de questions restent ainsi sans réponse. L'absence de lien manifeste entre les clones et la Brèche ne cesse de perturber le lecteur. Après s'être attendu à ce que le roman focalise sa thématique sur la condition des clones, ces derniers disparaissent, tout simplement. Quant à la Brèche, dite d'origine informatique, elle se présente davantage comme un univers parallèle auquel on accède en suivant des chats dans la cambrousse. Quant à savoir pourquoi on y fait la guerre...

     Reste que le personnage de Jack Randall, enfant malheureux, flic intègre mais junkie paumé, mari infidèle mais amoureux, traumatisé par sa guerre dans un Viêt-Nam allégorique, gorgé de culpabilité et de fantômes, à la recherche de lui-même, voit son portrait brossé en flash-back. Ce personnage complexe n'est pas le moindre intérêt d'un livre où des qualités certaines voisinent avec des défauts rédhibitoires. Les qualités relèvent du roman noir, les défauts de la S-F. De sorte que Frère de chair laisse une impression mi figue mi raisin. Peut-être n'est-on pas passé bien loin de l'excellence. Ce ne sera pourtant pas pour cette fois...

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/2/1999
dans Bifrost 12
Mise en ligne le : 1/11/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (2001)


     Jack Randall est un ancien policier qui a démissionné suite à l'assassinat de sa femme et de sa fille, parce qu'il enquêtait sur un truand mafieux de New Richmond. Quittant cette mégalopole de 200 étages, inégalitaire, où les classes sociales sont cloisonnées, il s'est fait embaucher comme gardien dans une ferme de clones. Révolté par les conditions de vie de ces êtres qui ne sont rien d'autres que des banques d'organes, voués à végéter et attendre qu'on vienne les mutiler pour prélever telle ou telle partie de leur corps, Randall prend la fuite avec six d'entre eux. Mais de retour à New Richmond, ses protégés se font kidnapper, et pour les retrouver il devra replonger dans les jours sombres de son passé. Son enquête, avec l'aide d'une prostituée et du truand qu'il soupçonne être l'assassin de sa famille le mènera jusque dans la « Brèche », une sorte de monde virtuel dans lequel il a jadis mené une guerre qui l'a profondément marqué. Il y retrouvera les véritables assassins de sa famille, et les kidnappeurs des clones. Ne parvenant à n'en sauver qu'une seule, il quittera définitivement New Richmond avec celle-ci et la prostituée pour, ayant retrouvé la sérénité et réglé ses comptes avec le passé, refaire ailleurs sa vie

     La description du début du roman pourrait laisser croire que Frères de chair n'est rien d'autre que le récit d'une course poursuite d'un gentil après les méchants qui ont capturé d'autres gentils. Que l'on ne s'y trompe pas ! Cette histoire de clones et d'un ancien flic dont la famille a été massacrée, vétéran d'une guerre évoquant furieusement celle du Vietnam (la simple évocation de ces quelques clichés parmi de nombreux autres pourrait faire fuir le lecteur) n'est que l'amorce d'un récit beaucoup plus complexe, à plusieurs couches, une plongée dans le passé de Randall qui ne se dévoile que progressivement. Car la très grande force de Frères de chair, c'est la profondeur et l'humanité de son personnage. La narration à la première personne n'y est d'ailleurs pas pour rien, et si je devais établir une comparaison, ce serait avec La guerre éternelle de Joe Haldeman, rien de moins !

     J'ai d'ailleurs retrouvé dans Frères de chair les mêmes qualités que dans Avance rapide, le précédent roman de Smith, paru également chez Pocket : une histoire policière trépidante et à tiroirs, racontée à la première personne par un personnage particulièrement réussi qui évolue dans un monde impitoyable et cloisonné. Malgré la noirceur de l'atmosphère, la narration est bourrée d'humour (les scènes où Randall se trouve confronté à des objets « intelligents » sont irrésistibles !). J'y ai aussi retrouvé le même défaut : l'histoire a tendance à s'enliser lorsque la réalité bascule dans le virtuel (qu'il s'agisse du « monde des rêves » dans Avance rapide, ou de la Brèche dans Frères de chair), et me laisse une légère sensation de fouillis.

     Frères de chair reste malgré tout une belle réussite, et si pour moi il n'est pas encore LE grand roman de M. M. Smith, il s'agit sans conteste un roman à découvrir, par un auteur des plus intéressants et prometteurs.

Philippe HEURTEL
Première parution : 1/7/2001
dans Dragon & Microchips 19
Mise en ligne le : 21/10/2003


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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