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Les Orphelins de Naja

Nathalie LE GENDRE

Science Fiction  - Illustration de Benjamin CARRÉ
MANGO Jeunesse, coll. Autres Mondes n° 47, dépôt légal : janvier 2008
224 pages, catégorie / prix : 9,00 €, ISBN : 978-2-7404-2197-0

Bien que portant le numéro 47 de la collection Autres Mondes, cet ouvrage est noté "Hors série" sur la couverture.
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Début du XXIIIe siècle. Dans le cadre du projet « Terre saine de corps et d'esprit » développé par l'Organisation Mondiale pour la Protection de l'Enfance, des millions d'enfants défavorisés (gamins des rues, jeunes prostitués, délinquants) sont déportés sur la planète Naja. Cette lointaine boule verte, sous le contrôle de l'Armée et de l'Église, doit être pour eux une seconde chance.
     Mais le projet est dévoyé et Kihsana, une adolescente de 17 ans appartenant aux services secrets de la base Delta, va tenter d'infiltrer les réseaux pédophiles qui se sont créés sur Naja...

     Autres mondes : une collection qui invite à l'aventure, au rêve, à la réflexion pour les jeunes du troisième millénaire. Une littérature de sens et d'émotions.


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    Critiques    
     Étrange, un an après, d'avoir ce livre en main, de le lire — ou plutôt le relire, puisque j'avais lu le manuscrit — et de le chroniquer. C'est que Les Orphelins de Naja n'a pas fini de faire parler de lui et, au grand dam de l'auteur, parfois pour de mauvaises raisons.

     Un rappel des faits s'impose : il y a un an, trois mois avant la parution programmée du roman, Nathalie Le Gendre et Denis Guiot (fondateur et directeur de la collection Autres Mondes chez Mango Jeunesse) apprenaient avec stupéfaction que l'ouvrage ne sortirait pas. On ne demandait pas de modifications, non : on interdisait l'ouvrage, purement et simplement. On rompait unilatéralement le contrat signé de longue date. On ? Un représentant de la maison mère, Fleurus. Pourquoi ? Par crainte de déplaire aux actionnaires, le roman abordant le douloureux problème de la pédophilie au sein d'une église du futur ; par crainte de choquer les enfants, l'agresseur prétendant avoir commis un viol « pour le bien de sa victime ».

     Nathalie Le Gendre étant l'un des auteurs de SF-jeunesse les plus appréciés de son jeune public, et aussi les plus primés (Grand Prix de l'Imaginaire en 2005 pour Mósa Wòsa, et pas moins de sept récompenses pour Les Larmes de Gaia, dont le Prix des Incorruptibles et le Prix Littéraire de la Citoyenneté 2004-05 !), de nombreux auteurs et lecteurs de SF s'émurent de la situation et lancèrent une pétition à laquelle s'associèrent un grand nombre de libraires, bibliothécaires et simples lecteurs. Un accord a pu être trouvé, l'auteur a procédé bien volontiers aux quelques modifications qui lui étaient demandées et le livre est enfin paru, avec la mention « à partir de 14 ans ».

     Or donc, que raconte cette histoire qui a tant fait de bruit ?

     En 2204, alors que Ngadi Mebeghe prend ses fonctions de secrétaire général de l'OMPE (Organisation Mondiale de la Protection de l'Enfance), sa plus jeune fille, Ana, trois ans, est enlevée. À la suite d'un concours de circonstances, Ana, rebaptisée Kihsana, est déportée avec des millions d'enfants défavorisés sur la planète Naja, dans le cadre du projet « Terre saine de corps et d'esprit », chapeauté par... son propre père ! Cette planète est co-administrée par l'Armée et l'Église, cette dernière se chargeant de gérer les orphelinats où sont élevés les enfants. Onze ans plus tard, elle sera violée par son tuteur qui affirme agir pour son bien en cherchant à l'engrosser pour lui éviter un sort bien pire. Lorsqu'on la retrouvera en 2218, âgée de dix-sept ans, elle aura « oublié » une grande part de ce qu'elle a vécu. Enfant-soldat, ou plutôt espionne, elle enquête sur des réseaux de pédophiles au sein de l'Église. En parallèle, sa sœur aînée, N'ayla, qui ne s'est jamais remise de la disparition de sa benjamine, vient travailler sur le trajet de Kihsana, contre l'avis de son père qui commence à avoir des doutes sur le projet « Terre saine de corps et d'esprit ».

     L'essentiel, pour Nathalie Le Gendre, était de dénoncer dans ce livre l'ignominie des actes perpétrés envers les enfants. Quelques scènes sont particulièrement émouvantes et, c'est vrai, peuvent être difficiles à supporter. Mais jamais l'auteur ne tombe dans le gratuit, dans le racoleur gore ou porno. C'est toujours avec tact et mesure qu'elle aborde ce problème douloureux qu'est la pédophilie. Et c'est bien là le hic, à mon avis. Non pas que j'aurais souhaité du spectaculaire, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ! Mais le fait est que Nathalie Le Gendre veut avant tout dénoncer le mal fait aux enfants, elle veut en dire beaucoup trop pour un roman aussi court. Son livre est un manifeste et en cela, il est réussi. Toutefois, si son intrigue brièvement esquissée peut éventuellement satisfaire les jeunes lecteurs, il pèche par bien des points. D'abord, des lacunes dans la peinture de l'environnement — on a beaucoup de mal à se représenter Naja, les lieux, la façon dont vivent les gens en dehors des orphelinats. Ensuite, la psychologie des personnages reste sommaire, et du coup, on comprend mal certains de leurs actes. Le cas le plus flagrant est celui de Hoel qui viole sa pupille et croit, longtemps après, avoir réellement agi pour son bien. Mais que dire de C'eibo Mata, le bras droit du secrétaire général de l'OMPE, qui lui cache des informations cruciales sans qu'on sache réellement pourquoi, et surtout du colonel Despez, qui manipule Kihsana au point de modifier artificiellement sa mémoire ? Tous ces actes auraient mérité un traitement plus élaboré. Il aurait été, par exemple, passionnant d'en savoir plus sur la black box, son usage, ses effets pervers. On regrette aussi de ne pas mieux connaître certains personnages secondaires, en particulier le père Kenn qui aide Nayla à retrouver sa sœur et à sauver les enfants. Tant de silhouettes floues... C'est vraiment dommage car cela risque de donner à certains lecteurs l'impression que l'Église entière est considérée comme coupable de pédophilie ! Or ce n'est pas du tout le propos de l'auteur.

     Pour avoir la place de peindre cet ensemble, il aurait fallu que l'auteur s'affranchisse de la contrainte de la longueur. Un roman en deux épisodes n'aurait peut-être pas été une bonne chose car le danger aurait été grand de laisser le jeune lecteur sur un moment douloureux. Alors peut-être aurait-il été plus efficace de bâtir une intrigue moins complexe ?

     Mais vous savez quoi ? À lire les avis des jeunes lecteurs sur les forums consacrés à l'édition jeunesse, on dirait que je suis à côté de la plaque : le rythme trépidant de l'action, les chapitres courts, sont au contraire considérés comme des atouts par la majorité. Il semble même que Les Orphelins de Naja plaise aux lecteurs habituellement rebutés par la SF !

     Dans tous les cas, c'est un roman qui ne laisse pas indifférent. Un roman à lire et à faire lire autour de soi.


Lucie CHENU
Première parution : 15/5/2008
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Base mise à jour le 17 juillet 2017.
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