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Langues étrangères

Paul DI FILIPPO

Titre original : A Mouthful of Tongues, 2002

Traduction de Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Jackie PATERNOSTER

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (190)
Dépôt légal : mars 2004
Roman, 240 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 2-221-09976-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     2015. Kerry Hackett travaille pour un laboratoire spécialisé dans la recherche en biotechnologie. Après diverses mésaventures sexuelles, elle cherche l'oubli en se fondant dans le benthique, une merveilleuse créature artificielle uniquement composée de cellules totipotentes.
     Mais au lieu d'y trouver la mort, Kerry est transformée en une sorte de déesse, un être métamorphe, une Protée capable de modifier son corps à volonté. Y compris en ses parties les plus intimes.
     Et de changer de lignes d'univers.
     Perverse polymorphe, Kerry va assouvir en la terre lointaine et luxuriante du Brésil ses désirs et ses vengeances.

     Violemment érotique, Langues étrangères est l'un des romans les plus audacieux, voire le plus scandaleux, que la science-fiction nous ait proposé depuis longtemps. Paul Di Filippo y rend hommage autant à Georges Bataille qu'à Philip José Farmer.

     On connaît en France, de Paul Di Filippo, Pages perdues et La Trilogie Steampunk, deux recueils de nouvelles qui ont révélé un virtuose inclassable. Il s'y aventurait aux lisières de la science-fiction.
     Avec Langues étrangères, il va plus loin encore et bouscule la littérature.
 
    Critiques    
     C'est probablement l'un des ouvrages les plus minces de la collection « Ailleurs et Demain », mais aussi l'un des plus sulfureux, un catalogue d'ébats sexuels aussi débridés qu'excessifs se succédant sans interruption jusqu'au paroxysme. Avec sa très belle écriture, alternant des descriptions d'une sensualité suggestive avec d'autres d'un réalisme cru, pornographique, il enchaîne les scènes torrides dans un vibrant hommage à Bataille et à Farmer, mais aussi au réalisme magique des romans sud-américains. C'est d'ailleurs à Bahia que se déroule la majeure partie de cette dévoration sexuelle.

     Tout commence en 2015, dans une société en déliquescence, quand Kerry Hackett, secrétaire d'un laboratoire de recherches génétiques, courtisée par son patron, violée et battue par son compagnon, cherche du réconfort auprès du benthique, une créature artificielle composée de cellules totipotentes aux fulgurantes métamorphoses. Est-ce en raison de ses récents déboires sexuels que la créature qui l'investit devient une ogresse affamée de sperme ? Toujours est-il qu'elle grandit en puissance en s'abreuvant de sperme. Est-ce parce que Kerry a fait un rêve érotique mettant en scène un jaguar qu'elle se retrouve propulsée dans la moiteur exotique d'un Bahia des années 30 ? C'est en tout cas dans cette contrée que le monstre s'épanouit et se répand, ses propriétés métamorphiques lui permettant de réaliser les fantasmes les plus extravagants et les plus atroces cauchemars : contaminant ses victimes sexuelles, il modifie leur sexe, embouche le phallus d'un truand en permanente éjaculation dans son propre anus pour qu'il recrache son sperme par la bouche et finisse par engloutir meubles, bibliothèque et jusqu'à la maison entière. La dévoreuse absorbe littéralement ses amants jusqu'à décupler sa taille, devient une déesse adorée comme telle par une tribu acceptant la mort de leur enveloppe humaine et la métamorphose qu'elle promet. On pense au Bandar fou, la BD de Mœbius, et au Blob, le protoplasme des vieux films de science-fiction, dans une version sexuée que nul n'avait osé imaginer à ce jour.

     Ces deux cents pages d'orgasme jusqu'à l'indigestion, de pornographie effervescente sont une ode sauvage à la vie, dans sa brutale frénésie de reproduction. Il naît de ces accouplements des lézards, des perroquets et des papillons. C'est cette énergie là qui ouvre la porte à d'autres pans de réalité où elle pourra se déverser. Bien des lecteurs risquent d'être choqués par certains passages, mais cette suite d'orgasmes n'a pas la complaisance des récits voyeuristes, elle est bien trop étrangère et explosive pour susciter ce type d'émoi.

     Le radicalisme et la force brute de Di Filippo sont, ici, étonnants. On ne peut que saluer cette performance.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2004 dans Bifrost 35
Mise en ligne le : 3/8/2005


     Le titre original est plus mystérieux : Une bouche pleine de langues, et correspond mieux à cet ouvrage bizarre, qui se demande quelle place il occupe dans cette collection réputée pour son sérieux et ses rapports aux sciences et à leur mythologie. Pourtant, la mythologie est bien présente : il s'agit à la fois de la figure de Protée et des mythes précolombiens touchant au jaguar, dont on sait à quel point il fascinait Borges. Mais si ces débris de mythes sont présents, ils sont noyés dans un océan d'érotisme où Dionysos fréquente le Kamasoutra. Quant au substrat scientifique, il existe. À la faveur d'une découverte de cellules spécifiques (le « benthique » ( ?) qu'une chercheuse ingurgite ( !), elle devient capable de miracles. Elle phagocyte alors des corps dont elle prend l'apparence, elle se nourrit de sécrétions génitales et de sang, elle met au monde un enfant ( ?) composé d'un monceau de serviettes ensanglantées, elle fait repousser le bras coupé de l'un de ses amants... entre autres. On nous place dans un univers sans doute étasunien, à une époque sans doute future mais non précisée (l'héroïne est enterrée en 2015, mais n'est pas morte) et très fliquée, où l'on paye en novdollars, puis plus tard au Brésil en « griffes, écailles et plumes ».

     Le texte se présente en trois parties, inégales, la seconde qui se passe au Brésil est la plus longue et la plus colorée. Le texte commence sur un rêve de jaguar avec orgasme de l'héroïne ; il se termine sur une scène du même ordre avec des jaguars dont on ignore s'ils se fondent dans le rêve ou dans une nouvelle réalité. Un ouvrage facile à lire, imagé, amusant par moments.

     Di Filippo, a déjà publié La trilogie Steampunk et Pages perdues (J'ai lu).

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/6/2004 dans Galaxies 33
Mise en ligne le : 30/12/2008


 
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