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Le Petit garçon qui voulait être mort

Jean-Pierre ANDREVON

Fantastique  - Illustration de Rémi HAMOIR
LES BELLES LETTRES, coll. Le Cabinet noir n° 36, dépôt légal : octobre 1999
240 pages, catégorie / prix : 7,47 €, ISBN : 2-251-77138-7
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Comment distinguer la science-fiction du fantastique ? Selon Philip K. Dick, c'est impossible. D'abord considéré comme un auteur de science-fiction, Jean-Pierre Andrevon peut-il être vu aussi comme un écrivain « fantastique » ? Qu'est-ce qu'il y a « de l'autre côté » ? C'est de cette distance impossible à combler que vient la tristesse », a-t-il lui-même écrit. Les huits nouvelles inédites de ce recueil ne sont pas toutes tristes, mais elles sont souvent angoissées et toujours inquiétantes. Dans tous les cas, passionnantes.


    Sommaire    
 
    Critiques    
     Dans ce très beau recueil, très équilibré même s'il est composé de nouvelles inclassables, Andrevon se montre de nouveau un auteur à la fois révolté et désespéré.

     Sa révolte se manifeste notamment dans des sortes d'aperçus fugitifs de situations étranges dont nous n'aurons pas toutes les clefs. Ainsi, dans Regarde-le !, des dinosaures continuent à être chassés au XXe siècle : s'agit-il d'une uchronie, d'une expérience scientifique, d'un univers parallèles ? Nous n'en savons rien mais l'important n'est pas là ! Dans Qu'est-ce qui va encore arriver, des fossoyeurs attendent en marge du champ d'une bataille inconnue que les morts viennent à eux pour leur dernier repos ; à ce tableau étonnant succède une terrifiante conclusion où même les morts sont anéantis.

     Le désespoir accompagne aussi ses personnages, souvent jetés dans un univers qui bascule, en particulier dans Et si nous allions danser ?, où un camp de vacances paraît se confondre avec un camp de concentration, ou encore dans Condamné, où le verdict prononcé par un médecin ressemble à celui d'un juge, incitant la victime à proclamer son innocence...

     Il y a finalement au fond de chaque texte — suffisamment surprenant et dérangeant pour inciter à la réflexion — une dénonciation de l'absurdité du monde et de la vie, de l'être humain qui continue à tuer et à chasser, de la maladie qui frappe au hasard, ou de la mort si terrible... alors qu'elle est peut-être la solution pour enfin s'aimer dans l'éternité, comme est amené à l'imaginer le petit garçon de la nouvelle-titre.

     L'ensemble du recueil est ainsi auréolé d'une sorte de désespoir sombre mais lucide, qui ne s'accompagne pas pour autant de résignation : Andrevon continue à dénoncer, et il le fait ici de manière particulièrement subtile.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/12/1999
nooSFere


     Le texte éponyme relève de l'horreur ou de l'angoisse plus même que du fantastique, mais six des sept autres renvoient à la SF, même si, loin des « pourquoi », des explications et de la quincaillerie, ils sont aux exacts antipodes de la hard-science. Aux frontières de l'onirique, ils traduisent des angoisses d'aujourd'hui ou de toujours, en se plaçant du point de vue de l'acteur ou plutôt du figurant, qui décrit souvent sans comprendre, et en jouant d'une langue savamment transparente, ce qui donne à l'imaginaire de fausses couleurs d'évidence quotidienne.
     C'est ainsi que des dinosaures survivent jusqu'à nous et sont décimés par les hommes, qu'un camp de vacances se fait camp de concentration dans l'indifférence générale, que la population du Nord se fait un devoir de repousser très concrètement les populations du Sud, qu'une société chasse ses vieux sans épargner les anciens chasseurs quand le temps a passé, qu'un purgatoire accueille les morts de toutes les guerres jusqu'à la vitrification nucléaire, et que, enfin, on suit une histoire de doubles, ou plutôt de clones, d'identité perdue, de rapport à la réalité, de substitution, d'expérience scientifique imparfaite... S'y ajoute, côté fantastique — s'il faut trier et classer — une course de mort en mort, cauchemar en forme d'accumulation infinie d'agonies, paru dans Ténèbres n° 1.
     On peut regretter que certaines esquisses ne soient pas devenues tableaux, où n'aient pas été intégrées à un texte plus ample. C'est le sort des rêves. Et si le lecteur peut avoir une impression de trop peu, c'est bien qu'il en redemande, et donc qu'il apprécie l'auteur, sa voix, son ton.


Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/12/1999
dans Galaxies 15
Mise en ligne le : 17/5/2001


     Après Les crocs de l'enfance, chez Denoël, qui rassemblait des récits épars parus ici et là, Andrevon nous donne un recueil de textes originaux — si l'on excepte une nouvelle parue dans le n° 1 de Ténèbres. Il s'agit de huit nouvelles inquiétantes, à des degrés divers et selon des modalités très différentes. Regarde le, Mort aux vieux ou Une erreur au Centre flirtent avec une thématique proche de la SF. Regarde le avec une des composantes mythiques de l'univers d'Andrevon, les dinosaures. Mort aux vieux est allégorique, un peu à la manière d'un texte de Buzzati (dans Le K). Quant à Une erreur au Centre, c'est un traitement original du thème du double — voir Bonsoir Mr James de Simak. Proche de l'horreur insidieuse, produite par un léger décalage avec la réalité quotidienne. Qu'est-ce qui va encore arriver ? est une sorte de méditation à la Beckett sur la guerre et ses horreurs, avec des tripes à l'air et du sang qui dégouline. Et si nous allions danser ? coagule des images venues du nazisme, des souvenirs de Club Med, et l'indifférence devant les pires souffrances commises par une soldatesque exotique. Demain je vais pousser propose une mise en scène du fonctionnement de l'esprit des fonctionnaires de police devant ce qu'ils pensent être leur devoir. Condamné, que Ténèbres a publié, présente l'image infernale du cauchemar articulé à une mise à mort infiniment répétée. La conclusion en est très kafkaïenne, on pense à la fin du Procès. Reste le texte — qui donne son titre au recueil ; il est très inquiétant et aurait eu sa place dans Les crocs de l'enfance. Il présente avec une feinte naïveté — celle supposée de l'enfant — un rapport original à la mort, par la prise au pied de la lettre des notions de bonheur ailleurs, de Paradis, opposées à la triste réalité. Que le petit garçon de cinq ans trouve cette solution pour être enfin heureux avec sa mère laisse rêveur.
     L'ensemble des textes touche à la mort, à la vieillesse, à la perte d'identité, à la dureté quotidienne. Mais ces aspects d'un pessimisme foncier sont comme magnifiés par une attention au détail, à la précision presque maniaque — sorte de plan fixe sur des images — qui laissent entrevoir, pour le lecteur au moins, le bonheur d'une écriture. On peut y voir le signe que, comme le dit Clément Rosset, le tragique et la joie peuvent coïncider.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/2/2000
dans Ténèbres 9
Mise en ligne le : 3/11/2003


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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