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Le Gouffre de l'absolution

Alastair REYNOLDS

Titre original : Absolution Gap, 2003

Cycle : Les Inhibiteurs  vol. 4

Traduction de Dominique HAAS
Illustration de Chris MOORE

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France)
Dépôt légal : septembre 2005
768 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 2-258-06647-6   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Marquée par l'irruption de la Pourriture fondante, un virus qui a contaminé tous les organismes ultra-perfectionnés, et une guerre stellaire particulièrement meurtrière, l'humanité aurait bien mérité quelques décennies de tranquillité...

     Elle n'aura pas ce répit, menacée qu'elle est d'un nouveau fléau. Les Inhibiteurs, ces machines aveugles vouées à la destruction de toute vie intelligente, se sont en effet réveillées après des millénaires de sommeil et ont entrepris de « nettoyer » la galaxie des dernières intelligences émergentes.
     Fuyant devant la première vague de machines, un groupe hétéroclite de réfugiés guidés par un vétéran, Clavain, a fondé une colonie sur la planète Ararat, où il attend avec angoisse la suite de l'élagage. Lorsque Clavain sombre dans la dépression, la direction des opérations échoit à Scorpio, un porcko, croisement d'homme et de porc, fruit d'une expérience génétique avortée.
     Apparaît alors un ange vengeur en la personne d'une petite fille née dans la glace, douée du pouvoir d'affronter le pire ennemi de l'humanité...

     Après L'Espace de la Révélation, La Cité du Gouffre et L'Arche de la Rédemption, le quatrième et dernier volet de la saga des Inhibiteurs, d'ores et déjà considérée comme un chef-d'œuvre de la science-fiction moderne.

     « Alastair Reynolds nous offre un roman à couper le souffle, grouillant de détails stupéfiants, qui font de lui un ténor du space opéra. » The Times
 
    Critiques    
     Parue peu avant Noël comme les précédents volumes de la série, cette dernière page de l'histoire du combat de l'Humanité contre les Inhibiteurs, relativement attendue par les lecteurs, mérite à la fois des louanges et des critiques. Les premières parce que l'intrigue, bien menée, emporte rapidement le lecteur de la page un à la page sept cent soixante ; les secondes parce que, comme dans L'Arche de la rédemption, les ficelles tirées par l'auteur ont déjà été bien galvaudées.

     À la fin du troisième volume, les Inhibiteurs menaçaient l'humanité. Clavain, Scorpio et les leurs étaient réfugiés sur Ararat, le Capitaine toujours maître du « Spleen de l'infini », et les autres — Khouri, Skade, Remontoir — dans des situations diverses. C'est donc ainsi que nous retrouvons les différents protagonistes, fidèles à leur passé et continuant leur combat.
     De nouveaux personnages intéressants entrent néanmoins dans la danse. Il y a d'abord Aura, une petite fille dont les origines fabuleuses feraient pâlir de jalousie un héros de nos mythologies ; puis Quaiche, un explorateur atteint par un virus d'endoctrinement, et dont le destin est pour le moins singulier ; Grelier, le chirurgien de génie qui produit les corps nécessaires à la réjuvination et aussi Rashmika, la jeune femme qui perçoit infailliblement les mensonges de ses semblables. Sans oublier les Shifteurs (une civilisation extraterrestre disparue), et des vaisseaux spatiaux équipés d'armes dépassant l'imagination.

     En effectuant des fouilles dans leur village, Rashmika et les siens trouvent des vestiges des Shifteurs. Néanmoins, la jeune fille veut rejoindre secrètement son frère, qui est parti pour « les Cathédrales »...
     Pendant ce temps, Quaiche, embarqué à bord d'un vaisseau spatial, doit absolument faire une découverte majeure lors de sa prochaine exploration, pour contenter son capitaine, faute de quoi il sera enfermé dans la « poupée d'acier »...
     De leur côté Clavain et Scorpio sont contraints de fuir Ararat, car les Inhibiteurs les ont retrouvés. Mais où et comment pourraient-ils finalement découvrir un moyen de les vaincre ? Un voyage plein de dangers et d'incertitudes les attend...

     Avec un tel arsenal, bien similaire à ceux des titres précédents, Alastair Reynolds parvient une fois de plus à nous embobiner. Le souvenir des chutes quelque peu décevantes des précédents ouvrages ne ternit pas le plaisir de lecture, et la tiédeur relative (encore !) de la conclusion n'efface pas le contentement général qui nous envahit tout au long du récit. Les petits défauts, déjà soulignés auparavant, comme les personnages secondaires trop ou trop peu développés, ou bien le déséquilibre de certaines parties par rapport à d'autres, sont malgré tout pardonnés. Le foisonnement de bonnes idées et le réalisme qui émane des héros l'emportent finalement sur tout le reste.

     Quatrième volume de la série, ce Gouffre de l'absolution ne dépare pas l'ensemble. Nous pourrions même lui reprocher de s'y fondre trop bien. Mais nous ne pouvons pas dire qu'il le conclue par une apothéose. Il faudra donc attendre le prochain roman de cet astrophysicien pour savoir s'il choisit la répétition (et donc une relative médiocrité), ou s'il opte pour le changement, éventuel précurseur d'une œuvre majeure de la science-fiction contemporaine.

Antoine ESCUDIER (lui écrire)
Première parution : 19/2/2006 nooSFere


[Chronique de la VO parue chez Gollancz en juin 2004]

     Je ne sais plus quand j'ai commencé à comparer les livres à des ponts, mais c'est devenu, à la longue, mon image préférée.

     De la même façon qu'un pont permet d'aller d'un point A à un point B en franchissant un obstacle, un livre permet à un ou plusieurs personnages de passer d'une situation de départ à une situation d'arrivée. De la nature du pont dépend la qualité de la traversée et donc du plaisir du lecteur — qui, rappelons-le, ne donne pas son argent durement gagné en travaillant le lundi de Pentecôte pour s'ennuyer.

     Tous les ponts ne se franchissent pas de la même façon et surtout, ne se comportent pas de manière identique une fois franchis.

     Il y a des ponts qu'on traverse comme à bord d'un TGV, avec pour seul but d'arriver de l'autre côté. Très souvent, ce genre de pont s'effondre dès qu'on atteint son but : il ne reste plus rien dans l'esprit du lecteur une fois la dernière page du livre tournée. Le voyageur peut même s'en éloigner sans se retourner, ça n'a pas d'importance : il en trouvera facilement de semblables. Il y a des ponts qui ne s'effondrent pas, mais qui n'en restent pas moins très classiques : de braves ponts bien solides et bien bâtis, qui ne sont pas des chef-d'œuvres mais dont on ne se saurait se passer. Enfin, il y a des ponts qui sont de véritables monuments, tellement beaux que non seulement on prend un plaisir sans égal à les traverser, mais aussi que, lorsqu'on arrive de l'autre côté du fleuve (ou du précipice, ou de la vallée), se produit un phénomène rare : le pont, tel la corde d'une guitare électrique, se met à vibrer. Toutes les lumières s'allument pour souligner son architecture et tout — câbles, pierres, entretoises et autres merveilles de construction — semble avoir été placé là avec la plus grande délicatesse et la plus merveilleuse des précisions, et on ne voit pas comment on pourrait faire mieux.

     Le pont est alors un monument incontournable de la littérature et tout le monde est invité à le traverser au moins une fois dans sa vie.

     Absolution Gap est le quatrième pont d'une série de quatre romans racontant le difficile combat entre les différentes factions composant l'humanité du XXVIe siècle et les Inhibiteurs, des machines intelligentes dont le but est d'empêcher la naissance de civilisations avancées dans la galaxie. Il se trouve aussi que l'action principale est centrée autour d'un pont magnifique, qui a peut-être été bâti par une race d'extraterrestre sur une planète d'un système éloigné de tout. Fond et forme y sont donc, pour notre plus grand plaisir, réunis avec un sens rare de l'esthétique.

     Dans L'Espace de la révélation et La Cité du gouffre (le premier a été réédité chez Pocket, le second le sera dès octobre), Dan Sylveste mettait au jour l'existence des Inhibiteurs. Dans L'Arche de la rédemption (disponible aux Presses de la Cité), plus faible, les différents camps concernés et leurs représentants s'engageaient dans une course-poursuite un peu longue et poussive, malgré quelques grands moments science-fictifs, tels que destructions de planètes entières et autres combats cosmiques. Au début d'Absolution Gap, trois récits séparés dans le temps commencent. En 2627, les réfugiés de Résurgam recueillis à bord du Spleen of Infinity — dont le capitaine, atteint de la « pourriture fondante », manière de peste qui a ravagé la plupart des colonies humaines, s'est fondu avec son vaisseau en un personnage-artefact à l'esthétique gothico-visqueuse des plus réjouissantes — sont installés sur Ararat, dans le système d'Epsilon Eridani. En 2615, Quaiche, employé par une capitaine de vaisseau Ultra — un beau personnage de psychopathe sadique — finit par découvrir dans le système d'Hela une planète digne d'intéresser sa patronne : il y découvre un pont, ouvrage magnifique dont on ne sait qui peut l'avoir construit. Il est alors témoin d'un événement étrange et succombe à un virus religieux. En 2727, sur Hela, une civilisation entière s'est développée autour du phénomène mystérieux qui affecte sa lune. Quaiche a initié une religion : persuadé d'avoir assisté à un miracle, désireux de ne pas perdre un seul instant de vue la lune, il vit enfermé dans une cathédrale qui fait le tour de la planète de manière à ce qu'Haldora demeure visible à tout instant de sa vie. Avec l'arrivée de réfugiés chassés de leurs systèmes par l'avance inéluctable des Inhibiteurs, d'autres cathédrales ont été construites, et toute une société s'est développée de part et d'autre de la route circumplanétaire tracée par les cathédrales, sur une planète au demeurant inhospitalière. C'est là que Rashmiska Els, une jeune fille vivant dans une communauté qui se tient à l'écart des cathédrales et des virus religieux, et que passionne les restes de civilisations extraterrestres découverts sur la planète, décide d'enquêter sur la disparition de son frère.

     Les trois fils se rejoignent évidemment, non sans révéler un moyen de combattre les Inhibiteurs. Après le manque de dynamisme du précédent tome, l'auteur, en grande forme, revient à une structure serrée qui lui permet de mener un scénario impeccable et haletant.

     Mais est-on pleinement satisfait d'avoir traversé ce pont-là ? Oui et non. Excellent raconteur, Reynolds se perd parfois dans des scènes d'actions vite oubliées — des morceaux de pont qui s'effondrent dès qu'on les a passés. Il a également tendance à recourir à des facilités piochées dans le grand sac à malice du roman d'aventures : personnages dotés de pouvoirs surhumains — très pratique quand on a besoin que le futur vous envoie des messages — , résolution des problèmes à grand renfort de batailles, et surtout, dans ce volume, une solution à la menace des Inhibiteurs qui annule l'impact de la découverte de leur vraie nature et de leurs vraies intentions. L'auteur semble avoir oublié qu'il les a révélées dans le volume précédent, peut-être pour se ménager la possibilité d'une suite : cette ambiguïté empêche cette tétralogie de se clore sur la note vraiment tragique qui aurait convenu.

     Reste un space opera moderne qui ne transige pas avec les réalités de l'espace-temps et quelques morceaux de pont de toute beauté — des passages d'anthologie à ne pas rater. Au choix, le Spleen of Infinity, posé au bord de la mer et dont une bonne partie est submergée — et son départ. Le train de cathédrales steampunk faisant éternellement le tour de la planète à une vitesse d'escargot et les mœurs de leurs habitants. Encore une race d'extraterrestres énigmatiques. Des personnages, anciens et nouveaux — dont Quaiche et Grelier, un savant fou de la plus belle eau — , que leurs obsessions rendent sinon sympathiques, du moins infiniment humains, et même tragiques et touchants dans le cas de Scorpio, le cochon génétiquement modifié qui, d'ennemi juré des humains, devient leur leader dans l'adversité.

     Les lecteurs qui seraient restés sur leur faim après L'Arche de la rédemption pourront se rattraper avec ce volume, en attendant le prochain roman de Reynolds, un thriller S-F situé dans un tout autre univers, ainsi qu'un très beau recueil composé de deux novellas, Diamond dogs, turquoise days, prolongement de la présente tétralogie, qui paraîtra en France directement en poche, en inédit, donc, chez Pocket au printemps 2006. Vivement !

Sylvie DENIS
Première parution : 1/7/2005 dans Bifrost 39
Mise en ligne le : 14/8/2006


     Voici le quatrième et dernier opus de la tétralogie entamée avec L'Espace de la révélation, poursuivie avec La Cité du Gouffre et L'Arche de la rédemption. Clavain et le groupe qu'il anime se retrouvent bloqués, dans le système de Pi Eridani, sur une planète de Schèmes Mystifs qu'ils ont nommée Ararat, en référence à l'Arche de Noé. En effet, faute de secours venu de l'espace, il leur faudra y recréer un monde nouveau à partir des colons transportés par le « Spleen de l'infini ». Clavain étant trop âgé et trop marqué par les deuils — le dernier drame qui l'a frappé étant la mort de Felka — c'est son ami Scorpio, le porcko, mélange d'homme et de porc, fruit d'une sinistre expérience génétique, qui gouverne la colonie. L'arrivée de Skade et Khouri, à bord de deux petits vaisseaux, va changer la donne. Skade serait porteuse de l'enfant de Khouri après l'avoir arraché du ventre de sa mère et implanté dans le sien. Khouri affirme que cette petite fille à naître, détiendrait des secrets capables de vaincre les Inhibiteurs, terribles machines acharnées à éteindre la vie.

     Cette fois, Alastair Reynolds ne désoriente pas ses lecteurs en proposant, comme il l'avait fait avec La Cité du Gouffre, de nouveaux personnages. Il poursuit classiquement l'action décrite dans L'Arche de la rédemption. Cela ne veut pas dire que l'imagination de l'auteur se met en sourdine. Il sait, comme dans les épisodes précédents, proposer des images d'une originalité saisissante. Ainsi, cette planète sans atmosphère, Haldora, où un fanatique religieux fait circuler des cathédrales géantes et métalliques afin que le soleil soit toujours à leur aplomb et qu'il puisse, nuit et jour, paupières maintenues ouvertes par un dispositif cruel, scruter l'astre dont il attend un miracle. On peut aussi mentionner la césarienne de Skade dans un environnement de glace et une atmosphère de terreur, une longue torture subie volontairement par Clavain, ou la vision du « Spleen de l'infini », toujours pourrissant autour de son capitaine qui n'est plus homme mais vaisseau en décomposition et désormais en grande partie noyé dans l'océan des Mystifs. Plus que jamais, Alastair Reynolds privilégie l'image à l'aventure.

     De ce roman, dernier du cycle, certains lecteurs pouvaient attendre une résolution de tous les mystères. C'était ignorer qu'Alastair Reynolds préfère les interrogations aux certitudes, confrontant son lecteur à l'idée que l'humanité est dépassée par des forces qu'elle ne comprend pas et ne comprendra jamais. Les extraterrestres, cette fois encore, apparaissent en arrière-plan, tellement différents des hommes qu'ils semblent les ignorer ou ne pas les remarquer ou poursuivre des desseins insaisissables pour l'humanité. Cette dernière en est donc réduite à se débattre d'une façon presque pathétique, de la folie aux pires instincts criminels en passant par quelques actes de bravoure. Les frontières de leur petit univers, qui leur paraissait gigantesque, ne cessent de reculer mais les vaisseaux, aussi perfectionnés soient-ils, se heurtent toujours à l'infini.

     On pourra juger — l'auteur le concède lui-même — que les dernières pages de la tétralogie ne sont pas vraiment à la hauteur des centaines de pages précédentes, qu'un autre volume aurait été nécessaire pour développer le thème de ces extraterrestres qui surgissent en conclusion. On pourra surtout juger qu'une fin ouverte aurait été plus conforme à l'ensemble de l'œuvre. Ce ne sont que des restrictions modestes. Pour saisir la saveur et la très grande originalité des romans d'Alastair Reynolds, il faut consentir à plonger et replonger dans chaque volume, à se laisser surprendre et peu à peu pénétrer par la méditation sur le temps et l'espace qui, au-delà de l'apparence, des aventures dignes du meilleur space opera, est bien l'essentiel de l'œuvre.

Gilbert MILLET
Première parution : 1/6/2006 dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 13/2/2009


 
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