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Escales dans les étoiles

Jack VANCE

Titre original : Ports of Call, 1998

Traduction de Arlette ROSENBLUM
Illustration de Giambattista TIEPOLO

RIVAGES (Paris, France), coll. Fantasy n° (28)
Dépôt légal : octobre 1998
288 pages, catégorie / prix : 120
ISBN : 2-7436-0400-X   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Alors que ses parents le destinent à une paisible carrière dans la finance, Myron Tany ne rêve que de voyages interstellaires et d'aventures dans les secteurs les plus reculés de l'Aire Gaïane. Confié aux bons soins de sa grand-tante, Dame Hester Lajoie, Myron a enfin l'occasion de prendre les commandes d'un superbe vaisseau spatial.
     Le but de l'expédition : trouver la mystérieuse planète où Dame Hester pourra profiter d'une cure de jouvence capable de lui rendre sa beauté. Mais les malfaisants guettent Myron et sa grand-tante à chaque escale. Et bientôt notre héros devra déchanter : abandonné sur une planète peu avenante dansdes conditions pitoyables, le voici obligé de continuer seul son périple à travers l'immensité de l'Aire Gaïane...


     Nouveau roman de l'un des plus grands maîtres vivants de la Science-Fantasy, Escales dans les étoiles nous offre un Jack Vance débordant d'invention, de verve et d'humour, sans doute l'un des géants littéraires duXXe siècle. Visionnaire inimitable, conteur de génie que son talent place au-delà des frontières du genre, Vance nous entraîne une fois encore à la découverte des civilisations surprenantes qui hantent les chemins de l'espace.
 
    Critiques    
     A 82 ans, Jack Vance nous offre avec Escales dans les étoiles une sorte de fantaisie sans prétention, qui s'apparente davantage à un auto-pastiche, dans lequel nous retrouvons la plupart de ses thèmes favoris,qu'à un roman à part entière.
     Il ne s'agit en effet que d'une succession de saynètes souvent cocasses, et il serait vain d'y chercher le moindre fil conducteur. Ainsi, la figure haute en couleur de la grand-tante disparaît rapidement (et avec elle la quête d'une cure de jouvence), et la place du personnage central (qu'on ne peut appeler un héros) aura elle-même tendance à diminuer au cours de l'histoire. La fin nous laisse certes supposer que l'on peut s'attendre à une suite, où nous retrouverions la grand-tante, mais globalement ce premierépisode nous laisse un peu sur notre faim.
     Malgré cela, il faut reconnaître à ce roman un charme un peu désuet : il aurait sans aucun doute pu être écrit il y a cinquante ans sans qu'on en change une virgule, tellement Vance garde son style sans rien devoir à la science-fiction la plus récente. Aucune morale n'est à tirer des pérégrinations de Myron, l'auteur n'ayant d'autre but que de distraire son lecteur, ce à quoi il parvient fort bien. Il est vrai que nous ne pouvons que jubiler à la description de la planète Dimmick, probablement la plus calamiteuse de l'aire Gaïane, ou lors de la scène de séduction d'une "écorcheuse" qui souhaite littéralement "faire la peau" à son amant, ou encore lors d'une partie de bonneteau où les cartes sont remplacées par de bien séduisantes jeunes filles... Toutes ces scènes sont de petits joyaux qui suffisent à pardonner les faiblesses de l'intrigue.
     Un livre aussi léger n'indique-t-il pas finalement que Vance a réussi, lui, à trouver sa propre fontaine de jouvence ?

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/11/1998 nooSFere


     Tout commence lorsque Dame Hester Lajoie, riche résidente de la planète Vermazen, apprend l'existence d'une clinique où l'on a perfectionné un traitement anti-sénescence. Malheureusement, cette clinique se trouve sur une autre planète de l'Aire Gaïane, mais la chance veut que Dame Hester reçoive un astronef de l'un de ses débiteurs. Son petit-neveu Myron, jeune homme effacé que dévore la bougeote, réussit à se faire engager comme capitaine, et vogue l'astronef. Malheureusement, Dame Hester s'entiche d'un aventurier des plus séduisants, et Myron se retrouve largué sur la sinistre planète Taubry, où il embarque à bord du Glicca comme subrécargue. Ce n'est que le début de ses mésaventures.
     On appelle tramp (vagabond) un cargo qui va de port en port, choisissant ses escales en fonction de la destination de sa cargaison. Le Glicca est un tramp stellaire, et la croisière pour laquelle embarque le malheureux Myron est un véritable vagabondage. D'une planète à l'autre, d'une culture à l'autre, Vance distille savamment tous les ingrédients qui ont fait sa réussite : richesse des descriptions, ironie des dialogues, intelligence des situations. Les vanciens les plus burinés se réjouiront de retrouver leur capitaine en grande forme, et ils savoureront en connaisseurs les multiples notations dont il émaille sa prose, ainsi que les sous-entendus parfois subtils de son propos, qui l'apparentent à des maîtres de l'humour british tels que P. G. Wodehouse. Les profanes risquent quant à eux d'être déconcertés par l'intrigue décousue, voire parfois indolente. Mais précisons que ces Escales ne sont que le premier volet d'une nouvelle saga : nul doute qu'un prochain volume permettra à Vance d'approfondir les nombreux personnages pittoresques présentés ici et de développer leurs aventures pour l'instant embryonnaires. Reste le plaisir du texte, tout en finesse et en chatoiements, excellemment traduit par Arlette Rosenblum.


Jean-Daniel BRÈQUE
Première parution : 1/12/1998 dans Galaxies 11
Mise en ligne le : 1/2/2001


     Le titre français de ce roman est admirablement trouvé. En effet, dans ce long et périlleux space movie, les escales sur les différentes planètes ont plus d'intérêt que les phases de transition entre les découvertes.
     Myron Tany rêve de s'envoler dans l'espace et de parcourir les planètes. Malheureusement, ses parents ont d'autres vues pour lui. Le salut viendra de sa grand-tante, une vieille dame snobinarde. En effet celle-ci récupère un vaisseau spatial sans utilité pour elle. Mais lorsqu'elle entend parler de l'existence d'une fontaine de jouvence sur une lointaine planète, Dame Hester décide d'appareiller le vaisseau, et en confie le commandement à son neveu Myron, qui a bien du mal à supporter les lubies de sa parente. Un jour, elle fait la connaissance d'un don juan de l'espace qu'elle accueille à bord, avant d'abandonner Myron sur une planète inhospitalière. Dès lors, Myron peut assouvir sa passion des étoiles, même s'il lui faut pour cela s'engager comme subrécargue à bord d'un vaisseau et mener alors une vie pas toujours follement passionnante...
     A partir de ce moment (nous sommes à la page 65), le roman n'est plus qu'une suite d'escales souvent drolatiques sur diverses planètes  : l'occasion pour Vance de faire montre de son imagination et de son talent de conteur. L' équipage qui entoure Myron comprend notamment Wingo, le cuisinier (qui espère écrire un jour une somme sur l'Aire Gaïane, cadre de nombreux romans de Vance, et prend à cet usage des photos qu'il appelle « impressions d'états d'âmes ») et Fay Schwazendale, un philosophe mathématicien imbattable à toutes sortes de jeux de réflexion. Ensemble, ils rencontreront des indigènes qui n'ont d'autre aspiration que de se procurer la peau des hommes qu'ils croisent, un magicien quelque peu charlatan, des pèlerins qui montent un tripot au fond de la cale...
     Comme dans la plupart des romans de Vance, on ne s'ennuie pas un instant, et l'on rit même franchement à plusieurs reprises. Néanmoins, on ne voit pas vraiment où Vance veut en venir, les escales sur chacune des planètes étant trop courtes (une journée ou deux) pour que l'auteur puisse développer les sociétés rencontrées. De plus, la fin du roman, quelque peu abrupte, ne répond pas à certaines questions (Myron retrouvera-t-il Dame Hester ou Tibbet, la jeune femme croisée à l'occasion d'une escale) et nous laisse sur notre faim. On peut espérer une suite à ce récit, car dans le cas contraire, il s'agirait d'un roman dépaysant certes, mais très mineur dans l'œuvre de Vance.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 2/4/2001 nooSFere


     Avec 46 livres recensés, Jack Vance fait partie des romanciers étrangers systématiquement traduits en France, à l'instar des Dick, Zelazny, Moorcock ou Herbert. Être publié chez Pocket (33 bouquins sur les 46) est le signe d'un succès qui ne se dément pas auprès du public, et ce même si la critique reste fort discrète à rencontre de notre auteur. Naguère, Vance s'était prononcé en faveur de l'engagement des troupes US au Viêt-Nam, ce qui lui a naturellement valu l'étiquette de « réactionnaire ». En France, la critique s'est arrêtée à cette considération, un fait dont le lecteur qui trouve ses livres sur les rayonnages de son hypermarché n'a cure.

     Quant à moi, j'entretiens avec Jack Vance un rapport tout particulier. Il est le premier auteur anglo-saxon qu'il m'ait été donné de découvrir avec son célèbre cycle de Tschaï (J'ai Lu) et je ne l'ai plus lu depuis... 1984 ! Devenu critique entre temps, il était fatal qu'un jour ou l'autre je fourre mon grand nez entre ses pages à la recherche d'anciennes sensations...
     En vain. La verve picaresque, véritable marque de la « fabrique » Vance, est toujours bien là, la magie du verbe étincelle comme aux plus beaux jours. Mais ce n'est plus qu'une mue chatoyante. La vigueur de l'intrigue n'est plus ; enfuie au loin. Ne reste plus qu'une peau de mots sans corps à envelopper, un spectre de roman. La linéarité, si typique de l'écriture du maître, avait alors un but — quitter Tschaï, se venger des Princes-Démons, etc. — et franchissait l'infranchissable pour l'atteindre. C'en est ici bien fini de l'héroïque volontarisme d'un Adam Reith.
     Myron Tany lui, vagabonde de monde en monde poussé par une légère brise de vie. Ses aventures relèvent tout au plus de l'anecdote charmante ; sa vie s'écoule paisiblement à travers la morne plaine que semble devenue l'Aire Gaïane. Après s'être embarqué à bord du somptueux yacht spatial de sa vieille garce de tante, Dame Hester Lajoie, qui s'est lancée dans la quête d'une cure de jouvence comme toute vieille peau qui imagine se respecter, ce fils à papa est bientôt débarqué au profit de plus malin que lui. Qu'à cela ne tienne, le voilà engagé sur le Glicca, un caboteur peuplé d'intellos aventuriers. Il vient compléter un équipage formé de Wingo, cuisinier-photographe animé d'un brin de mysticisme à la petite semaine, de Schwartzendale, ingénieur machiniste au talent de joueur professionnel plus qu'affirmé, et du commandant Maloof qui n'a rien à leur envier. Un groupe de « pigeons » pèlerins destinés a se faire plumer par Schwartzendale servira de passagers, tandis que sur Frametta un dénommé Moncrief, qui doit une revanche au même Schwartzendale, les rejoindra avec sa troupe de femmes de cirque. Le fin mot de l'histoire étant de se faire régler leurs dettes de jeu. La belle affaire !
     Ils font des rencontres plus ou moins sympathiques ou charmantes et, parfois, leurs vies sont en danger. D'une ambiance générale drôle et chaleureuse, on passe alors soudain à de cyniques séquences où peu de cas est fait de la vie humaine, à tel point qu'on a le sentiment que ces passages n'appartiennent pas au même livre !

     Au fil des pages, on ne peut que constater combien la prose, au demeurant savoureuse de Jack Vance, est impuissante à empêcher de sourdre l'ennui tant l'intrigue resplendit d'absence. Il faudrait bien autre chose que ces rencontres dont la fortuite n'égale que le banal, que ces anecdotes enfilées comme des perles fades sur un crin, mieux qu'une tante aussi sotte que pimbêche, des pèlerins aussi irascibles que mauvais joueurs assortis de la troupe d'un arnaqueur sur le retour. Récit de voyage sans réel intérêt, ce n'est même pas un roman. Et surtout pas un roman d'apprentissage.

     Même les pires inconditionnels du vieux maître reconnaîtront qu'il est bien loin du mieux de sa forme ; qu'il n'a jamais été aussi mauvais. Quant aux jeunes lecteurs qui ne connaissent pas encore Jack Vance, on ne saura trop les inciter à le découvrir à travers Tschaï, Un Monde d'azur ou Emphyrio, plutôt que par cet opus à l'intérêt plus qu'incertain. Bien que cela reste malgré tout bien meilleur qu'une part non négligeable de la production, la déception est franche. Une histoire n'aurait pas été superflue.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/2/1999 dans Bifrost 12
Mise en ligne le : 1/11/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (2001)


     Tout commence (en français) par un titre d'une platitude calamiteuse, d'autant que « Escales » aurait largement suffi pour rendre Ports of Call, le titre original. Mais sans doute était-il nécessaire, marketing oblige, de suggérer un lien, au demeurant inexistant, avec le précédent roman de Vance (La Mémoire des étoiles, traduction encore plus étrange, mais par contre plutôt jolie, de Night Lamp). La traductrice est certainement innocente à propos de ce détail, car le texte français est par ailleurs superbe, comme toujours avec Arlette Rosenblum ; et les admirateurs de l'auteur des Langages de Pao, qui peuvent regretter que nombre des traductions françaises de Vance ne lui rendent pas toujours justice, trouveront leur compte dans ce livre.
     En effet, le Grand Maître californien a sans doute produit avec ce roman le texte le plus « vancien » de sa très longue carrière. Décors somptueux, bizarreries exotiques, aventures en tout genre sur des planètes hébergeant des sociétés toutes plus étonnantes les unes que les autres : tout ce qui fait le charme envoûtant de Vance semble s'être donné rendez-vous ici. Est-ce à dire, comme le pense l'auteur lui-même, qu'il s'agit de l'un de ses meilleurs romans ? Avec tout le respect que je porte à Vance, j'oserai être ici, une fois de plus, en désaccord avec lui (je ne partage pas non plus son enthousiasme pour le cycle de Cugel). Car il manque à Escales... un ingrédient que Vance considère manifestement comme tellement superflu qu'il a cette fois décidé purement et simplement de le sacrifier : une intrigue. Escales... ne raconte rien d'autre qu'une errance de planète en planète, sans même qu'un semblant d'objectif ne vienne justifier le voyage. On a beau savoir que « le chemin, c'est le but », selon le mot célèbre de Lao-Tseu, on a beau admirer toute la subtilité, toute la finesse de Vance, son talent de conteur, ses couleurs, ses visions, on ne revient pas forcément convaincu de ces escales-là... Le ressort qui poussait le lecteur à dévorer les Chroniques de Durdane ou celles de Cadwal, et plus encore le fabuleux cycle de Tschaï (récemment réédité en un seul volume chez J'ai lu), fait ici défaut. Les inconditionnels se laisseront emporter, mais pour probablement conclure que, si la lecture d'Escales... reste un plaisir, La Mémoire des étoiles reste à ce jour le dernier grand roman du grand Jack. En attendant Lurulu...

Bruno DELLA CHIESA
Première parution : 1/3/2001
dans Galaxies 20
Mise en ligne le : 3/6/2002




 
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