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Paysages de mort

Jean-Pierre ANDREVON



Illustration de Stéphane DUMONT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 253
Dépôt légal : 1er trimestre 1978
288 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Vous étiez bien tranquille, dans votre cave : un peu de grain, un peu de viande, des femelles à volonté. Vous étiez un rat heureux. Et puis les autres, ceux des étages supérieurs, ces malfaisants bipèdes qu'on appelle les Hommes, sont venus déverser sur vous des gaz toxiques. Votre havre de paix s'est transformé en piège de mort.
     Vouz étiez bien tranquille, sur votre planète : un peu d'amour, un peu d'air pur, un peu de verdure. Et en plus, le rêve de conquérir l'espace. Mais ces malfaisants bipèdes qu'on appelle les Hommes se sont engloutis eux-mêmes sous leurs ordures, et votre planète de rêve s'est transformée en planète de mort.
     Ce recueil illustre les étapes d'un voyage immobile à travers treize paysages de mort.

    Sommaire    
1 - Avertissement, pages 11 à 11, Notes
2 - Ici, pages 15 à 26
3 - Les Rats, pages 29 à 39
4 - Entr'acte 1 : La télévision, pages 41 à 42
5 - Le Grand Combat nucléaire de Tarzan, pages 43 à 52
6 - Entr'acte 2 : Le trou, pages 53 à 54
7 - Jour de sortie, pages 55 à 83
8 - Entr'acte 3 : Le désir, pages 85 à 86
9 - Ainsi vont les jours, pages 87 à 96
10 - Entr'acte 4 : Le combattant, pages 97 à 98
11 - Musique pour un départ, pages 99 à 104
12 - Entr'acte 5 : Lettre à César, pages 105 à 106
13 - La Grande Révolte des robots de juin 2134, pages 107 à 121
14 - Entr'acte 6 : Dernières classes, pages 123 à 124
15 - Opération de routine, pages 125 à 131
16 - Entr'acte 7 : Crime de jeunesse, pages 133 à 134
17 - La Dérive, pages 135 à 167
18 - Entr'acte 8 : Un dessin au crayon magique, pages 169 à 170
19 - Sur le bord de la route, pages 171 à 214
20 - Entr'acte 9 : L'écureuil par la fenêtre, pages 215 à 216
21 - Paysage des morts, pages 217 à 255
22 - Entr'acte 10 : Après nous le peintre, pages 257 à 258
23 - Épilogue peut-être, pages 261 à 272
 
    Critiques    
 
     L'ITINERAIRE DU DESESPOIR

     Jean-Pierre Andrevon, Philip Goy, Dominique Douay et Daniel Walther ont réalisé une très intéressante percée littéraire dans la collection Présence du Futur. Paysages de mort me séduit moins que Le désert du monde, le dernier roman de Jean-Pierre Andrevon, mais il m'impressionne tout autant.
     Comme son titre l'indique, ce livre est tout imprégné de ce thème dominant : la mort. La mort sous tous les angles, la mort sur tous les tons. La mort avec beaucoup de phrases. Mourrez, nous ferons les commentaires ! Aucun candidat sérieux au prix Goncourt ne renierait cette mine d'or. Jean-Pierre Andrevon est sincère : la preuve, c'est qu'il publie son livre dans une collection de science-fiction, de sorte qu'il risque bien d'être ignoré des critiques littéraires. Et il n'aura sans doute pas le Goncourt, malgré un précédent célèbre, Le temps des morts, recueil de Pierre Gascar couronné en 1953 (si mes souvenirs sont bons).
     De toute façon, le meilleur du talent d'Andrevon n'est sans doute pas dans le filon mortuaire, mais plutôt dans le frisson de patience et d'impatience, d'espoir et de désespoir qui court entre les cadavres.
     Paysages de mort regroupe douze nouvelles, en grande partie inédites, plus dix textes courts baptisés « entr'actes ».
     Ici est une histoire ouverte, contrairement à presque toutes les autres, énigmatique, et qui ne donne guère le ton de l'ensemble. Cela ferait un bon film dans le style du Prisonnier.
     Les rats, c'est à la fois un conte philosophique et un cauchemar. Il est difficile de faire une bonne nouvelle de science-fiction avec un conte philosophique, comme avec le récit d'un mauvais rêve. Andrevon réussit les deux en même temps.
     Vient ensuite Le grand combat nucléaire de Tarzan, déjà publié dans Actuel en 1973. Tout ce qu'on peut en dire : un texte utile, sans lequel les pages 43 à 52 seraient restées blanches... Jour de sortie est une nouvelle assez classique. Assez prenante aussi, bien que l'on puisse deviner rapidement la vérité. Et le dénouement est plutôt une antichute... Ainsi vont les jours a été publiée en 1972 dans Fiction. Avec une nouvelle, JPA retrouve un thème qui lui est habituel : la fin de la société dans le sang et l'ordure. Pas tout à fait convaincant... Musique pour un départ : là, on survit, mais on n'en vaut guère mieux.
     La grande révolte des robots de juin 2134. J'aurai deux cents ans cette année-là. Tant mieux, parce que... Ingénieux et drôle. Opération de routine. L'idée est étonnante. Je ne sais pas si le genre de greffe envisagé ici est possible. En tout cas, cette greffe prend bien et donne à la nouvelle une chute comme on n'en rencontre pas souvent. La dérive : une histoire de guerre forte et plausible. Un peu longue peut-être, avec une fin sans surprise.
     Sur le bord de la route est un texte dense, immobile, puissant et tout à tait indéfinissable. C'est, si l'on veut, de la science-fiction, car le décor s'ouvre (tandis que l'histoire de referme) sur un monde « à côté », une sorte de Brésil parallèle. Cette route est celle qu'utilisent les camions de pionniers et les chars d'assaut de l'armée pour une formidable et quasi mystique Ruée vers l'Ouest.
     A l'ouest, s'étend une forêt immense et sauvage qu'ii faut conquérir et abattre. La maison de Juse est là « sur le bord de la route », à vingt mètres de la forêt... Juse, comme son père, était pjuan dans un laoutifoundjelen. Son patron a dû vendre la terre et s'est laissé absorber par un propriétaire plus important. C'est un schéma bien connu : pas tout à fait de la science-fiction. Une partie des pjuun a été renvoyée. Juse a travaillé dans une usine chimique. Puis il s'est trouvé au chômage. Il y est depuis longtemps. Il vit là, sur la route de l'ouest, avec sa femme Innuès et leur quatre ou cinq enfants. Il essaie de travailler un jardin improductif. Il attend en écoutant passer les blindés et chanter les oiseaux de la forêt. Il est piégé au fond d'une sordide impasse qui s'appelle encore la vie mais qui ressemble à un paysage de mort.
     L'Amérique du Sud porte aujourd'hui le deuil sanglant de l'espérance. Andrevon s'est appuyé sur une situation bien réelle, en la transcendant de façon habile, subtile et, somme toute, assez mystérieuse. Son récit, qui est aussi un hommage aux jeunes littératures sud-américaines, reste finalement très opaque.
     Paysage des morts — le titre du recueil avec l's transplanté d'un mot à l'autre — ressemble à une méditation sur le corps mortel et le cadavre frais. Beaucoup plus noir que Ballard qui jongle avec des morts abstraites et des cadavres en design. Les cadavres de femmes aimées qu'Andrevon décrit avec précision et nostalgie sont désespérément vrais, désespérément humains.
     Epilogue peut-être est un texte assez court, publié dans Fiction de juin 1973 et qui avait obtenu à la convention de Grenoble en 1974 le prix de la meilleure nouvelle européenne. « ... tu es au centre de ce cercle, debout dans ton jardin mouillé, les pieds dans les feuilles de l'automne pourrissant, et tu lèves la tête vers le ciel bouché, muet, inutile, et tu cries au-dedans de toi il n'y a rien à faire ? » (p. 272). Non, tant que le jardin n'est pas complètement sec, il y a quelque chose à faire !
     Les dix « entr'actes » ont une forte tendance surréaliste et rêvaient une grande maîtrise du texte court à la française, très différent des short-short américaines.
     Paysages de mort est un beau livre, plus sombre encore que sa couverture (une des meilleures de la collection). Avec Jean-Pierre Andrevon, la science-fiction rejoint la littérature de haut vol sur l'itinéraire du désespoir.
 

Michel JEURY
Première parution : 1/5/1978 dans Fiction 290
Mise en ligne le : 19/9/2010


 
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