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La Vitesse de l'obscurité

Elizabeth MOON

Titre original : The Speed of Dark, 2003
Science Fiction  - Traduction de Laure DU BREUIL
Illustration de Jennifer KENNARD & Elizabeth YOUNG
PRESSES DE LA CITÉ, dépôt légal : octobre 2005
504 pages, catégorie / prix : 22 €, ISBN : 2-258-06441-4

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Il y a la vitesse de la lumière, dont tout le monde a entendu parler, sur laquelle ont travaillé les plus grands savants. Mais qu'en est-il de la vitesse de l'obscurité ?

     Lou Arrendale sait qu'elle existe, qu'elle est aussi digne d'intérêt, et même peut-être plus.
     Mais personne n'écoute Lou. Car Lou est autiste.
     Grâce à ses dons pour les mathématiques, il jouit d'une excellente situation dans une compagnie pharmaceutique et mène une vie indépendante.
     Mais l'offre de tester un traitement expérimental censé annuler les effets de l'autisme chez l'adulte vient perturber son existence bien réglée. Si celui-ci réussit, Lou devrait penser, agir et se comporter comme n'importe quel adulte « normal ».
     Mais, délivré de l'autisme, Lou Arrendale sera-t-il encore lui-même ?

     Un roman profond et poignant, inoubliable, récompensé par le prix Nebula 2004, qu'Elizabeth Moon, auteur de science-fiction réputé, a dédié à son fils autiste.


    Prix obtenus    
Nebula, roman, 2003
 
    Critiques    
     Lou Arrendale est un adulte autiste, employé dans une grande société pour ses talents de mathématicien. Un jour, on lui propose de tester un traitement qui pourrait le guérir...

     Sous ce titre intrigant, la quatrième nous promet « un roman profond et poignant, inoubliable, récompensé par le prix Nebula 2004, qu'Elizabeth Moon, auteur de science-fiction réputé, a dédié à son fils autiste. » Voilà qui est prometteur, même si l'auteur réputé n'est connu en France que pour quelques space operas plutôt quelconques.

     Or, La Vitesse de l'obscurité ne se montre pas particulièrement « poignant ». Voilà surtout un roman qui m'a semblé passer à côté de son sujet : il prétend nous faire appréhender le mode de pensée d'un autiste — le récit est raconté à la première personne par le protagoniste lui-même — mais il met en scène un adulte déjà parfaitement inséré dans la société. Elizabeth Moon évite ainsi toute difficulté et ne se met à aucun moment en danger.
     Car c'est bien dans l'enfance que le drame de l'autisme est le plus poignant, avec les difficultés d'apprentissage, les troubles relationnels, le désarroi des parents rongés par le doute, l'incompréhension et la culpabilité. Nous ne saurons d'ailleurs quasiment rien du vécu des parents de Lou.
     De même, elle ne nous présente pas un autiste profondément handicapé, inadapté à toute vie sociale — elle se contente d'évoquer le frère beaucoup plus lourdement atteint d'un des personnages secondaires. Du coup, le mode de pensée du personnage ne nous paraît même pas inhabituel. D'accord, il est un peu timide et inhibé, il a besoin de quelques rituels pour se rassurer ou pour apprendre... Mais il a un travail intéressant, il est doué pour les mathématiques, il est champion d'escrime, il a quelques camarades et peut espérer bientôt une petite amie... Bref, il est considérablement mieux loti que la majeure partie de la population mondiale. Evidemment, quelques personnes se moquent de lui voire le maltraitent, mais qui ne connaît jamais ce genre de désagrément au cours de sa vie ?
     Bref, le quotidien de Lou — dont la description constitue la majeure partie du roman — demeure semblable à celui de millions d'autres personnes, pas spécialement palpitant...

     Reste l'aspect SF... On nous promet une « expérience » destinée à guérir l'autisme des adultes — la maladie est déjà vaincue chez les enfants, traités génétiquement dès la naissance. Evidemment, Lou hésite, d'autant plus que son patron exerce des pressions sur lui. Il hésite tant qu'il faudra arriver à la page 471 pour savoir s'il va tenter l'expérience — le récit s'achevant page 498... C'est dire si Moon fait du remplissage avec le « j'y va-t-y, j'y va-t-y pas ? », question récurrente, évidemment légitime, mais qui retarde un peu trop longtemps le moment de passer aux choses sérieuses...
     Quant à ces vingt-sept dernières pages, en toute sincérité, mieux vaut relire le génial Des fleurs pour Algernon et éviter leur piètre mièvrerie.

     Prix Nebula ? Peut-être, mais des plus dispensables.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 5/3/2006
nooSFere


     Elizabeth Moon a publié de nombreux romans de S-F et de fantasy dont seuls quelques-uns, assez médiocres, ont été traduits en France : La Résistante chez J'ai Lu (voir critique dans Bifrost n°15), des collaborations avec Anne Mc Caffrey et la série de S-F militariste « Heris Serrano » chez Bragelonne. La Vitesse de l'obscurité a obtenu le prix Nebula et été finaliste du prix Arthur C. Clarke, honneurs bien mérités, il faut bien le dire et c'est une surprise, tant ce roman, certes non exempt de défauts, est à la fois touchant, drôle et intelligent. Acclamé par la critique anglo-saxonne à sa sortie, comparé à Des fleurs pour Algernon, c'est plutôt au roman de Mark Haddon, Le Bizarre incident du chien pendant la nuit (paru en France en 2004 chez Nil et tout juste réédité chez Pocket « jeunesse ») qu'il convient de le confronter.

     Comme dans ce dernier texte ou, toutes proportions gardées, comme le Benjy Compson du Bruit et la fureur de Faulkner, le narrateur, Lou Arrendale, est autiste. Si, en ce milieu de XXIe siècle, un traitement existe pour les nouveaux-nés, Lou est venu au monde trop tôt pour pouvoir en profiter. Malgré tout, une prise en charge spécifique dès le plus jeune âge lui permet de vivre sans trop de problèmes parmi ceux qu'il appelle les gens « normaux ». Ses capacités d'analyse des structures et celles de ses autres collègues autistes sont même très précieuses pour la compagnie pharmaceutique qui les emploie. Mais Crenshaw, le nouveau directeur, ne l'entend pas de cette oreille : la salle de gymnastique, les emplacements de parking, tous les aménagements améliorant le confort et la concentration de ces employés particuliers coûtent cher. Peu importe leur productivité exceptionnelle, Crenshaw fait miroiter aux autistes de la section A un nouveau traitement, encore au stade expérimental, supposé les rendre « normaux ». Et quiconque refuserait de le prendre serait évidemment mis à la porte. La crainte de perdre son emploi bouleverse Lou et il se pose de nombreuses questions sur les risques que présente ce traitement. Mais la tentation d'accepter est grande, car peut-être alors pourra-t-il envisager d'inviter son amie Marjory à dîner et, qui sait, se marier et vivre avec elle...

     La réussite du livre doit beaucoup au style employé par Elizabeth Moon pour rendre perceptible l'autisme de Lou. Les décalages ainsi créés entre le monde tel que le voit et le comprend Lou et notre propre perception est source d'étonnement, d'interrogations et, souvent, d'hilarité (notamment lorsque toute métaphore est prise au premier degré). On en regrette d'autant plus les quelques rares passages décrits du point de vue de personnages non autistes, comme si l'auteur n'avait pas eu entièrement confiance en la capacité de ses lecteurs à relier tous les fils nécessaires à une parfaite compréhension. De même, si Lou nous est présenté dans toute sa complexité, et si l'on comprend bien que pour lui les gens normaux sont incapables de mensonges ou de mauvaises actions, il n'était peut-être pas utile de l'entourer de personnages aussi caricaturaux : Crenshaw est le parfait salaud ; Tom, le professeur d'escrime de Lou, est le parfait gentil ; Don, amoureux de Marjory et jaloux de Lou, est le parfait cinglé ; Marjory est elle-même parfaitement... parfaite !

     Mais ces détails ne gâchent en rien le plaisir pris à la lecture de La Vitesse de l'obscurité (concept sur lequel Lou passe des heures à réfléchir : l'obscurité étant là avant la lumière, se peut-il que sa vitesse soit plus grande que celle, limite, de la lumière ?). Hymne à la tolérance, message d'espoir — l'auteur est elle-même mère d'un enfant autiste — , critique d'un certain libéralisme borné, ce roman satisfera le lecteur de S-F, mais devrait pouvoir toucher un plus large public, ne serait-ce que celui qui s'est rué au cinéma voir Rain Man, le livre sortant largement vainqueur de la confrontation.

Pascal GODBILLON
Première parution : 1/10/2005
dans Bifrost 40
Mise en ligne le : 12/11/2006


     La Vitesse de l'obscurité est un de ces trop rares romans que donne parfois la science-fiction, un roman à la fois dans le genre, parce qu'il en utilise les ressorts, et dans le « mainstream » parce qu'il n'en utilise pas les codes. N'y cherchez pas les empires galactiques et les flottes spatiales auxquels l'auteur nous a habitué. Non, il s'agit d'un roman intimiste qui analyse la psychologie et les rapports sociaux d'un autiste, Lou Arrendale. Ce roman tout en nuances est nourri de la propre expérience de l'auteur avec son fils atteint de ce syndrome. Unique ancrage dans la science-fiction, l'histoire se déroule dans un futur des plus proches de nous, où l'autisme est éradiqué depuis peu. Sauf que Lou Arrendale fait partie de la dernière génération de malades. L'éducation et les soins qu'il a reçus lui permettent d'avoir une vie normale : informaticien de génie, il travaille dans la section recherche d'une grande compagnie pharmaceutique, au sein d'une équipe composée uniquement d'autistes. Le tour de force de l'auteur, c'est de nous avoir installés dans le monologue intérieur du personnage, si bien que nous observons le monde par son regard. Si Lou a des manies qui paraissent à première vue bizarres, des mobiles d'enfants sur son ordinateur, le besoin de faire du trampoline au bureau, son monologue intérieur ininterrompu leur donne tout leur sens. Car Lou Arrendale est un génie autiste, une sorte de « Rain Man » capable de vivre comme tout un chacun, mais qui ne parvient pas à se fondre dans l'incroyable complexité (absurdité ?) des rapports humains et de la vie en société. Sa vie se doit donc d'être très rigoureusement ordonnée : tous les jours le bureau (il fait preuve d'un respect maniaque des horaires), le mardi soir les courses, le mercredi soir son cours d'escrime, le vendredi soir la laverie automatique, etc. Le point faible de Lou, ce sont les rapports humains. S'il fréquente des gens « normaux », il se révèle incapable de comprendre leurs véritables attentes. Mais des grains de sable commencent à perturber sa vie si bien réglée. Son nouveau patron, M. Crenshaw, un petit chef de la pire espèce, rêve de se couvrir de gloire en contraignant les autistes de la section recherche à expérimenter un nouveau traitement... mais en ont-il seulement envie ? Il y a également Tom et Lucia qui l'entraînent à l'escrime, ainsi que la belle Marjorie dont il tombe amoureux, au grand dam de Don qui ne le lui pardonne pas. C'est alors qu'on vandalise plusieurs fois sa voiture et qu'on cherche à le blesser. Roman de la vie, roman de l'espoir, La Vitesse de l'obscurité nous invite avec une grande pudeur, une grande tendresse, à partager une logique inhabituelle, un point de vue incroyablement différent sur le monde. C'est un livre d'espoir, car Lou s'adaptera à toutes les perturbations qui l'envahissent, découvrira en lui des capacités qu'il ignorait posséder (à moins qu'on ne l'ait convaincu du contraire), nourrissant par là sa réflexion sur la normalité et la monstruosité. Dans la lignée du roman de Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon, ce livre est un des ces rares romans qui s'adressent à tous les publics. S'ils ne font pas gagner de lecteurs au genre, ils contribuent à modifier le regard qu'on porte sur lui. C'est enfin un remarquable exemple de l'infinie diversité de la science-fiction.

Stéphane MANFREDO
Première parution : 1/4/2006
dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 7/2/2009


 
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