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L'Invasion divine

Philip K. DICK

Titre original : The Divine Invasion, 1981
Première parution : Timescape, 1981

Cycle : La Trilogie Divine  vol. 2 

Traduction de Alain DORÉMIEUX
Illustration de Stéphane DUMONT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 338
Dépôt légal : mars 1982
Roman, 288 pages, catégorie / prix : 5
ISBN : 2-207-30338-1
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   DENOËL, 1984, 1994, 1997
   in La Trilogie divine, 2002
   in La Trilogie divine, 2013
   GALLIMARD, 2006

    Quatrième de couverture    
     Ce monde présent, cette planète, tout ce qui la compose, tous ceux qui l'habitent... tout dort ici.« C'est ce que déclare un enfant, Emmanuel. Un enfant entré en fraude sur la Terre. Il dit que notre univers est un simulacre, un rideau de fumée, une illusion. Que la création a échappé à son créateur, quel que soit le nom qu'on lui donne, Dieu ou Siva. Quelle a été reprise en compte par le Mal. Il vous dit d'ouvrir les yeux, comme lui, sur cet univers parallèle que peut-être certaines intuitions, certains doutes, certaines incohérences dans votre vie quotidienne vous font pressentir déjà. Dormez-vous ?
 
    Critiques    
     Comme il est troublant de lire son dernier roman paru (et avant-dernier de sa vie littéraire et terrestre) en essayant de se faire à l'idée incroyable que Dick est mort, que Dick est sorti de cet univers faussaire pour rejoindre un autre labyrinthe existentiel, ou un néant qu'il espérait peut-être libérateur. Disparition physique certes, mais son moi crucifié hante toujours nos mémoires, s'acharnant à démanteler nos univers démentiels, à mystifier nos mythes universels, à torturer nos petites et grandes certitudes.
     Car Dick, c'est Herb Asher dans L'invasion divine, en suspension cryonique, mais qui vit pourtant une réalité où il est le père d'un nouveau messie...
     Dick, c'est Rybys, malade à en mourir et engendrant Emmanuel le Messie... Dick, c'est Emmanuel, aux prises avec les forces du mal, du mensonge et de l'illusion... Dick, c'est le chien qui agonise et ne sait pourquoi 1... Dick, c'est la peur sortant du puits des vérités factices...
     « Cela signifie-t-il que certaines parties du monde sont fausses ? Ou que parfois c'est le monde qui est faux dans sa totalité ? Ou bien qu'il y a plusieurs mondes dont l'un est le vrai et les autres non ? Y a-t-il essentiellement un monde-matrice dont les individus perçoivent des versions différentes ? De sorte que le monde que tu vois n'est pas celui que je vois ? »
     Conte cosmique d'une folie peu ordinaire, L'invasion divine stigmatise toutes les hantises de l'auteur d'Ubik, avec en plus cette sensation douloureuse d'avoir atteint une espèce de point de non-retour dans la folie mystique. Mais quand les flics eux-mêmes, ces « Images de l'Autorité » qui le terrifient, sont touchés par la grâce, Dick/Asher peut rejoindre alors le royaume de Linda et de sa musique, un royaume peut-être imaginaire mais tellement plus réel.
     « Vous êtes un homme peu ordinaire, Mr. Asher, dit le flic. Fou ou pas, vous êtes quelqu'un d'exceptionnel. »

Notes :

1. La mort me rend furieux, comme la souffrance humaine ou animale ». Extrait de la préface à The golden man, reprise dans Dédales démesurés, anthologie composée pour les éditions Casterman par Alain Dorémieux à qui l'on doit la présente traduction de L'invasion divine.


Pierre K. REY
Première parution : 1/6/1982 dans Fiction 330
Mise en ligne le : 6/9/2006

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition GALLIMARD, Folio SF (2007)


[Chronique portant sur la réédition de La Trilogie divine en Folio SF]

     La divinité omnisciente et omniprésente est un concept récurrent chez Dick. Dans L'Œil dans le Ciel déjà, le personnage de [Tétragrammaton] contrôle le premier des mondes truqués où sont plongés les héros. Dans Le Dieu venu du Centaure, l'entité qui s'est emparée de Palmer Eldritch est le démiurge responsable des illusions qui, tôt ou tard, se substituent aux réalités ; la capacité du lecteur à distinguer les unes des autres s'estompe avec celle des protagonistes dans une atmosphère romanesque profondément gnostique. Dans Ubik, enfin, le personnage à qui l'on doit les distorsions de temps et d'espace ne se révèle que dans les entêtes de chapitres : Ubik, celui qui est tout, qui est celui qui est ; la réalité existe-t-elle ou tout n'est-il qu'affaire de semi-vies ? La question reste en suspens.

     Toutefois, dans ces trois romans comme dans les autres écrits avant 1974, Dick nous laisse un appui fondamental : une réalité dont la nature ne fait pas objet de débat est supposée existante. Dans L'Œil dans le Ciel, c'est le monde des premières pages, avant l'explosion du bévatron ; dans Le Dieu venu du Centaure, le K-Priss en témoigne, puisqu'il est la porte d'entrée dans l'univers de Palmer Eldritch ; jusqu'à la dernière page de Ubik, les souvenirs de Joe Chip ou de Glen Runciter l'attestent. Le lecteur a donc le loisir de garder ses distances avec les interrogations que nous propose Dick. Ce sont des romans de science-fiction, qu'on peut lire comme de plaisantes réflexions philosophiques ayant certes un fort intérêt intellectuel, mais qu'on peut bien vite oublier lorsqu'il s'agit de prendre le métro ou de régler son tiers provisionnel.

     Mais le monde de la Trilogie Divine, c'est le nôtre. En écartant l'idée de la réalité truquée, Dick accomplit ce que l'ensemble de son œuvre promettait en nous mettant face à sa question la plus critique, sans aucune échappatoire : allez-vous être capables de croire en ce que je dis ? Et là, problème. Plus question de disserter savamment de l'œuvre de Dick avec les autres membres du G.Q.I.P.E.D.A. (D.F.L.) — Groupuscule des Quelques Initiés Parmi les Étudiants de Deuxième Année (De la Fac de Lettres) — en buvant une bière et en écoutant Sweet Smoke ou Current 93 (selon âge, goûts et époque). On pouvait débattre sans complexe de la portée de romans où l'existence d'une divinité est un concept central puisque la simple idée d'y croire ne nous traversait même pas l'esprit. On se contentait d'en parler. Mais avec ses trois derniers romans, il va falloir faire un peu plus d'efforts et, pour cette raison, il convient de prévenir qu'il vaut mieux ne pas aborder Dick par SIVA. Une bonne connaissance de son œuvre passée et de sa vie aide sans aucun doute à appréhender une trilogie à forte connotation autobiographique...

     Pourtant, on ne peut pas dire que Dick ne nous ait pas emmenés par la main : SIVA résume ses doutes et ses recherches pour trouver une explication intellectuellement satisfaisante à son expérience mystique de mars 74. Le dédoublement du narrateur exprime bien la distance qu'il s'efforce de garder entre sa foi en l'intuition de Horselover Fat (alter ego faisant écho au Nicholas Brady de Radio Libre Albemuth) et le scepticisme critique avec lequel il s'emploie à la contrebalancer. Mais la rigueur de son analyse l'entraîne dans des considérations que nombre de lecteurs ont eu, ont et auront des difficultés à assimiler. Notre éducation athée militante sous couvert de laïcité s'est chargée dès notre plus jeune âge de nous laisser dans l'ignorance des concepts religieux, afin de saborder notre communication avec son ennemi de toujours : l'Église, ce Grand Satan. Après tout, c'est bien normal : tout organisme de pouvoir cherche à inculquer au peuple des confusions conceptuelles qui peuvent servir sa cause. « L'outil fondamental pour la manipulation de la réalité est la manipulation des mots. Quand on peut contrôler le sens des mots, on peut contrôler les gens qui sont obligés d'utiliser les mots. George Orwell l'a mis en évidence dans son roman 1984 ». On peut donc comprendre que la relecture des Évangiles par le zoroastrisme proposé par Dick puisse laisser froid le lecteur qui ne distingue pas clairement Dieu et foi, foi et religion, religion et obscurantisme, obscurantisme et fanatisme, fanatisme et terrorisme (donc Dieu est un terroriste). Elle peut même, dans le pire des cas, le laisser croire bien à tort qu'il assiste à un prêche.

     Si L'Invasion Divine peut paraître plus simple car plus romanesque, elle présuppose tellement d'informations que sa lecture ne risque pas d'éclairer la lanterne de celui qui n'aura pas été convaincu par SIVA. De plus, disons-le, le roman est décevant : les réponses aux interrogations laissées en suspens par le premier volet de la Trilogie restent très peu concluantes.

     Il est intéressant, toutefois, de relever l'expression même de Trilogie Divine, qui paraît contestable. Si Trilogie il y a, elle commence avec Radio Libre Albemuth (dont le titre originel était Valisystem A), se poursuit avec SIVA (Valis) et se termine avec L'Invasion Divine (Valis regained). La parenté de ces trois romans est claire mais leur lien avec La Transmigration de Timothy Archer est bien moins évident. Certes, La Transmigration nous plonge à nouveau dans des considérations religieuses. Mais cela confirme simplement la direction personnelle et introspective dans laquelle l'auteur avait engagé son écriture. À nombre d'égards, La Transmigration est très différente des deux autres et ne leur est associée que parce qu'elle est le dernier roman de Dick. C'est ici la quête elle-même d'une vérité qui fait l'objet de réflexions et un vrai virage semble avoir été pris. Il y a des signes qui ne trompent pas : les personnages féminins chez Dick sont traditionnellement des manipulatrices, des caractères de chien ou de dangereuses cinglées. Mais le narrateur de La Transmigration est une narratrice et il s'agit sans doute du personnage le plus positif de l'œuvre de Dick. C est aussi, de son propre aveu, « le plus réel » 1. L'ensemble du roman révèle une compassion et une souffrance assumée totalement inattendues de la part du raisonneur qui avait commis Le Maître du Haut Château, Ubik et SIVA. C'est un roman écrit par un auteur réconcilié avec lui-même qui ajoute à l'acquis intellectuel de tous ses précédents romans la dimension affective qui leur faisait défaut. À ce titre, on peut prétendre qu'il s'agit du chef-d'œuvre de Dick. Il venait manifestement de trouver une réponse à ses doutes. Laquelle ? Le thème de La Transmigration, interprétation personnelle de la vie de l'évêque Pike, ne permet pas de le déterminer. Mais la rupture de ton de ce dernier roman préfigure un Dick ébloui comme un hibou en plein jour... J'aimerais vivre dans un monde où Philip K. Dick ne serait pas mort en 1982 et aurait pu continuer son œuvre car il avait encore des choses à nous dire. Son œuvre n'a pas cessé d'être intéressante en 1974. Au contraire. Tout ne faisait que commencer.

Notes :

1. The Owl in Daylight, Denoël, trad. Hélène Collon.

Xavier NOY
Première parution : 1/5/2007
dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 27/2/2009


 Critique de la série par Yves POTIN


 
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