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L'Éveil de la lune

Elizabeth HAND

Titre original : Waking the Moon, 1994
Première parution : HarperCollins (UK), septembre 1994

Traduction de Daniel ROCHE
Illustration de (non mentionné)

RIVAGES (Paris, France), coll. Fantasy
Dépôt légal : août 1999, Achevé d'imprimer : août 1999
Première édition
Roman, 540 pages, catégorie / prix : 160 FF
ISBN : 2-7436-0524-3
Format : 15,6 x 23,5 cm  
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    

     Tout commence dans un endroit étrange en plein cœur de Washington : l'université des Archanges et de Saint-Jean-le-Divin, vaste sanctuaire de la connaissance, avec ses hautes tours et ses salles majestueuses gardées par des anges de pierre.

     Comme tous les nouveaux étudiants, Katherine Sweeney Cassidy se fait vite des amis. Mais ces amis n'ont rien d'ordinaire : de même que le "Divin" et tout ce qui l'entoure, ils possèdent leur part de mystère.
     Et soudain, en ouvrant par hasard une porte qu'elle n'aurait jamais dû ouvrir, Sweeney va percer ce mystère et lever le voile sur un terrible secret : l'université est sous la coupe d'un ordre clandestin qui manipule secrètement les puissances du monde depuis bien avant la chute de l'Empire romain.
     Mais derrière le secret de cette secte s'en cache un autre, celui d'une force qui, aujourd'hui, avec l'éveil de la Lune, réclame son dû.
 
     Dans la lignée des oeuvres d'Anne Rice, cette passionnante aventure entraîne le lecteur dans les eaux profondes d'un monde où rien n'est ce que l'on croit. Elizabeth Hand est une voix féminine nouvelle et captivante du roman américain.

    Sommaire    
1 - Note de l'auteur, pages 537 à 538, notes, trad. Daniel ROCHE

    Prix obtenus    

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
André-François Ruaud : Cartographie du merveilleux (liste parue en 2001)

 
    Critiques    
     L'Eveil de la Lune est le quatrième roman d'Elizabeth Hand, qui nous avait déjà habitués, avec Winterlong, Aestival Tide et Icarus Descending, à son style foisonnant et à son univers profondément baroque, fascinant, dérangeant. Résumer un tel ouvrage, qui mêle histoire alternative, fantaisie et mythe d'une véritable main de maître, ne peut que l'affadir. Nous dirons donc, simplement, que tout commence lorsqu'une jeune étudiante ordinaire, Katherine Sweeney Cassidy, arrive à l'Université St Jean-du-Divin et tombe sous le charme de deux jeunes gens au magnétisme irrésistible, Angelica et Oliver. Tous les trois vont se trouver mêlés, pour la première à son insu, à une lutte immémoriale entre les deux grandes tendances de la pensée humaine : les religions patriarcales, dominatrices et lénifiantes, représentées par l'ordre clandestin mais tout puissant des Benandanti, et les cultes sanglants de la Déesse, de la Lune, de la Terre-Mère, sans cesse écrasés par les premiers mais sans cesse renaissants de leurs cendres. Tout le roman est d'ailleurs construit comme un rite initiatique, comme un affrontement sans merci entre les puissances de l'Ordre et l'énergie du Chaos.

     L'intrigue est complexe et magistralement menée. On peut y voir, au choix, un classique roman fantastique, où l'étrange surgit dans le familier, ou bien une forme particulièrement réussie d'uchronie (après tout, les lieux que décrit Hand existent bel et bien, de même que le culte de la Déesse ou l'Ordre des Benandanti). Le monde que les Benandanti ont forgé, en annihilant consciencieusement le culte de la Femme-Lune, en empêchant la résurgence du pouvoir spirituel des femmes, en l'enfermant dans le rôle de Mère de Dieu, de servante et de pécheresse, c'est finalement presque le nôtre. La richesse des descriptions et des informations fait d'ailleurs que l'on en viendrait presque à soupçonner notre propre civilisation d'être dirigée, en sous-main, par ces sinistres individus... Sinistres, ils le sont d'ailleurs tous, aucun des deux mouvements n 'hésitant une seconde à massacrer, violer, torturer pour défendre sa foi. Elizabeth Hand confiait dans une interview à Locus, qu'elle se sentait d'humeur à pourfendre d'une ardeur tout à fait équitable tous les zélateurs de toutes les religions, quelles qu'elles soient. Un travail de sape, qui passe par la mise en évidence des mécanismes internes des différents credo, par une participation intime à leur logique aveugle et insensée.

     Le talent stylistique d'Elizabeth Hand, relayé par une bonne traduction de Daniel Roche, est tout à fait remarquable. Les descriptions de lieux vous donnent tantôt l'envie de vous y précipiter pour aller visiter en personne, tantôt l'impression de vous y trouver déjà, guidé par la magie des mots. Les personnages, même secondaires comme Annie ou Baby Joe, font naître des désirs d'amitié ou des envies de meurtre. Angelica et Oliver vous feront repenser avec un rien de nostalgie à vos années d'études ou de jeunesse — avec sans doute chez certains un semblant de regret inavoué, inavouable, de ne les avoir pas vécues comme ça, par manque de courage ou trop-plein de principes. Bref, Elizabeth Hand a le don de faire naître des émotions, de faire surgir des images et il n'est pas étonnant qu'elle ait reçu, précisément pour ce livre, le Mythopoeic Society Award. Bien sûr, on pourrait lui reprocher de n'avoir pas travaillé tout son texte de manière égale et de juxtaposer à ces moments d'intense poésie un certain nombrede passages relativement ternes, ou du moins, quelconque. On pourrait aussi tiquer sur la façon dont elle s'appesantit sur les crimes rituels, souvent davantage pour tirer à la ligne que pour apporter un élément nouveau à l'intrigue. Mais la qualité stylistique de l'Eveil de la Lune n'en reste pas moins indéniable.

     Sans doute faudrait-il apporter un bémol à ce concert de louanges. La fin du livre, franchement, n'est pas à la hauteur. Même si Dylan y surgit comme la lueur d'espoir qui arrache Sweeney aux forces du Chaos, tout cela garde quand même un petit côté artificiel (du genre lapin sorti du chapeau) assez peu convaincant. Hand fait disparaître des personnages, en fait surgir de nouveaux, en ressuscite même un avec une maestria de prestidigitateur, certes, mais sans que cela permette vraiment de comprendre vers quoi la conclusion nous achemine. Le couple Sweeney-Dylan symbolise-t-il la troisième voie ouverte entre le matriarcat sanguinaire du Culte de la Déesse et le patriarcat réfrigérant des Benandanti, l'espoir d'une existence débarrassée des vieux démons de la morale et du fanatisme religieux ? C'est probable, mais on aurait aimé en savoir plus. La restauration de l'Ordre est-elle un statu quo ante, ou bien y a-t-il eu progrès au contact du Chaos. C'est difficile à dire. Et c'est dommage.

     En dépit de ces critiques, qui relèvent finalement du pinaillage davantage que d'une réelle remise en cause de la qualité du roman, l'Eveil de la Lune est à conseiller à tous ceux qui estiment qu'un livre de science-fiction peut être davantage qu'un roman de gare et nous inciter à réfléchir aux vieux démons de la conscience humaine.

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 4/12/2000 nooSFere


     Premier roman de l'auteur traduit en France — à l'exception de quelques novelisations — , L'Éveil de la lune relève plus du fantastique que de la science-fiction. C'est un roman qui a une atmosphère assez particulière, empreinte d'une certaine nostalgie. Tout débute en effet dans l'ambiance idéalisée d'un campus américain où une jeune provinciale, Sweeney Cassidy, découvre les joies de la vie estudiantine  ; elle délaisse vite ses cours d'archéologie pour traîner avec ses nouveaux amis, dans un brouillard perpétuel d'alcool ou de drogues diverses. Elle forme bientôt avec Oliver, brillant mais déjanté, et Angelica, une jeune fille fascinante, un trio inséparable. Mais ces deux derniers appartiennent à une sorte de confrérie mystique dont Sweeney se sent exclue. Le semestre se terminant de façon tragique, les trois amis sont séparés. Des années plus tard, Angelica est devenue la prêtresse moderne et médiatique d'un culte de la déesse originelle et incite les femmes du monde entier à prendre conscience de leur identité et à se libérer de leurs jougs. Sweeney végète au Muséum d'histoire naturelle et vit sans passion. Mais la découverte que ses anciens amis de fac se font massacrer les uns après les autres l'incite à enquêter sur les rites sacrificiels de la religion prêchée par Angelica.
     Féminin et féministe, L'Éveil de la lune est un livre prenant qui mêle mysticisme, aventures archéologiques et sentiments. C'est une équation intéressante mais, par son caractère assez typé, elle ne plaira peut-être pas à tous. Elizabeth Hand possède un talent indéniable pour la construction des personnages et des ambiances. Il y a une certaine magie dans ses évocations, que ce soit dans la description de la vie sur un campus ou dans celle des rites antiques d'adoration de la déesse, entité universelle. Sur ce chapitre, elle parvient aussi à éviter les clichés éculés en faisant de cette croyance une religion violente, qui donne aux femmes le droit de se conduire comme des hommes, de tuer, de s'ériger en guerrières plutôt qu'en victimes. Bref, L'Éveil de la lune est un roman très personnel, agréable et original... C'est déjà beaucoup.

Marie-Laure VAUGE
Première parution : 1/3/2000 dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 1/8/2001


     Katherine Sweeney Cassidy est une nouvelle étudiante, dans une université de Washington portant le nom étrange et quasi-exotique de University of the Archangels and St John the Divine. Ecrasé par la masse colossale de son église principale, tout le campus est une folie gothique extravagante – et je ne parle pas que de l'architecture. Celle-ci est prédominante, bien sûr – des vitraux illuminent les salles de classe et des anges se bousculent sur la façade de la résidence universitaire – mais elle n'est que le reflet extérieur d'un gothisme profondément inscrit dans les moeurs de cette université. Depuis les professeurs, aux secrets obscurs, jusqu'aux sujets d'enseignement – où la connaissance de la magie et de l'ésotérisme occupe une place inhabituelle – et aux noms de salle – un corps de bâtiment se nomme le Rossetti Hall, nom fortement réminiscent d'un célèbre couple d'artistes pré-Raphaelites anglais de la fin du XlXème siècle.
     St john n'est pas un établissement ouvert au commun des mortels, et Sweeney n'y est entrée qu'à la faveur d'un programme d'enrôlement d'une poignée de « pauvres » au sein des fils et filles de riches familles qui peuplent habituellement ce très huppé campus. Elément extérieur, Sweeney est rapidement bousculée par ses condisciples, auprès desquelles elle semble jouer (bien involontairement) une sorte de rôle d'élément perturbateur. Pourtant, Sweeney est une jeune fille assez effacée... Mais sa rencontre avec les deux vedettes de la promotion, la sublimement belle Angelica et le très évaporé Oliver, provoque vite des étincelles. Encore des figures typiquement gothiques – mais cette fois au sens « rock gothique » de l'expression : hyper-romantiques, échevelés, sombres et terriblement jeunes, les héros de L'Eveil de la Lune sont typiques d'une certaine image de la jeunesse, une image sans doute déjà un peu dépassée (mais l'autrice n'est pas à un paradoxe près : elle situe son intrigue dans les années 1960 !) : celle de ces jeunes gens qui écout(ai)ent Dead Can Dance ou Cocteau Twins...
     Avec l'art de se trouver là où elle n'est pas censée être, l'innocente Sweeney écume les quartiers louches et les bars gays de Washington, débarque au milieu d'une soirée réservée aux étudiants titulaires de la bourse Molyneux, et soulève le voile sur les activités d'une sorte de secte millénaire, les Benandanti.
     L'Eveil de la Lune est un énorme pavé very very weird, plein de complots, de magiciens mesquins, d'étudiants ahuris et innocents, de divinités malévolentes, d'anges silencieux, d'anciens secrets, de jeunes beautés, de dérives décadentes... Superficiellement, ce roman ressemble a un thriller (presque) contemporain, dans une université de Washington D.C., mais en fait il suffit de quelques pages pour plonger dans un lyrisme dérangé, totalement inhabituel. Comme un étrange croisement entre Mervyn Peake et Clive Barker — avec un détour par X-Files ! (L'autrice a d'ailleurs écrit pas mal d'adaptations de la série de Chris Carter.) Passant d'un chapitre à l'autre d'une lente dépression à une subite frénésie, d'un rêve languide à un cauchemar impressionnant, Elizabeth Hand fait naviguer son lecteur au sein d'une intrigue aussi tumultueuse que baroque comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde.
     Ayant lu ce roman en VO., je me demande d'ailleurs quelle version a été traduite chez Rivages : l'édition coupée américaine, de 95, (qui est la version favorite de l'autrice), ou bien la version anglaise d'origine, de 94 ? Cette dernière comporte bien des longueurs et quelques digressions, en effet – mais elle se lit néanmoins avec grand plaisir. Enfin, on supposera que c'est la « bonne » version qui a été traduite, à en juger par l'épaisseur raisonnable du tome français. Toujours est-il que Rivages est décidément culotté de proposer au lectorat français un ouvrage aussi inhabituel, et sous l'étiquette fantasy : la tranche de folie proposée par Elizabeth Hand est très loin des sagas médiévalisantes ! De fait, les critiques anglo-saxons ont même créé une nouvelle étiquette pour ce genre d'ouvrages : la fantasy gothique ou le noir gothique. Car, tenez-vous bien, Elizabeth Hand n'est pas la seule à oeuvrer dans ce genre de délires paranoïaques et survoltés. Storm Constantine et Caitlin Kiernan sont de celles-là (non traduites), tout comme l'excellente BD La Maison des secrets (chez le Téméraire/Vertigo) de Steven T. Seagle & Teddy Kristiansen. Un étonnant sous-genre, qui comble en anglophonie tant les fans d'horreur que de fantasy : souhaitons qu'il en soit de même en France.


André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/12/1999 dans Bifrost 16
Mise en ligne le : 10/1/2002


     Inconnue des lecteurs francophones, Elisabeth Hand l'est mieux des Anglo-Saxons qui s'intéressent au fantastique contemporain et à la mystique dans le genre. Il faut dire qu'avec un roman comme celui-ci et l'étendue des recherches effectuées pour y arriver, elle arrive presque (il ne faut pas exagérer tout de même) à rivaliser avec la trilogie des Sorcières d'Anne Rice.
     Cette histoire d'étudiants dans une université extrêmement huppée et reconnue de Washington DC, est tissée de mystères religieux et de sociétés secrètes dont sont exclus la plupart des étudiants. En effet, l'université elle-même est tenue par une société secrète étrange, gardienne de mystères terribles. Pour perpétuer ses rangs, elle accueille chaque année des boursiers bien spéciaux connus pour leurs pouvoirs et leur intérêt pour l'occulte. Mais, que pourrait-il arriver si une étudiante tout ce qu'il y a de plus normale était témoin des étranges agissements de cette société secrète ? Si une telle étudiante se liait d'amitié avec les deux espoirs les plus fous de cette même société ? Et si elle parvenait à changer, grâce à une force aussi simple que l'amour, la face de l'avenir religieux de l'humanité ?
     Et vous, comment réagiriez-vous si votre meilleure amie et l'homme dont vous êtes amoureuse étaient destinés à copuler pour créer l'avenir mystique de l'humanité ? Comment réagiriez-vous si une entité millénaire et noire prenait possession de cette même meilleure amie ? Comment réagiriez-vous si, quelque dix-sept ans plus tard, alors que vous vous croyez à l'abri, une étrange secte tentait de prendre le pouvoir et d'apporter la fin du monde ?
     Le roman d'Elizabeth Hand est riche de ces rebondissements mystiques, de ces angoisses terribles, de ces remises en question et de ces moments parfaits... Un excellent récit plein d'idées et de recherches historiques qui peut faire découvrir une certaine idée de la religion primordiale...

Sara DOKE
dans Phenix 54
Mise en ligne le : 1/1/2004


 
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