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Delirium Circus

Pierre PELOT



Illustration de SPARTH

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (64)
Dépôt légal : février 2005
944 pages, catégorie / prix : 30 €
ISBN : 2-207-25579-4   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Citizen est l'acteur du moment, une véritable célébrité cantonnée aux rôles de justiciers et de libérateurs. Il possède une merveilleuse maison, un jardin immense et une plage privée pour son seul usage. Mais cet éden individuel est un mensonge : la mer est factice, le ciel est constitué par la paroi d'une bulle, sa femme, si attentionnée, n'est qu'une poupée électronique. Tout son univers est truqué, même son art puisqu'il interprète ses rôles drogué et hypnotisé. Alors, pour Citizen le temps est venu de tout quitter et de trouver, enfin, la vérité...

     Durant les années 70-80, Pierre Pelot a publié quelques-uns des romans les plus mémorables de la science-fiction française, des œuvres souvent considérées comme dickiennes, mais qui étaient avant tout profondément personnelles et contestataires. Voici réunis quatre des romans les plus percutants de cette époque particulièrement faste.

     Au sommaire :
  • Delirium Circus (Grand Prix de l'Imaginaire)
  • Transit
  • Mourir au hasard
  • La Foudre au ralenti
     Pierre Pelot a écrit près de deux cents romans. En 2003, les éditions Denoël ont publié son chef-d'œuvre : C'est ainsi que les hommes vivent.

    Sommaire    
1 - Delirium Circus, pages 7 à 265, Roman
2 - Transit, pages 267 à 561, Roman
3 - Mourir au hasard, pages 563 à 750, Roman
4 - La Foudre au ralenti, pages 751 à 932, Roman
 
    Critiques    
     Pierre Pelot est un auteur prolifique qui est parvenu à écrire jusqu'à aujourd'hui plus de 150 romans. Ecrivain multiple, il débute par des romans de western, puis, lorsque sa série doit cesser, se lance dans diverses catégories de la littérature de genre. Ainsi, il écrit des romans de S-F au Fleuve Noir sous le pseudonyme de Pierre Suragne, puis sous son vrai nom pour d'autres éditeurs, notamment J'ai Lu, Robert Laffont et Denoël. Véritable hydre-écrivain, Pelot livre aussi des romans fantastiques, des reconstitutions scientifiques, des novélisations, mais encore des scénarii de cinéma et de télévision. Longtemps considéré comme un littérateur populaire — aux connotations diverses — , il se libère des clichés qui lui collent à la plume avec C'est ainsi que les hommes vivent (Denoël, critique in Bifrost n°33), fresque brutale et puissante, incontournable.

     Devant une telle quantité de textes, il est parfois difficile de faire un choix, pour celui qui tenterait de s'immiscer dans cet univers fécond. Et pourtant, le recueil Delirium Circus présente en un fort volume quatre romans de Pelot qui, avec une certaine unité thématique, exposent différentes facettes de l'auteur et la qualité de son œuvre. Au sommaire : Delirium Circus (1978), Transit (1978), Mourir au hasard (1980) et La Foudre au ralenti (1983) ; les deux premiers textes sont couronnés par des prix littéraires, le premier par le Grand Prix de l'Imaginaire, le second par le Graouly d'or de Metz.

     D'un côté, deux romans rapides, nerveux et radicaux :
     Mourir au hasard montre une société qui établit à la naissance un pronostic de vie, ne laissant à première vue aucune place au hasard de la mort. Le roman se déploie comme un véritable thriller S-F mené par un natural killer. La Foudre au ralenti est une sombre histoire de réplication humaine, rouge sang à l'odeur de polar, où plusieurs personnages se croisent dans la fumée des bars louches de Denvercolorado.

     De l'autre, deux romans « dickiens » plus élaborés :
     Delirium Circus décrit un monde qui serait calqué sur celui du cinéma. Une société autarcique qui se développe en univers-bulles le long d'une grande roue perdue dans l'espace. Les personnages se démènent dans ce lieu hiérarchisé selon les métiers du cinéma pour découvrir leur être profond, mais aussi pour percer le secret du Dieu-public ; univers truqué et satire de l'existence par procuration. Transit, c'est l'histoire de deux mondes radicalement opposés, traversés par deux personnages qui ne sont qu'une seule et même personne — errance d'amnésique en utopie.

     L'unité de ces quatre romans se retrouve dans leur thématique qui dénonce sans cesse et sous toutes les formes le simulacre — c'est-à-dire l'abus de pouvoir et l'injustice, les bases vérolées de la société, le problème de la liberté de l'individu, l'identité de soi au sein de la masse. Chaque texte, à sa manière, explore les faux-semblants d'univers viciés, parce que construits sur le trucage, et dénonce l'impossibilité d'ébranler des conventions universelles. La fiction pelotienne est une remise en question de la réalité comme elle est perçue par l'être social, face aux autres et à soi-même. Réalité trop présente pour que les personnages ne se fassent pas broyer.

     Le style de l'auteur participe pleinement de cette catharsis. Ainsi, la construction narrative ne cesse d'amener le sujet au travers de différents parallélismes : en suivant plusieurs personnages qui se croiseront pendant le récit, en mettant en miroir différents mondes. Comme pour accentuer l'effet implacable de la machine à démembrer les illusions humaines, les univers de Pelot se répètent en eux-mêmes par des effets de mise en abyme — la fiction illustrant les trucages de la réalité. En général, Pelot excelle dans l'économie du texte, présentant nerveusement ses mondes imaginaires. Parfois, l'auteur laisse couler son texte vers des horizons plus lyriques — îlots de tranquillité — qui sont souvent brisés par des passages plus violents — crudité ramenant le texte dans la dureté de son propos. Il ne faut pas se fier aux apparences : Pelot est un architecte minutieux qui sait manier les styles afin de raconter une histoire.

     Ce recueil illustre tout cela et démontre la puissance narrative de Pelot en tant que conteur implacable — pour reprendre les paroles de Philippe Curval à son sujet : « car, comme tous les grands romanciers populaires — je n'hésite pas à citer Gaston Leroux ou Maurice Leblanc à son propos -, Pierre Pelot jouit d'un souffle 1 [...] ». Pour être plus radical, l'auteur dépasse les classifications convenues : Pelot est un romancier qu'il faut avoir lu.

Notes :

1. Philippe Curval, « Chronique du temps qui vient » in Futurs n°5, novembre 1978.


Frédéric JACCAUD
Première parution : 1/9/2005 dans Bifrost 39
Mise en ligne le : 12/11/2006


     Leonardo Sciascia disait que les livres sont désormais le contraire des œufs : on ne peut guère les acheter que frais du jour. Et dans le cas de Pierre Pelot, qui publie depuis quarante ans avec autant de talent que de générosité, d'abord des westerns puis des polars, des thrillers, des romans préhistoriques et bien entendu du fantastique et de la SF, cela implique que des dizaines et des dizaines de romans sont à peu près introuvables. La collection Lunes d'encre fait donc œuvre pie quand elle en repropose quatre en un volume. D'autant que même une vingtaine d'années après, Delirium Circus, Transit, Mourir au hasard et La Foudre au ralenti, publiés de 1978 à 1983 chez J'ai Lu, Laffont et Denoël, ne relèvent en rien du document archéologique. Ils pourraient dater de ces derniers mois, et sont faits pour accrocher le lecteur, entraîné à la suite de personnages cherchant la vérité sous les apparences.

     L'univers semble être un ensemble de bulles où les professionnels du cinéma travaillent pour un public devenu mythique ; on oscille entre centre de recherche top-secret et utopie libertaire réalisant les rêves post-soixante-huitards ; un peu comme dans Le travail du furet d'Andrevon, des tueurs opèrent dans un monde où la médecine, en y mettant le prix, permet de connaître son espérance de vie et de bénéficier, même si cette dernière est limitée, d'une retraite dorée ; après un cataclysme, clonage et transfert de la conscience dans des corps de location permettent une sorte d'immortalité...

     Ce ne sont là que les points de départ : s'y greffent des aventures individuelles répondant aux canons du thriller, et une exploration de la réalité et des faux-semblants du monde, dans la tradition d'une science-fiction dickienne, éminemment politique. Et entre la « société de spectacle », qui ne semble pas passer de mode, et les inquiétudes face à la « marchandisation », tout cela semblera tout à fait d'actualité : datant « de ces derniers mois », ou « frais du jour » disait-on plus haut. Bonne raison de se précipiter sur ce pavé qui, par ailleurs, est plus économique pour le lecteur que quatre livres au format poche...

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/6/2005 dans Galaxies 37
Mise en ligne le : 22/1/2009


 

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