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Les Ingénieurs du cosmos

Clifford Donald SIMAK

Titre original : Cosmic Engineers, 1939
Première parution : Astounding Science-Fiction, de février à avril 1939 / États-Unis, New York : Gnome Press, 1950

Traduction de Jeannine CIMENT & Michel CIMENT

Éric LOSFELD , coll. E.L./science-fiction
Dépôt légal : 2ème trimestre 1967
Roman, 240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions

Sous le titre Ingénieurs du cosmos   ALBIN MICHEL, 1975

    Quatrième de couverture    
Pas de texte sur la quatrième de couverture.
 
    Critiques    

                Ce roman de Simak, qui parut initialement en 1939 dans la revue Astounding Science-Fiction, présente au moins trois particularités remarquables. C’est l’un des premiers space-operas qui aient ajouté à la dimension cosmique une ampleur et une signification métaphysiques. C’est, pour Simak lui-même, l’occasion d’un tournant de sa carrière d’écrivain, le moment où il passe d’histoires techniciennes assez ternes à des œuvres qui expriment une interrogation sur l’homme et sur le monde. C’est enfin un des rares romans de science-fiction dont le héros, au sens fort du terme, soit une femme. Par là, il tranche sur une multitude d’œuvres où l’héroïne n’apparaît guère, tout bien pesé, que comme une faiseuse d’embarras, sinon une semeuse de discorde, toujours prête à se laisser enlever avec un splendide hurlement par le premier monstre venu et à susciter d’inextricables imbroglios que seul peut trancher le mâle, comme fit Alexandre du nœud gordien.

                C’est par hasard que Herb et Garry, journalistes en quête de sujets, rencontrent dans l’espace l’astronef perdu dans lequel Caroline Martin attend, depuis mille ans, en état d’animation suspendue, un improbable salut. Pendant ces dix siècles, son corps était inerte et n’a pas pris une ride, mais son cerveau a continué de fonctionner. Elle a de la sorte résolu des problèmes que la science d’un millénaire est à peine parvenue à effleurer. On relèvera là un signe de l’idéalisme avoué de Simak ; l’ordre de la raison se confond avec celui de l’univers et l’exercice de la première, même réduit à lui seul, en dehors du secours de l’expérience, permet de résoudre les problèmes posés par le second.

                Mais cet idéalisme reste humaniste. Parce qu’elle a conservé un corps, Caroline a échappé à la folie. Elle est demeurée capable d’émotions et elle saura le prouver à Garry.

                Son intelligence surhumaine va être en tout cas bien nécessaire à l’humanité qui capte depuis sa base de Pluton des messages interstellaires. Ces messages mentionnent un grand danger. Ils viennent de plus loin que les nébuleuses visibles, du repaire inconcevable des Ingénieurs du Cosmos sis tout au bord de l’univers. Un autre univers va entrer en collision avec le nôtre et, malgré leur science fabuleuse, les Ingénieurs du Cosmos sont impuissants à empêcher ce désastre. Au surplus, une espèce belliqueuse, les Chiens d’Enfer, souhaitent ce cataclysme qui leur laissera une chance de régner sans partage sur les débris des mondes.

                Ce que sont les Ingénieurs, par quels moyens le double danger sera surmonté, je laisse à Simak le soin de vous l’apprendre. Il faudra à Caroline et à Garry, pour y parvenir, entreprendre un long et difficile voyage dans les possibles et affronter une entité planétaire qui joue au dieu fou, et dont la folie provient précisément de cette désincarnation de l’esprit qui a été épargnée à Caroline.

                Écrit dans le style abrupt et sans apprêt des space-operas du temps, sans souci excessif de la vraisemblance, et au rythme infernal de rebondissements imprévisibles, ce roman témoigne de la fertilité extraordinaire de l’imagination simakienne plus que de son habileté littéraire. Il sera pillé abondamment par ses nombreux admirateurs de l’époque. Dans sa conclusion, il annonce la position de Simak quant à l’avenir de l’humanité, entre le pessimisme et l’optimisme.

                Il viendra, le temps glorieux où l’homme entrera en possession de l’utopie, se réconciliera avec lui-même, retournera dans le Paradis Perdu qui est à la fois son passé et son avenir et dont l’Histoire est un exil. Mais pas avant longtemps. Pas avant que l’homme se soit débarrassé du « vieux fardeau de la barbarie ». Pas avant qu’il soit devenu autre qu’il n’est. Pas avant, en un sens, qu’il ait disparu. Et c’est pourquoi la tonalité des œuvres ultérieures de Simak est empreinte de tristesse, sinon de désespoir. Car il y peint les hommes d’aujourd’hui et de demain, non ceux d’après-demain. Mais il y discerne cependant ce germe de véritable humanité qui éclora un jour. Ainsi les chiens, successeurs de l’homme, qui portent le meilleur de ce qu’il était et qui n’ont atteint à la conscience que par lui. Ainsi les androïdes de Dans le torrent des siècles… L’homme, selon Simak, peut faire l’avenir, l’avenir ne se fera même pas en dehors de son action. Mais l’homme n’entrera pas lui-même dans la Terre Promise. Le grand personnage de Simak, patriarcal et pastoral, c’est au fond Moise, exilé de son but et trouvant une sorte de paix dans l’accomplissement parfois morose d’un destin qui le dépasse.


Gérard KLEIN
Première parution : 1/1/1968 dans Fiction 170
Mise en ligne le : 10/5/2020


 
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