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De vagues et de brume

Jean-Pierre ANDREVON

Science Fiction  - ROCHER, coll. novella SF n° (1), dépôt légal : octobre 2004
152 pages, catégorie / prix : 11,90 €, ISBN : 2-268-05211-7
Couverture

    Quatrième de couverture    
     An 2248. Lucy Liu est enquêtrice au Service des personnes disparues de la Nouvelle Fédération mondiale, constituée sur les ruines de la civilisation industrielle mise à mal par les catastrophes climatiques des XXIe et XXIIe siècles. La jeune femme, moitié chinoise, moitié française, formée dans un ashram du Tibet, possède un don lui permettant d'accéder à l'esprit de toute créature vivante. Sa mission : retrouver Josserend Mulstein, généticien de renom chassé de son laboratoire parce qu'il s'y livrait à des recherches interdites sur le génome humain. Or Mulstein a été localisé dans le cercle de San Juan, conglomérat d'îlots semés le long de la côte ouest des ex-Etats-Unis à la suite de l'effondrement de la faille de San Andreas. Là, Lucy trouve une société d'îliens primitifs qui semblent se livrer à la chasse à d'étranges créatures marines hantant les récifs. Y a-t-il un lien avec Mulstein et ses recherches ? La vérité risquera de coûter la vie à Lucy, tandis qu'un ouragan gigantesque se déchaîne...

     Jean-Pierre Andrevon est un des grands noms de la SF française. Son premier roman, Les Hommes-machines contre Gandahar (1969), a été adapté en dessin animé par Laloux et Caza. Se partageant entre la SF et le thriller, le fantastique et la littérature générale, l'auteur a publié en trente-cinq ans plus de cent vingt ouvrages, dont un grand nombre de recueils de nouvelles.


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     La Terre au XXIIIe siècle. Un monde ravagé par les dérèglements climatiques où ne survivent que deux milliards d'individus. Un monde où la Côte Ouest des Etats-Unis a disparu, transformée par un tsunami colossal en archipel d'îles au climat instable et inhospitalier. Un monde où les Nations Unies ont cédé la place à un Parlement mondial dont le siège se trouve à Lhassa, Tibet. Un futur sans superpuissance où les Régions Libres s'organisent seules ou presque, sous forme de sociétés pastorales hantées par les ruines technologiques de l'ancien temps. Un univers où la Nature dicte sa loi, à grands coups de cyclones à la colère aveugle et dévastatrice.

     Lucy Liu, enquêtrice du Parlement Mondial, formée à la sagesse séculaire des moines bouddhistes et dotée de pouvoirs psy embryonnaires, est mandatée à huit mille kilomètres de Potala, dans le Croissant de San Juan (ex-Californie), à la recherche d'un généticien renégat disparu depuis vingt ans, Josserand Mulstein. Elle y découvre une société autarcique formée d'îliens aux mœurs rudes, peu disposés à lui venir en aide. Intégrant une mariade, unité domestique des îliens, Lucy Liu découvre que les pêcheurs sont obsédés par de monstrueuses créatures amphibies auxquelles ils donnent impitoyablement la chasse, la nuit tombée. Et, contrairement aux apparences, ces êtres hybrides ne semblent pas étrangers à l'objet de sa propre quête...

     Dans son rapport à l'écriture et à la fiction, Jean-Pierre Andrevon a fait sien, avec bonheur, un principe qu'il attribue à Bouddha : « En méditant cinquante ans, tu pourras parvenir à marcher sur l'eau ; mais tu peux aussi prendre une barque ». Voilà résumée, en une phrase (tirée de son propre texte), toute la force de l'œuvre du père de Gandahar, de l'auteur engagé de ce grand classique qu'est Le Travail du furet (tous deux disponibles chez Folio « SF »).

     En (déjà) trente-cinq années de carrière, cet écrivain, aussi prolifique que discret, a produit plus de bons textes de S-F que n'en pourront jamais livrer des auteurs à la parure médiatique bien plus reluisante mais au style, hélas, terriblement compassé. Et sa dernière novella, De vagues et de brume, qui paraît dans l'ambitieuse — que dis-je, courageuse — collection « Novella SF », des éditions du Rocher, sous la direction de Jérome Leroy, démontre clairement la légitimité de ce constat. L'écriture est efficace, nerveuse, précise. Le rythme est donné dès le prologue et on suit, sans tapage inutile, les pérégrinations du personnage principal, percevant aisément les enjeux qui les sous-tendent. Certes, l'histoire n'est pas d'une originalité fracassante. Le personnage du savant fou, reclus sur une île ignorée et faisant des expériences interdites sur les êtres vivants qu'il a sous la main, fussent-ils ses semblables, est un tropisme de la S-F depuis L'Ile du Docteur Moreau d'Herbert George Wells. Cent fois, les vicissitudes des manipulations génétiques ont été explorées. Certes. Mais la différence fondamentale tient au fait que ce texte remplit parfaitement son contrat. Nulle concession n'est faite à la portée de son propos et il fonctionne mieux que nombre de romans d'un million de signes. En une poignée de pages, Jean-Pierre Andrevon brasse des thèmes complexes et le fait avec une efficacité remarquable, sans oublier de nous raconter une histoire à part entière. Sa novella n'est ni anecdotique ni superficielle. Il démontre — et c'est hélas, aujourd'hui, plus que nécessaire — que l'aptitude spéculative de la S-F ne s'exercera jamais aussi bien que dans des textes que l'on peut lire d'une seule traite. Reste à savoir à quel genre d'auteur on a affaire : les conteurs ou les « fureteurs ».

     Je le disais plus haut : Andrevon fait de la bonne S-F, de la vraie S-F, et c'est assez rare pour être souligné. Incidemment, on attend les prochains titres de « Novella SF » avec une impatience justifiée.

Ugo BELLAGAMBA
Première parution : 1/1/2005
dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 5/2/2006


[Cette chronique porte sur les deux premiers titres de la collection novella SF.
La partie du texte portant spécifiquement sur l'autre titre n'est pas reproduite ici.]

     Dans une période de crise, où crèvent des collections, on se réjouira d'en voir poindre une nouvelle, et qui clame son attachement à la SF. Les couvertures sont assez peu explicites mais leur fond jaune vif se voit de loin et fait fortement ressortir les noms des auteurs. Pour le reste, c'est format poche, inédit, francophone, et voué à la novella, distance parfaite pour le genre mais trop brève pour le volume ordinaire et souvent trop longue pour les revues.

     Jean-Pierre Andrevon raconte un monde post-cataclysmique apaisé, un 2248 de sagesses asiatiques, de technologies douces, de paix mondiale, mais aussi de communautés archaïsantes comme celle où, dans les confettis de ce qui fut la Californie, chez des îliens vivant en gros comme au XIXe siècle fors une appréciable liberté sexuelle, une enquêtrice empathe doit retrouver un scientifique qui a enfreint le tabou des recherches sur le génome humain... La description et le récit évitent didactisme et manichéisme, et la logique évidente du tout n'apparaît qu'au bout du compte, après une lecture prenante. On renverra au dossier sur l'auteur, dans le dernier Galaxies, tant sont manifestes ici son radicalisme et ses nuances, son goût de l'utopie et ses prudences devant les fausses nostalgies, sa volonté de pointer non seulement les dérives mortelles de notre monde mais aussi les fondamentalismes ou la peur de l'autre cachés dans certains discours — sur les OGM par exemple. De quoi penser que s'il se dit « khmer vert », c'est plutôt par saine provocation et pour secouer des certitudes, au nom de ce qu'il y a de meilleur et de plus profond dans le mouvement écologiste. Mais ces considérations ne doivent pas faire oublier qu'en même temps qu'une fable qui parle de notre présent, il offre aussi et surtout une aventure, un monde, des personnages, une histoire, des mystères à élucider. Qu'il est un romancier, un conteur, et que son message, loin de toute caricature, passe d'abord par le plaisir du lecteur.
     [...]
     Faut-il mettre les points sur les i ? Dire qu'il y a plus de choses dans chacun de ces deux courts volumes que dans maintes tétralogies tératologiques ou autres préquelles ? Qu'il faut les acheter ? Que cette collection est ces temps-ci une des très rares bonnes nouvelles nous arrivant du monde de l'édition ? Qu'elle mérite, plus que de l'attention, un succès assurant sa pérennité, pour les auteurs et pour les lecteurs ? C'est dit. Donc, à vous de chercher le jaune fluo dans votre librairie.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/12/2004
dans Galaxies 35
Mise en ligne le : 7/1/2009


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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